Yasmine Laraqui et Zahra Sebti, du collectif Awiiily à la collaboration de terrain

Yasmine Laraqui et Zahra Sebti ne sont pas des amies et collaboratrices par hasard. Elles partagent des rêves et des combats qu’elles mènent de front et travaillent aujourd’hui sur un projet commun. Nous rencontrons Zahra à Rabat et Yasmine à Casablanca pour esquisser les contours de cette collaboration à venir.

ZAHRA SEBTI © Mehdi Drissi

ZAHRA SEBTI © Mehdi Drissi

Zahra Sebti, La graphiste engagée

Après un diplôme de graphisme a Penninghen et douze années passées entre la France, la Hollande et Monaco Zahra se décide à rentrer au Maroc pour participer au renouveau artistique qui le traverse. Ayant grandi à Casablanca et posé bagage à Rabat, Zahra nous parle du Maroc avec plein d’images et une vive lueur dans les yeux :

 Casa est un monstre qui avale tout autour de lui et grossit au fur et à mesure. A Marrakech, le contact avec l’étranger transforme rapidement l’art en marchandise à exporter. Quant à Rabat, c’est une ville où l’art se réveille.

Après avoir travaillé de nombreuses années dans une agence de communication où elle a pu affûter ses talents de graphiste et sa passion pour l’image, la jeune femme s’est engagée auprès d’Awiiily et de Youth Talking. Elle a aussi été directrice artistique de sa propre agence et travaillé sur des supports variés : installations vidéos, photographies, poésie…etc. Si Zahra a maintenant choisi de s’installer dans la capitale marocaine c’est justement pour participer au développement et au partage de l’art hors les murs ; non pas uniquement comme graphiste mais comme artiste contemporaine pluri disciplinaire.

C’est d’ailleurs ce projet que partagent Zahra et Yasmine qui les fait travailler de concert avec d’autres artistes engagés. Mais avant de parler de cet horizon, revenons sur leur rencontre artistique.

Le collectif Awiily, un repaire de féministes

Crée en 2012 par Yasmina Laraqui, le collectif Awiily regroupait une dizaine d’artistes autour d’un manifeste féministe, libertaire et anti patriarcal .

A l’occasion des expositions à New York, Paris et à la biennale de Marrakech, les pièces présentées par Awiiily étaient volontairement provocantes et interrogeaient le statut de la femme au Maroc et le rapport au corps que la société lui impose. Depuis, le collectif a été dissous et Yasmina nous confie que l’expérience lui a beaucoup appris sur « les limites de ce qu’on peut dire et montrer ». Tout en restant fermement accrochées à leurs idéaux féministes, Yasmine et Zahra sont toutes les deux convaincues à présent de la nécessité d’éviter que les spectateurs ne se braquent et décidées à présenter leurs idées différemment.

YASMINE LARAQUI © Mehdi Drissi

YASMINE LARAQUI © Mehdi Drissi

Yasmine Laraqui, la féministe pluri disciplinaire

Si le collectif fait maintenant partie du passé, cela reste un trait d’union entre les deux jeunes femmes qui ont cependant d’autres projets personnels.

C’est dans son atelier Casablancais que nous rencontrons Yasmine trois jours après avoir fait la connaissance de Zahra. Après un passage aux Beaux Arts de Paris puis un master à New York, Yasmine nous confie être rentrée au Maroc deux mois avant notre arrivée. Au cours de notre discussion autour de son parcours artistique, son combat féministe et sa réflexion identitaire transparaissent en filigrane au gré des sujets qu’elle aborde et des expériences qu’elle nous raconte. Yasmine commence son parcours artistique par une période expérimentale au cours de laquelle elle développe des aptitudes pour la photographie. Une fois cette période d’apprentissage technique dépassée, elle s’ouvre sur l’image au sens large et manipule courts métrages et installations vidéo. Yasmine avoue cependant que son premier amour artistique est l’écriture, dont elle noircit les pages de ses carnets, depuis le lycée ; l’image est donc une manière de rendre accessibles et partageables des réflexions qui naissent souvent sur la feuille.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Parmi les expositions que Yasmine nous présente ce jour là, une installation qui s’intitule « Peeparabieh » qui détourne le concept de moucharabiehs qui dissimulent et taisent, pour mieux dévoiler des vidéos de jeunes filles ondulant au rythme de la danse du ventre. Au détour des vidéos et des maquettes, nous découvrons également l’univers angoissant de la jeune fille, qui explore la psyché des personnages féminins et ses interactions avec le corps et la nudité.

Pour sa thèse, Yasmine nous explique aussi avoir travaillé sur les zones d’autonomie temporaire en poussant un peu plus loin la théorie de Hakim Bey. Selon le philosophe américain on assiste aujourd’hui à la naissance de zones d’autonomie temporaire comme les rave parties, par exemple. Pour Yasmine, les manifestations qui ont essaimé un peu partout dans le monde arabe sont également un microcosme du même genre, avec un territoire et une architecture propre.

© Mehdi Drissi

© Mehdi Drissi

Un projet commun

Entourées par Hicham Matini, Talal Ibn Khatib, Hind Oudghiri et Said Rais, les deux jeunes filles espèrent maintenant transformer leurs réflexions artistiques en projet associatif au Maroc. L’idée étant de fournir un accompagnement aux artistes et créer une dynamique d’échange entre les villes du pays.

Yasmine nous avoue avoir été étonnée de voir « La dynamique ultra progressiste qui agite Casablanca ». Et d’ajouter « j’ai quitté Casablanca pendant 8 ans et j’avais l’impression que c’était Bagdad ».

Actuellement en gestation, le projet dont nous parlent Zahra à Rabat et Yasmine à Casablanca, promet de faire converger les ondes de la scène artistique marocaine qui s’éparpillent un peu partout à Casa, Rabat, Tanger et Marrakech. Nous suivrons ses développements avec grand intérêt.

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