Sharjah, le hub créatif de la scène contemporaine Emirati

Beaucoup moins « bling-bling » que ses voisins Dubaï et Abu Dhabi et leurs grandiloquents Art Fair et musée du Louvre, Sharjah brille autrement que par son argent. Porté par un émir passionné d’art et d’histoire, cet émirat plutôt conservateur cultive une position unique sur la scène culturelle locale: à la fois gardien du patrimoine traditionnel arabe, et vitrine de la scène contemporaine émergente. Une oeuvre débutée il y a trente ans, et qui continue de marquer l’empreinte de Sharjah comme hub créatif régional majeur.

Le grand chantier culturel de Sharjah : la vision d’un émir passionné

Situé à la jonction du Golfe Persique et d’Oman, Sharjah est un ancien port de pêche, vieux de plus de 5000 ans. Dans les années 70, alors que la région est en plein boom pétrolier, le  Sultan bin Muhammad Al-Qassimi, préfère se concentrer au rayonnement culturel de l’émirat qu’à la révolution économique entraînée par la découverte de l’or noir. Sous son impulsion et pendant trois décennies, seront alors créées des initiatives majeures dans le but de développer la scène artistique régionale. Cet amateur d’art et d’histoire (il possède un doctorat d’histoire de l’université d’Exeter et a écrit plusieurs pièces de théâtre), participera notamment au financement de la Société Emirati des Beaux-Arts, et fondera le Salon du Livre international. Mais c’est au début des années 90 qu’il débute son grand chantier culturel, avec la construction d’une vingtaine de musées, ainsi que le lancement de la Biennale de Sharjah.

Des établissements pour la plupart destinés à préserver l’héritage de la ville dans divers domaines comme la calligraphie, l’archéologie, les arts, les civilisations islamiques, l’histoire naturelle ou encore l’aviation. A l’instar du musée de l’héritage de Sharjah qui rend hommage aux coutumes des tribus du désert et à l’artisanat local, ou encore au musée maritime qui explore les anciennes pratiques de pêche du Golfe. Un ensemble d’initiatives lui valent les titres de capitale culturelle du monde arabe par l’UNESCO en 1998, puis celle des arts islamiques en 2014, lors de la Conférence des Pays Islamiques à Baku en Azerbaïdjan.

Faire émerger les artistes locaux sur la scène internationale

En dehors des musées dédiés à préserver la mémoire culturelle de la ville, de nombreuses fondations ont également vu le jour ces dix dernières années. Des institutions qui nourrissent toutes une volonté commune de promouvoir les artistes émergents de la région, regardant vers le futur de la création arabe.

Maraya Art Centre, une pépinière de talents

Courtesy @Maraya Art Center

Cet incubateur créatif fondé en 2006 s’attèle à assister et promouvoir les talents de la région. Pour cela, il dispense un programme de résidence annuel aux artistes émergents, et organise régulièrement des expositions temporaires, comme Islamopolitan qui interroge les liens entre Islam et design ou encore  Raw Data de l’artiste Emirati Mohammed Kazem. Le centre artistique Maraya collabore également avec des artistes internationaux lors de projets comme Jedariya, visant à ré-explorer l’espace urbain par l’art graphique. Parmi eux, le franco-tunisien L Seed et le peintre irakien Marwan Shakarchi ont ainsi été invités à revisiter des lieux emblématiques de la ville avec des nuages colorés ou de la calligraphie. La graphiste née aux EAU, Zena Adhemi, a  réinventé la police de Smile you are in Sharjah, souriez vous êtes à Sharjah une phrase iconique de la ville.

La fondation Barjeel, la mémoire contemporaine de l’art arabe

Courtesy @ Barjeel Art Foundation/Photo by Capital D Studio

 

 Fondée en 2010 par le sultan Sooud Al-Qassemi , la fondation Barjeel avait pour mission de soutenir le développement intellectuel de la scène artistique régionale. Elle est aujourd’hui devenue une source d’information principale sur l’art arabe contemporain, dont la vocation est  d’éclairer le grand public sur la diversité du monde arabe, au delà des frontières de culture et de géographie. Un objectif réussi grâce à la construction d’une collection publique d’environ 1300 œuvres, dont certaines réalisées par des artistes oppressées par leur régime, qu’elle met régulièrement à disposition d’institutions étrangères comme la fondation de Serralves à Porto, le musée d’art Morin à Tokyo, ou plus récemment L’Institut du Monde Arabe (IMA) dans le cadre de son exposition « 100 chefs d’oeuvre de l’art moderne et contemporain ». Une centaine d’œuvres, toutes issues de la collection de la fondation et que le sultan a prêté avec plaisir, afin de partager la richesse créative moderne arabe.

Allant encore plus loin, la fondation agit aussi comme une plateforme publique d’échanges critiques sur l’art contemporain, organisant régulièrement des conférences et panels de discussion avec un focus sur les artistes aux origines arabes. Des événements qui visent aussi à sensibiliser les populations locales à l’importance de l’art.

La fondation d’art de Sharjah, gardienne de la biennale

 

©Sharjah Art Foundation

 

Située dans le quartier historique de Sharjah, près de la creek et du port industriel, la fondation d’art de Sharjah (SAF) est depuis sa création (en 2009), un catalyseur d’échanges artistiques au Moyen-Orient et dans le Golfe.

Présidée par Hoor El Qasimi, la fille du souverain de Sharjah, diplômée de la Slade School of Fine Arts et du Royal College of Art de Londres, elle doit assurer la continuité historique de la Biennale de Sharjah, tout en mettant en place des événements et programmes tout au long de l’année.

Elle organise donc parallèlement à la Biennale des projections, concerts, discussions, mais aussi performances comme les rencontres annuelles de Mars, cette année appelées Formes actives : une série de conférences et ateliers sur la résistance comme matière première de la création.

Elle s’est récemment dotée de nouveaux espaces multi-fonctionnels d’environ 20000 mètres carrés. Un agrandissement qui s’inscrit dans un projet de développement urbain, comprenant une succession d’espaces intérieurs et extérieurs, abrités au sein d’anciennes maisons traditionnelles Emirati.