When I Saw You, la Palestine à portée de vue

When I Saw You Poster

C’est le genre de films à la beauté touchante qui ne laissera personne indifférent. Le second film d’Anne-Marie Jacir, When I Saw You, est l’histoire de la jeunesse perdue, sans repère ni horizon. L’histoire de l’enfance palestinienne volée, d’un peuple déraciné.

L’histoire est simple et basée sur un schéma classique, celui d’un parcours initiatique, de la recherche de soi et de ce que l’on est, d’où l’on vient. Celle de Tarek, un garçonnet d’une dizaine d’années, arraché à sa terre, sa maison, son père, et son institutrice par l’occupation israélienne de son village en 1967. Réfugié dans un camp en Jordanie, sans le moindre repère, sans présence paternelle, coincé dans une espèce de prison grise à ciel ouvert que représente le camp, sa soif de connaissance, de reconnaissance vont le guider, lui et sa mère, dans un voyage à travers ses souvenirs épars et exaltés d’un passé pas si lointain, celui de sa vie en Cisjordanie.

Le pari d’Anne-Marie Jacir est osé. Là où les films narrant des exodes ou des grands épisodes de la vie d’un peuple ou d’une société se veulent des fresques monumentales, mettant en scène une multitude de personnages et mettant à leur service l’histoire, la réalisatrice jordanienne prend le paradigme inverse :  dans When I Saw You, elle raconte l’histoire d’un peuple déraciné, d’une génération qui n’entend parler de sa terre qu’à travers les bouches parentales en ne l’ayant pas, ou à peine connu ; à travers l’histoire émouvante, poétique, d’un jeune garçon qui ne comprend pas l’intégralité de ce qui se passe autour de lui, mais dont la persévérance, la curiosité, la naïveté, prennent aux tripes

En inversant les codes, elle nous rappelle qu’en parlant d’oppression, de guerres, on ne parle pas simplement de grandes théories et de statistiques macabres dont nous abreuvent les médias, on parle aussi, et surtout, de destins brisés, d’une jeunesse perdue, et de générations désabusées. Elle nous parle aussi du temps de la Palestine romantique, ce temps, durant les années 60, où l’on pensait que tout était encore possible, elle nous transporte dans un camp de Fedayin palestiniens, et palestiniennes, romantiques, parlant de leur retour sur leurs terres comme d’un événement plus qu’imminent, chantant à la gloire des martyrs et au souvenir d’Al-Quds, des oliviers et des grenadiers.

Servi par une photographie proprement magnifique, qui réussit tant à recréer la froideur des camps de réfugiés que la chaleur qui règne au milieu des Fedayin, When I Saw You balance entre rires francs et émotion pudique, jamais misérabiliste, grâce au personnage de Tarek, bonhomme si touchant, rêveur et simple, qui n’a pas encore compris les enjeux de ce qui se tramait autour de lui, qui n’a pas compris pourquoi il avait du quitter sa maison, son père, et son institutrice. On rendra hommage au talent de mise en scène de la réalisatrice, qui, doublée d’un sens profond de la symbolique, réussit à rendre chaque plan nécessaire, chaque scène poétique, et chaque personnage extraordinairement attachant, dans ses qualités comme dans ses défauts.

Projeté au festival Ayam Beirut Al Cinema’iya, When I Saw You semble avoir fait son effet parmi un public nombreux et dans une salle archicomble, qui a salué la réalisatrice par un tonnerre d’applaudissements, amplement mérités.

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