Zinga, mixeur d’images et de sons

C’est en fin de journée de travail que nous avons rencontré Zinga en face du grand centre commercial Palace, situé aux berges du Lac de Tunis. L’agence de communication où il travaille comme directeur de création se trouve au coin de la rue. Nous nous y rendons pour poursuivre la conversation autour d’un café.

En 2007, Hassen Saies opte pour le surnom de Zinga sur Twitter pour communiquer librement sur les réseaux sociaux. Le pseudonyme entêtant alors utilisé pour critiquer la situation politique devient rapidement son « nom de scène » artistique.

Zinga fait partie de ces jeunes artistes qui ne connaissent pas de frontières entre les disciplines. Sa curiosité et sa passion le mènent à expérimenter, à s’épanouir et à se démarquer dans tout ce qu’il entreprend.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

En collage ou en tant que DJ, Zinga possède ce don naturel de trouver la bonne alchimie entre les éléments qu’il compose. Il joue tantôt avec les images, tantôt avec les sons créant ainsi une nouvelle dimension qu’il invite à découvrir.

L’être humain au centre de la réflexion

De par sa formation en ressources humaines, Zinga garde cet intérêt incommensurable pour l’homme et ses interactions avec son environnement.

Le comportement de ses compatriotes tunisiens l’intrigue et l’inspire pour la création de sa première bande-dessinée. Phosphorescent d’idées, la BD constitue pour Zinga une passerelle à la caricature et aux premiers dessins minimalistes. Avec d’autres artistes caricaturistes tunisiens, ils auto-produiront, au lendemain de la révolution, un livre de caricatures intitulé Koumik.

Les illustrations de Zinga reflètent alors un monde enfantin créé aisément par des formes simples. Une seule ligne trace aussi naïvement et rapidement les contours de yeux regorgeant de sincérité.

En continuant à placer l’être humain et sa relation avec l’autre au cœur de sa recherche artistique, Zinga imagine en 2012 le personnage de Boulgroune. Avec ses allures de monstre offensif, sa dénomination désigne littéralement une « créature avec des cornes ». Pour Zinga, Boulgroune est la métaphore du diable en chaque humain.

Cette croyance « plautienne » de l’homo homini lupus est sera finalement dépassée, pour une focalisation sur l’altercation du rapport de l’homme à la nature. Muni d’un bâton de colle, Zinga redonne une nouvelle vie à des images tirées de supports différents. Dans ses collages, des détails de visuels vintage retrouvés dans les brocantes de livres anciens complètent les images en couleurs de magazines récents. La succession de projections, entre le passé et le présent, crée un univers conceptuel où l’esthétique opère.

Dans l’exposition Discontinuum, Zinga et Intissar Belaid présentent une série exceptionnelle où le mixage entre les différentes images et la broderie questionne notre lien à la technologie. Cette expérience a marqué Zinga qui depuis, fait une pause dans ses activités plasticiennes pour se concentrer sur ses projets musicaux.

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Au stade éthique de la création

Après la révolution tunisienne, un vent de liberté a soufflé et plusieurs jeunes, déjà actifs dans le milieu musical, se sont constitué en collectif pour échanger sur leur pratiques et partager plus librement leurs créations. WAVEFORM fait figure d’exemple. Cette initiative fédère plusieurs Dj’s, dont Zinga, autour de la musique électronique.

Diversifiant ses collaborations, Zinga mène le projet AFGHAN PROJECT . Le premier album« Nuff Violence » se fera en duo avec Katybon et sort en janvier 2015. Sept morceaux en dialecte tunisien expérimentent un rap électrique au groove impressionnant.

« Maintenant, je cherche plus de sens à mon travail. Le jeu de mot avec enough violence (trad. : assez de violence ) de mon ancien album exprime ma volonté de produire plus de conscious music », nous confie Zinga. Faire de la musique est pour lui, aujourd’hui, un moyen de diffuser des messages pacifiques et des appels à l’union. C’est d’ailleurs tout le projet de son nouveau groupe UNITY.

Inspiré par la musique reggae, principalement jamaïcaine, qu’il décrit de « presque spirituelle », Zinga multiplie ses efforts pour unir les acteurs de la scène dub tunisienne. Sa motivation : pouvoir proposer aux amoureux des rythmes de la basse-batterie un réel sound system local.

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