Writing on the city: le film qui a entrainé Keywan Karimi en prison

Mardi 13 décembre dernier, les 300 places de la salle Etienne Jules Marey du cinéma des cinéastes (7ème) étaient presque toutes occupées. Militants des droits de l’homme et professionnels du monde du cinéma se sont tous réunis pour manifester leur soutien au jeune réalisateur iranien: Keywan Karimi.

Incarcéré en novembre 2015, l’auteur trentenaire sort d’une période d’isolation totale pendant laquelle il n’avait ni contact avec les autres prisonniers, ni de lit pour s’allonger. Il purge à présent sa peine de 6 ans d’emprisonnement dans l’attente des 223 coups de fouets. Son crime ? Être artiste à la pensée libre et réaliser des films.

C’est plus particulièrement “Writing on the city”, documentaire qui retrace l’histoire contemporaine de l’Iran à travers les graffiti de sa capitale, qui a attiré les foudres du gouvernement. Outrage à l’Islam et diffusion d’images de propagande ont été reproché au cinéaste. Et pourtant, le film projeté à l’occasion de cette soirée de soutien et disponible sur la plateforme VOD Univerciné, ne se prétend pas militant.

En 60 minutes, Keywan passe en revue les réactions et témoignages écrits des habitants de Téhéran qui, à travers l’acte du graff, se réapproprient les murs de leur cité. Plus de 30 années sont passées depuis la révolution islamique. Les façades aux messages révolutionnaires ont été passés à la chaux, couvertes avant d’arborer le portrait des Mollah. Les effigies des morts aux combats de la guerre Iran-Irak, élevés au rang de martyr, ornaient les immeubles et se partageaient les devantures avec des slogans divers. “La guerre n’est pas mitrailler, c’est faire son devoir”, “La main des Etats-Unis sort de la manche de Saddam” ou encore “Nous n’avons pas peur de la guerre, nous sommes des hommes de guerre” pouvait-on y lire.

Car, oui, les murs sont aussi le papyrus du système et un support de diffusion de ces communiqués. Tantôt terrain d’expression de la vindicte populaire, tantôt panneau publicitaire, ces fresques nous racontent ainsi l’histoire politique de l’Iran.

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Keywan Karimi s’adonne à un travail d’observation et d’usage des archives pour nous relater les événements qui ont traversé son pays, agité ses rues et marqué ses espaces. Son récit, d’une lucidité rare, se poursuit avec le mouvement vert de 2009 lorsque les protestants, contestant les résultats des élections, se sont à nouveau munis de leurs marqueurs pour dénoncer le maintien au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad.

Aujourd’hui, dans une phase pré-electorale, les autorités semblent donner un signal fort en s’attaquant à Keywan. Ses origines kurdes compliquent sa situation à l’égard du régime. Mais, à travers lui, c’est toute la communauté des libres penseurs qui est ciblée. Son arrestation ainsi que celle d’autres artistes a poussé le groupe de rock iranien Kiosk à lancer en partenariat avec Amnesty International, la campagne #FreeArtists pour demander la libération des “détenus culturels”.

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