Dans les vapeurs du Hammam Disco Marseille

Après avoir lancé le concept lors des dernières Nuits Sonores, l’asso Sidi & Co renouvelait l’expérience Hammam Disco dimanche 5 février. Cette fois, sur les rives de la méditerranée, à Marseille. Récit d’un pari réussi.

Le rendez-vous est donné devant les mystérieux carreaux floutés du hammam Rafik à Noailles, le quartier de Marseille où la vie de marché ne s’arrête jamais. Seules les personnes munies d’un ticket peuvent entrer, l’évènement affiche complet. Un partout entre Lyon et Marseille au match de la curiosité.

Pour la première fois en plus de vingt années d’activité, le hammam Rafik reçoit des hommes et des femmes en même temps cet après-midi. Si le gérant n’a pas été dur à convaincre pour la mixité, il avoue avoir été frileux au sujet de l’affluence lorsqu’on lui a présenté le projet : une centaine de personnes est attendue, un chiffre bien au-delà de la jauge habituelle. Pour autant, on circule sans encombre tout l’après-midi. Lorsque je découvre les lieux à 14h30, les premiers arrivants sont dilués dans les 250 m2 du Hammam. Quelques danseurs se laissent aller sur un dancefloor légèrement tamisé par la vapeur aux mains des Djs marseillais Tropicold. La température ambiante est chaude mais largement supportable.

C’est en descendant d’un étage qu’on entre dans le vif du sujet. Deux chambres sont dédiées à la pratique du hammam – une première avec des douches et des bancs pour s’allonger, puis une seconde – la plus chaude – ornée de petites fontaines contre les murs. Les gens sont assis autour, forment des petits cercles et discutent en se versant des bols d’eau froide sur le corps. Au fil des discussions je me rends compte que beaucoup de personnes font leur « baptême » de hammam aujourd’hui.

Hammam Disco

Quelques litres de sueur plus tard je remonte à l’étage profiter du live d’Ayma, un groupe composé de cinq musiciens qui mélangent électronique et musique traditionnelle arabe. Une partie de l’audience est assise au sol, captivée. Les percussions prennent de plus en plus de place au fil de la performance, tout comme les beats des machines de Jaysper – ce dernier se faisant même un petit kiff marseillais en glissant un sample de « Belsunce Breadkown ». Tout le monde finit par se lever pour se lâcher sur une house chaleureuse gracieusement accompagnée par la oud, la clarinette et les chants turcs. Le mariage des styles est réussi, un danseur se retourne vers ses potes pour leur partager sa joie : « ça m’a hypnotisé, je kiff ce délire ! ». Une maman danse avec son bébé contre le ventre à quelques pas de la piste sans crainte de se faire bousculer par des maladroits éméchés : au bar, rebaptisé l’Oasis, on ne sert que des boissons sans alcool et des pâtisseries orientales. Des salons avec sofas et lumières tamisées permettent de chiller tout en profitant de l’ambiance.

Le hammam est propice à la conversation, les gens sont ouverts et détendus. Barbara fait aujourd’hui son premier hammam et est enchantée par le concept, tout en m’expliquant qu’elle se pose « quelques questions ». « Je passe un bon moment mais il y a une partie de moi qui ne se sent pas très à l’aise au milieu de certains stéréotypes » m’explique-t-elle. « J’ai le terme ‘appropriation culturelle’ en tête ». C’est vrai qu’entre les djellabas, les sacs Tati et les kufis, il y a un côté soirée déguisée. Je demanderai plus tard à l’asso leur vision de cette esthétisation : « Les djellabas, c’est léger, confortable et joli (même si certaines étaient kitsch). Les sacs sont pratiques et c’était un joli clin d’œil, et les pâtisseries ont été faites par l’une de nos mamans. Plus sérieusement, nos valeurs ce sont l’ouverture, la tolérance et le partage. On a envie de faire voyager le public, d’aller à la rencontre des gens et de faire découvrir des pratiques culturelles et sociales qu’on aime, comme le hammam. Nos références culturelles sont multiples, les cultures arabes en font partie. Logique donc de reprendre les codes et esthétiques méditerranéens. Et on peut dire qu’on a le souci du détail ! ».

Les découvertes auditives continuent avec une sélection du digger local Waterproof, pépites orientales rock, funk, psyché – et bien sûr disco – s’enchaînent à la vitesse des 33 tours. Le trio Tropicold reprend le flambeau pour finir dans une optique encore plus dance. La musique et les danseurs s’arrêtent à 19h. Dans les vestiaires, plusieurs personnes félicitent l’organisation et on peut lire sur les visages que l’expérience était euphorisante. Hammam et dance music font bon ménage. Prochaine destination pour Sidi & Co : Rio via Lyon, sur une presqu’île tropicale et un Sucre en mode carnaval !

Photos : Claudia Courtial

Hammam Disco

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