Y-Crew, la famille du Hip Hop alexandrine

C’est dans leur tout nouveau studio alexandrin (The Empire), que nous rencontrons les membres de la Y-Crew family. Entourés des deux rappeurs Omar Boflot et Youssef Chahine, du graffiti artiste Amr Diwan et du manager du groupe Ahmed Reemo, nous plongeons dans l’univers artistique de l’équipe au fil des vidéos qu’ils nous présentent, revenant aux sources de la collaboration artistique et faisant le tour du monde de leurs concerts et leurs représentations.

La Y Family

L’aventure de The Y crew remonte aux années 2004 et 2005 et jaillit de l’envie de contrebalancer les chansons romantiques et répétitives de la pop arabe pour parler de la rue. « Les gens normaux ne passent pas leur vie à aimer et à s’aimer mutuellement » lance effrontément Shahin.

Loin des sentiers pop, Shahine, Omar et Amr, s’inspirent de la rue pour exprimer les réalités quotidiennes d’une génération en berne. Ce que Amr taggue dans la rue, Shahine et Omar le chantent en musique, crûment mais non sans mélodie. Amr nous avoue avoir commencé par rapper aussi, avant que tous ses acolytes ne l’exhortent d’arrêter.

« Je rape parce qu’il dessine » lance Shahin avec un regard fraternel en la direction de Amr.

Réunis autour du Y de « Y crew » symbole du Nil, source de la vie en Egypte, Omar, Yassine, Shahine et Amr ont tous les trois des carrières solo qui ont convergé vers le hip hop.  Dans la famille Y,  Omar Boflot  est le père. Il a commencé sa carrière dès 1995 au Ghana, travaillé avec le producteur de Snoop Dogg 50 Cent et Dr. Dre et remporté le HipHopNa program de MTV Arabia. En rejoignant le groupe, Omar s’est mis à davantage chanter en arabe et a voulu se dédier à la diffusion de la contagion Hip Hop. Le deuxième père du groupe s’appelle Yassine Qmili, rappeur franco-algérien installé en Egypte qui manque à l’appel le jour de notre rencontre.

Ahmad Shahin © Mehdi Drissi

Ahmad Shahin © Mehdi Drissi

Shahine est quant à lui le fils de la famille Y. Shahine a rejoint la Y crew dès sa jeunesse et c’est aujourd’hui lui qui porte la renommée du groupe par des textes engagés et cinglants. Enfin, le deuxième fils de la famille Y est Amr Diwan, graffeur qui accompagne l’équipe et qui a laissé ses bombes s’exprimer sur l’ensemble des murs du studio que nous découvrons ce jour là.

Rébellion, engagement et formation

« On veut vraiment détruire l’idée reçue que le hip hop n’est qu’un ramassis de jurons » nous confie Shahine. Et d’ajouter avec le sourire : « D’ailleurs, vous n’en trouverez pas dans nos textes, ou presque ».

Pour eux, l’art, qu’il soit musical ou pictural, est un moyen de véhiculer un message proche des égyptiens.

« Le son de Y crew est une musique de rue », brute et authentique et c’est la première expérience de Hip Hop dans toute l’Egypte. Depuis, le rap a fait des émules, et c’est justement l’idée d’accompagnement et d’encadrement qui a poussé le goupe a construire le nouveau studio que nous visitons justement ce jour là.

Même si la musique de la famille Y est en égyptien, les sujets qu’ils abordent sont communs aux pays de région : poids de la communauté, interdits, politique, tout y passe. Y crew se sont déjà plusieurs fois produits à l’étranger, notamment dans le cadre de Rapolitics au Danemark mais aussi dans des festivals au Cambodge, en Tunisie ou encore en Jordanie.

« A Rapolitics au Danemark, un rappeur qui ne comprenait pas l’arabe m’a dit un jour qu’il ressentait très fortement mes mots. N’est ce pas là la plus belle preuve que la musique est un message universel ? » nous confie Shahine, une vive lueur dans les yeux.

Le jeune homme nous parle comme il rappe, les mots qu’il assène sont distincts et chantants.

On sent chez lui comme chez l’ensemble de l’équipe, une vraie volonté d’aider la jeunesse égyptienne à considérer la musique comme un exutoire au lieu de se laisser aller à l’oisiveté des cafés et aux dangers de la rue. Mais au-delà de l’Egypte, les membres de Y crew sont attentifs à tous les sons qui émanent d’autres rappeurs de la région, de DAM en Palestine à Muslim au Maroc, « on ne comprends pas toujours tout car les dialectes sont différents mais le flow est là ».

Symbole de la rébellion et de la critique, la Y crew a plus d’une centaine singles depuis ses débuts mais travaille actuellement sur un album qui compile des morceaux choisis et qui s’appellera « Hadith ma’a l’ana » (dialogue avec le moi).

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