Yasmine Hamdan, entre lyrisme arabe et sonorités ultra-modernes

Lorsque l’on écoute Yasmine Hamdan, l’on est saisi tout d’abord par ce mariage entre une langue arabe épurée et des sonorités plus que modernes. Yasmine Hamdan nous guide vers un nouvel horizon. Elle nous pousse vers tout un univers qui s’ouvre dans le creux de notre oreille, un univers où sensualité, onirisme et lyrisme se côtoient dans une symbiose marquée par son arabité.

Onirique et sensuel. Voici deux mots qui semblent au mieux résumer la quintessence de ce véritable bijou auditif qu’est le nouvel album (sorti en avril 2013) de la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan, intitulé Ya Nass. On se retrouve ainsi dans une ambiance singulière, à la fois dream-pop et minimaliste (mais aussi parfois folk-rock), tendant même à inclure subrepticement des notes à consonance orientale. Cette touche légère, feutrée et gracieuse, s’inscrit dans la continuité de paroles prononcées en langue arabe. Ce mariage entre la langue arabe et l’ambiance plus (électronique ou pop) qui l’enveloppe met en relief la voix de Hamdan. En effet, sa voix a ce cachet si particulier qu’elle n’est pas voix unique, mais bien plus une multitude de modalités vocales. La voix de Hamdan est fractale, dans le sens qu’elle est malléable, prenant des visages aussi variés qu’antinomiques. Elle s’adapte, se transforme, prenant diverses tonalités (grave, légère, fluette, lente, rapide ou calme) selon le fond qui la porte tout en restant nette et précise.

Au-delà de la voix de Hamdan, il faut aussi voir les paroles qu’elle porte. Et ces paroles ne sont autres que des (r)appels de natures diverses. Dans Beirut, il s’agit de décrire les vies déchirées d’une ville laminée par la guerre, mais dans laquelle subsiste le souffle de l’espoir. Par contre, Khalas prend plus l’air d’un songe où il est fait mention de l’acceptation de la perte, du détachement et de l’incompréhension de l’amour. C’est ainsi qu’au fil de notre écoute que nous nous rendons compte que Hamdan ne fait que décrire les voix qui l’habitent, qui travaillent son identité et sa vie. L’on découvre ainsi que, effectivement, Hamdan décrit bien « des nass » (des gens), c’est-à-dire toutes ces différences thématiques (ces peuplades) qui attendent, appréhendent, désirent et espèrent. Mais ces voix qui s’élèvent s’imbriquent avec poésie, loin de faire tumulte, donnant un air de rêverie.

On se trouve ainsi transporté non pas dans un monde, mais plusieurs, regroupant par le fait qu’ils symbolisent la rencontre de l’Orient et de l’Occident, d’une langue arabe sensuelle et d’une instrumentalité nettement moderne. Cette sensualité voilée prend d’ailleurs consistance lorsque nous la voyons clairement affirmée par Hamdan dans ses vidéos-clips (BeirutSamarDeny) de par sa gestuelle, de par les cadres choisis (allant de l’irréel à la beauté de la mer sauvage). Notre oreille est charmée par cette langueur qui est tantôt affichée, tantôt silencieuse. Ainsi, l’on retrouve la beauté de cette tradition orientale où la suggestion, ambiguïté feinte, suscitent le désir. Désir qui auréole avec majesté la féerie dans laquelle se déploie la voix de Yasmine, ne faisant que renforcer cette impression de rêve délicieux.

Yasmine Hamdan est née à Beyrouth (Liban) en 1976, au seuil de la guerre civile. Pour échapper à la violence d’un pays en guerre, la famille de Hamdan suit le père dans ses déplacements professionnels. C’est ainsi que les Hamdan passeront par Abu Dabi, la Grèce et le Koweit. Ce nomadisme aura grande influence sur Yasmine. Elle découvrira à ses égards Prince, The Cure et Madonna sur les radios grecques, tout en se laissant gagner par les mélodies koweïtiennes, plus traditionnelles, mais moins orientales que l’on ne pourrait le croire. Ensuite, fuyant l’invasion irakienne en 1991, c’est le retour au Liban, où la situation commence à se stabiliser. Beyrouth est en ruine, mais respire l’espoir et le désir de vivre. Yasmine découvre au fur et à mesure la société libanaise, véritable mosaïque, mais dans laquelle elle se sent étrangère. Elle entamera ensuite sa première expérience vocale en créant le groupe Soap Kills avec Zeid Hamdan. La formation, dont les inspirations sont puisées dans le trip-hop, est en nette rupture avec ce que propose le champ artistique libanais. Cela se ressent de par les sonorités proposées, mais aussi de par la langue. La langue arabe est une langue complexe offrant diverses tonalités modales, elle représente une sorte de matériau brut pouvant être poli et serti à satiété. C’est ainsi que Yasmine perçoit la langue arabe : comme une langue en perpétuelle transformation, en perpétuel devenir. Ainsi, il n’y a plus confrontation avec les influences occidentales, mais bien une rencontre harmonieuse. En choisissant l’arabe, Soap Kills devient groupe underground, s’excluant des ondes locales plus mainstream. Toutefois, malgré une période d’euphorie, le groupe commence à se déliter à partir de 2002 (malgré la sortie d’un album en 2005), la scène beyroutine ne pouvant répondre à leurs attentes du fait de son étroitesse en termes de réceptivité.

Dès lors, Yasmine prendra son propre envol, notamment en sortant un premier album intitulé Aräbology (2009) dans le cadre du projet Y.A.S. (en coopération avec Mirwais Ahmadzaï).  Ensuite, elle enchaînera avec son premier album (solo) éponyme en 2012. Elle revient aujourd’hui avec une composition plus clame, moins percutante dans sa tonalité électro-pop, mais demeurant toujours dans cette même continuité Arabe/Modernité. D’ailleurs, la voix de Yasmine lui a même permis d’entrer dans le monde du cinéma, Jim Jarmush l’ayant invitée à faire une apparition dans son dernier film Only Lovers Left Alive dont la sortie est prévue en janvier 2014. Le réalisateur l’a sollicitée pour une scène musicale où s’y joue une rencontre d’amour. Quoi de meilleur choix dans un tel moment de rêverie que la présence de Yasmine ?

 

 

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