Dans le cadre du Festival du Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (PCMMO) qui se déroulait du 25 avril au 14 mai, nous avons pu assister à la projection du documentaire « La pêche et l’olive » réalisé par Abdellatif Belhaj et Lolita Bourdet.
Si la vérité sort de la bouche des enfants, elle semble encore plus crue dans la bouche des adolescents. Alors que nous célébrons tristement les 69 ans de la Nakba, ce documentaire nous propose de nous interroger sur notre perception de la Palestine à travers le regard sincère, néanmoins dépourvu de naïveté de jeunes en échange scolaire en Palestine. En miroir, la deuxième partie du documentaire propose également une réflexion sur l’identité française à travers la découverte des jeunes de Beit Sira en visite en France.
Montreuil et Beit Sira sont deux communes partenaires depuis 2005, dix ans après les débuts de cette coopération, le projet « Tabadoul » a vu le jour avec l’organisation d’un échange entre des jeunes entre 14 à 17 ans avec un premier voyage des jeunes montreuillois en Cisjordanie, suivi de la visite de leurs camarades de Beit Sira à Montreuil quelques mois après.
L’autre c’est moi
Le film commence métaphoriquement par une scène de téléphone arabe. Jeunes de Montreuil et de Beit Sira se mélangent et apprennent à se connaître dans une cacophonie de mots.
Avant leur départ en Palestine, les jeunes montreuillois ont été préparés avec des projections, des cours de langue, des lectures. En arrivant en Cisjordanie, ils mettent très rapidement au défi ce qu’ils ont pu apprendre les semaines précédant leur départ et se montrent avides de comprendre le quotidien de leurs camarades palestiniens, remettant en perspective leur connaissance théorique du pays qui les accueille.
Très rapidement se dessine le parallèle entre deux histoires de la colonisation. D’un côté, le quotidien palestinien, encore marqué par la présence des Israëliens quand les jeunes montreuillois tous issus de l’immigration, se proposent pour certains, comme un reflet d’une colonisation passée. Cette résonance entre les destins pourtant très différents des jeunes, soulève de nombreuses interrogations :
A quoi s’attend-on de l’autre ? Que montre-t-on à l’autre qu’on accueille ? Que retient-on de ce(ux) que l’on a rencontré ? Autant de questions qu’on du se poser les réalisateurs. Des questions sans doute banales mais qui reflètent avec la spontanéité d’un échange des réponses bien plus fécondes sur l’état de nos sociétés.
Du côté de Montreuil, on s’interroge sur notre perception de la Palestine et le relai du conflit dans les médias, construisant une autre vision de la réalité : « En France, la Palestine c’est que Gaza (…), ici la vie continue » souligne un des montreuillois, ce à quoi répond une de ses camarades « Les médias donnent l’impression que c’est la guerre partout« . Pensant trouver la guerre et une oppression factuelle et quotidienne du territoire de leurs camarades de Beit Sira, ils soulignent ne voir qu’au loin les voitures de police rappelant le lourd tribu de la Palestine, proposant que probablement « plein d’Israéliens sont contre« .
De la même manière, ils s’interrogent sur l’image qu’ils renvoient d’eux même, échantillon d’élèves devant représenter la France en Palestine.
« Quand l’échange à commencé, ils s’attendaient pas à voir que des noirs ou des arabes mais peut être à un ou deux blancs pour faire semblant. On est le groupe français mais il n’y a pas de blancs« .
Les réalisateurs choisissent de nous montrer les déambulations à Barbès ou à Château-Rouge, pour illustrer la visite des jeunes Palestiniens dans Paris. Au final, ce sont des CDs de Saad Lamjarred que recherche une des Palestiniennes qui s’enquière de connaître les dernières tendances vestimentaires marocaines.
Un ôde à nos terres
Tant de frontières que tente de déconstruire ce film qui affiche la complexité des identités des jeunes. C’est plein de passion qu’une élève de Beit Sira, déconcertée que les parents de ses camarades français aient quitté leur pays pour un ailleurs s’exclame :
« Nous on préfère mourir sur nos terres. On sacrifie notre sang pour cette terre et jamais nous l’abandonnerons ».
C’est cette image de terre sacrée qui inonde les plans de la Palestine sur fond de rythme inlassables de Dabke. Quand à Montreuil on présente les lieux où les jeunes du quartier se retrouvent le soir à l’abris des regards comportant le lot de sacralité propres les rituels immuables du quotidien. Ce qui transcende ces jeunes c’est pourtant une fierté similaire de faire découvrir leur environnement, la terre qui les a vu naître.
« Hamdulilah, papa est né en France !«
- La rue de Beit Sira à Montreuil / Image tirée du film
- Rue de Montreuil à Beit Sira / Image tirée du film
Métaphoriquement, les réalisateurs nous présentent la fécondité de ces deux territoires, deux terres. Avec d’un côté la récolte du savoureux Zaatar dans les hauteurs de Beit Sira et de l’autre côté la visite d’un potager à Montreuil où l’on cultive depuis des décennies, la fameuse pêche de Montreuil, étonnamment réputée. Des terres fécondes d’une jeunesse en pleine quête identitaire trouvant comme point d’attache une rue pour relier leurs territoires de questionnements. A Beit Sira la rue de Montreuil et à Montreuil la rue de Beit Sira, repère pour ces jeunes en voyage. Si dans ces questionnements, la lutte pour la Palestine semble universelle, leurs introspections d’adolescents semblent les unir au delà des clivages et des check point parcouru pour se rencontrer. Et si la découverte de l’autre n’était pas une redécouverte de soi ?