Splntr, le street-artiste qui psychanalyse et « fait le mur »

C’est au cours de notre trajet d’Alger à Constantine que nous faisons la rencontre de Spltr et son acolyte Sneak. Nous ayant rejoint pour une peinture murale dans les locaux de Naim Khelifa, acteur culturel de la ville, Splntr se confie à nous dans une ambiance où les tubes de peinture se vident et se mélangent puis rejoignent les murs de la salle où nous passons l’après-midi.

Les débuts

Splntr, comme il se fait appeler, est un graffeur autodidacte. D’un naturel calme et réservé, ses yeux s’allument subitement lorsqu’on lui parle de sa pratique artistique. Splntr est en effet étudiant en psychologie clinique à Annaba mais il s’est très vite aménagé du temps pour vivre sa passion pour les peintures murales. Pour Splntr, l’art de rue est une mentalité à part entière. Lorqu’il peint, il y a une sorte de rituel à respecter. Ce jour-là, les esprits s’échauffent sur un fond de musique rap tandis que les deux graffeurs mélangent les couleurs et prennent leurs marques dans l’espace.

Splntr est né et a grandi à Souk Ahras avant de rejoindre Annaba pour ses études. En 2006, nait chez lui un très fort intérêt pour le street art. Il s’y essaye d’abord seul puis se fait conseiller par Moh de Inkn Dustriz qui réside à Constantine. A quelques heures d’Annaba, Constantine est donc un exutoire qui lui permet de vivre sa passion. A partir de 2008, Splntr libère ainsi toutes ses pulsions pour le lettrage et l’écriture murale tout en acquérant une formation technique grâce à Moh.

Splntr © Mehdi Drissi

Splntr © Mehdi Drissi

Un transfert d’idées abstraites

Lorsqu’il peint, Splntr ne repasse jamais sur les traits que sa main trace avec ferveur. Une fois la ligne esquissée, il n’y a pas de retour en arrière ; c’est un prolongement de ce qu’il est, de son émotion du moment et de son envie de la partager.
Splntr s’inspire en effet d’un mélange de formes géométriques et de calligraphie, auquel il ajoute toujours sa touche personnelle. Mais au-delà de l’esthétique qui s’en dégage, pour Splntr c’est une sorte d’expérience mystique, une manière pour la jeunesse de « marquer son territoire ». On ressent dans ses paroles, l’influence de sa formation en psychologie, qui lui fait analyser l’âme humaine et ses soubresauts. Lorsqu’il nous parle de ses expériences de la peinture morale, il l’évoque comme un vrai combat contre lui-même, avec ses propres émotions qu’il doit canaliser mais ce combat se retrouve aussi dans la rue et ses « codes qu’on doit apprendre ».

Le graffeur nous parle en effet des nombreuses arrestations pour vandalisme et du risque inhérent à la pratique du street art, a fortiori en Algérie. Mais pour lui, partager un message avec le monde entier n’a pas de prix. Splntr parle de ses créations comme des pulsions canalisées sur le mur, rendues vivantes par la couleur et les traits fins qui se superposent et s’épousent.

« C’est le feeling, parfois tu ne sais même pas exactement ce que tu veux faire. C’est avant tout une satisfaction personnelle, si tu es en colère, tu réussis à te calmer. La progression arrive au moment de l’action ; tu te fixes une idée mais elle émane surtout de l’atmosphère du moment. Tu es face à tes idées pures. »

Souvent, il n’a pas de plan préétabli lorsqu’il est face à un mur vierge et même quand c’est le cas « le résultat est souvent très différent » de ce qu’il imaginait initialement.

© Mehdi Drissi

SPLNTR © Mehdi Drissi

Les règles de la rue

Qui dit code, dit aussi règles. Nous ne sommes donc pas étonnés de voir que les street artists recréent une ambiance particulière le jour où nous les accompagnons chez Naim Khelifa pour une peinture murale faite sous nos yeux. Sur fond de rap US, Sneak et Splntr s’agitent et connectent leurs esprits. « J’écoute tout ce qui est authentique et plein de sens », nous lance Splntr . Et d’ajouter :

« Dans notre travail, on fait aussi des collaborations avec des rappeurs parce que c’est le même délire».

On comprend très vite que le monde du street art, c’est tout simplement celui de la rue au sens le plus large. Les artistes, qui se connaissent et se respectent, évoluent très vite au sein de collectifs, qui leur permettent de juger de leur progression et d’être « plus précis et plus direct ».

Le projet SIIW

Après ses débuts avec Moh de Inkn Dustriz, Splntr fait la connaissance d’autres artistes sur les réseaux sociaux puis les rencontre physiquement grâce au DJ’ART festival organisé à Alger. C’est ainsi qu’il rencontre Sneak, graffeur algérois qui deviendra vite son complice.

Les deux street artistes s’impliquent ensemble dans le collectif 213 7itiste qui deviendra ensuite 213 writerz avant de monter un projet à deux. La première expression, « 7itiste » bien qu’elle soit « algéro algéroise » résume bien l’état d’esprit de ces jeunes graffeurs. En effet, un 7iti, en algérois, désigne littéralement une personne qui est adossée au mur et regarde les gens passer. Le collectif reprenait à dessein cette expression, condescendante à l’égard des jeunes, pour mieux la détourner en confrontant l’action artistique sur les murs à la passivité qui en émane.
L’émulation autour du collectif se fit de plus en plus importante et la page facebook créée rassemblait non seulement des photos de toutes les peintures murales des artistes mais aussi des apports d’anonymes. Un de leurs terrains artistiques favoris pour leurs créations est Ain Sbouja, un parking abandonné au milieu d’une forêt que leurs couleurs sont venues habiller de messages et d’images.
Récemment, Splntr et Sneak ont voulu concentrer leurs efforts pour travailler en duo sur leur nouveau projet SIIW. Les deux graffeurs, acolytes et complices, qui exécutent devant nous une peinture hypnotisante, ont donc décidé de monter un projet commun avec cette même idée d’éveiller les consciences au sujet d’un art qui est dénigré mais qui révèle pourtant les préoccupations de la jeunesse algérienne.

© LMNT - SPLNTR

© LMNT – SPLNTR

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