Tanjaret Daghet, la pression créatrice

C’est près de leur studio d’enregistrement dans le quartier de Hamra, à Beyrouth, que nous rencontrons le groupe Tanjaret Daghet. Une fois arrivés sur place, les membres du groupe nous conduisent au sous-sol d’un vieux bâtiment. Nous prenons place dans une salle où trônent quelques affiches et sommes entourés d’instruments de musique pendant que nous conversons autour de petits paquets de fruits secs.

Les débuts de Tanjaret Daghet

Tanjaret Daghet, ce sont trois jeunes hommes et trois personnalités très différentes. Tarek Ziad Khuluk est guitariste et vocaliste, Dani Shukri batteur et Khaled Omran bassiste et vocaliste.

Amis de longue date, Dan, Tarek et Khaled font de la musique depuis longtemps. Dani, Khaled et Tarek commencent par se faire les dents en jouant avec des groupes de tous les genres et à cotoyer de grands noms de la musique avant de se lancer avec Tanjaret Daghet.

Ils tournent alors un peu partout dans la région dès 2012 et se rendent notamment au Caire, Alexandrie et à Amman en Jordanie.

La crise syrienne éclate alors et les contraint à se frayer un chemin dans le Liban voisin comme beaucoup d’autres groupes de musique. Alors qu’ils passent des journées entières à jouer dans la salle où nous sommes justement assis ce jour-là, ils attirent l’attention d’un voisin qui se trouve être justement un producteur de musique. Cette rencontre tombe bien car à ce moment-là, ils ressentent de plus en plus le besoin d’avoir plus qu’un label. Ils veulent avoir quelqu’un qui ait une vision et qui puisse les orienter musicalement et non uniquement les produire.

C’est donc ainsi que se poursuit l’aventure de Tanjaret Daghet, et de leur premier album 180. Le frisson rock ‘n roll de leurs titres et leurs paroles révoltées font mouche. Les membres du groupe nous confient être actuellement en train de travailler sur un second album, plus expérimental, qui reflète davantage ce que le groupe faisait à ses débuts. « On a toujours aimé tenter des expériences nouvelles et on s’est remis là-dessus », nous explique-t-on.

Une musique contemporaine

Lorsqu’on écoute Tanjaret Daghet, on ressent les pulsations du Moyen-Orient. Il y a un mouvement Dabke, des oscillations orientales et les textes composés par Khaled sont toujours subtilement ironiques. Si la petite cocotte-minute (traduction de Tanjaret Daghet) des trois Syriens déborde de musique révoltée, Khaled avec un petit sourire « Ce n’est pas parce qu’on chante fort que l’on est nécessairement énervé. » Dans la métaphore artistique de la cocotte-minute, il y a en effet l’aspect transformateur de la machine ; la possibilité de créer à partir de cette rage et cette énergie qui les emplit. Le nouvel album du groupe portera d’ailleurs le sceau de leur expérience de la guerre et ses blessures qu’ils ont tous les trois vécu individuellement. Sur ce sujet, on sent l’émotion suspendue dans la salle, les yeux de Khaled se mettent à scintiller vivement mais il refuse de se laisser au pathos. Il défend la sublimation artistique de ces coups portés à la population syrienne.

Pour leur prochain album, les membres du groupent nous confient avoir travaillé sur l’aspect visuel de la cocotteminute et en avoir fait un personnage à part entière, qui se déplacera sur les vidéos au fil de la musique. « La pression est partout », ce sera le mot de la fin. Il y a ceux qui la transforment et ceux qui la subissent. Vous savez où placer Tanjaret Daghet.

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