Shadi Khries, médiateur nabatéen

« La route, c’est la vie ! », voilà une citation de Kerouac sur laquelle on s’accordait avec Shadi Khries.

Réunis au tour d’une table du restaurant-bar Maestro à Amman, nous y avons trouvé refuge dans un espace d’intérieur très intimiste. Ici, des concerts sont proposés de temps en temps et après s’y être produit à diverses occasions, Shadi en connaît maintenant les moindres recoins.

Le voyage, un bain de jouvence

Il n’y a pas une salle de concert ou un festival à Amman que Shadi n’ait pas fréquenté. Ses nombreuses casquettes lui ont permis d’adosser de nombreux rôles et de participer à de nombreuses manifestations. Animateur d’ateliers, photographe, technicien son ou musicien, Shadi ne manque pas de savoir-faire et de talents. C’est d’ailleurs cette pluridisciplinarité qui lui a permis de franchir les frontières du royaume hachémite.

Shadi Khries est ce que l’on peut décrire comme un éternel voyageur. Amoureux des cultures du monde, chaque nouveau départ est pour lui source d’apprentissage et une nouvelle motivation. Pendant notre discussion, les souvenirs de voyage s’enchainent : « Je suis entièrement convaincu, après avoir visité différents pays et apprécié leurs paysages naturels que la musique produite par chacune des cultures est intrinsèquement liée à l’environnement dans lequel elle évolue », puis continue « quant à moi, mon identité musicale est celle du Sham (levant) et ce sont les sons de mes montagnes et la densité de ma ville qui m’influencent et qu’on entend dans mes productions».

Shadi  déplore l’absence d’écoles de musiques ou de centre de valorisation du patrimoine musical jordanien. « Ici, on n’entend que des musiques nationalistes. Sur la radio ou chez les commerçants, des louanges à la famille royale ou des paroles violentes concernant des enjeux sécuritaires tournent en boucle à longueur de journée », dit–il mécontent, en agitant les bras. Mais, loin d’être découragé, Shadi prépare des projets qui rendent hommage à l’héritage musical de nombreuses tribus jordaniennes.

Embarquement pour le Hijaz

King Ghazi, voici la promesse que nous fait Shadi à travers son nouveau projet musical. Il nous prend la main et nous berce l’oreille pour nous mener sur la route du Hijaz. Un voyage en musique pour lequel il faut être prêt au printemps 2016.

Tel un anthropologue, Shadi entreprend un travail de recherche et documente ses rencontres musicales en Jordanie. Avec une vision simple, il tente de réunir des musiciens du nord et du sud de la Jordanie pour essayer de reconstruire puis transmettre un langage musical dont sa génération a été coupée. Mais, ce projet n’aurait pas pu voir le jour sans Gilb’r, DJ et fondateur du label Versatile qu’il a rencontré plus tôt au studio du même nom et qui l’accompagne dans différentes régions de la Jordanie pour enregistrer des musiciens locaux. Leur première escale se fait auprès de la tribu de Hurran, au sud de la Syrie où ils rencontrent à Dar3a, un joueur traditionnel de Rebabé dénommé Abu Sayah.

Le vinyle présentera des titres variés qui tentent de mettre sous le feu des projecteurs une région ou des instruments spécifiques. D’autres producteurs reconnus tels que AK ou Sotofy sont aussi de la partie et ont pris part au remix de certains tracks. Une expérience électro aboutie qui se nourrit des expériences passées de Shadi et de sa collaboration, notamment avec Acid Arab.

En effet, c’est en 2013 que Shadi rencontre Guido dans une soirée au point éphémère à Paris. Quand le son de la Dabké parvient à ses oreilles, il se dirige directement vers le DJ et se présente en tant que musicien. Une semaine après, Shadi est introduit au studio Versatile et se trouve en train d’enregistrer Habibeat Rum, pour le deuxième EP du duo phare d’acid oriental. D’autres collaborations telles que Samira et Beesan Rum s’en suivront.

Autostrad

Nous nous apprêtons à demander une deuxième consommation quand Yazan Al Rousan nous rejoint. Yazan est membre du groupe de musique Autostrad que Shadi a récemment rejoint pour en être le nouveau percussionniste et le joueur de clavier.

Shadi et Yazan ont d’abord appris à travailler ensemble dans une autre formation ; RUM. Après avoir fait leurs premières armes au sein de ce groupe reconnu de musique jordanienne, ils poursuivent chacun leurs projets avant de voir leurs chemins se recroiser par la force du rock indé et de la funk.

Après des études en musicologie à Tunis, Yazan forme Autostrad en 2007. En misant sur des paroles très réalistes en dialecte jordanien, la bande interpelle directement son public et établit une communication décomplexée avec ses admirateurs. En abordant des sujets du vécu et des problèmes sociaux tout en gardant leur panache habituel, Autostrad grave ses rythmes pleins d’énergie dans l’esprit des auditeurs. L’alchimie entre les membres du groupe est perceptible sur scène et son succès s’explique aussi, nous confirment Yazan et Shadi, «par le partage d’une vision commune pour son avenir».

© Photo : Elyane S Youssef

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