Sasha Nassar. La modeuse de Jaffa

Sasha Nassar, juste après le défilé avec ses mannequins. (Crédits image : Anaïs Chatellier)
Sasha Nassar, juste après le défilé avec ses mannequins. (Crédits image : Anaïs Chatellier)

C’était en plein mois de juillet. Il faisait chaud, très chaud sur Paris, pas encore déserté par ses autochtones. Je l’avais raté quelques semaines plus tôt lors de son défilé de mode à la Bellevilloise, une salle parisienne arty, à l’occasion du festival israélo-palestinien Pèlerinage en décalage. Alors pour me rattraper, je lui avais donné rendez-vous pour une interview, place de la République à Paris toujours.

Elle, c’est Sasha Nassar, 28 ans, créatrice de mode. Née à Jaffa, sur la côte israélienne, elle grandit avec une double-culture, de parents juifs et arabes. Mais Sasha dit aussi que c’est aussi Jaffa elle-même qui lui a donné cette double-culture : « Cette ville a une population et une géographie mixte : l’ancien y côtoie le neuf, les juifs et les arabes vivent côte à côte». C’est aussi Jaffa qui lui donne envie de se tourner vers la mode. Là-bas, elle a vu «des milliers de personnes se définir par les vêtements qu’ils portent», que ce soit pour «sortir du lot», ou ressembler à tout le monde.

Des burqas transparentes

Aujourd’hui, après avoir étudié la mode à Londres puis Milan, elle termine un master à l’Institut Marangoni à Paris, une école de mode et de design d’origine italienne. Son coup d’éclat, c’est en juin 2013 : elle gagne la première place à l’International Show de la Graduate Fashion Week à Londres, un prix prestigieux réservé aux étudiants en école de mode. Son idée? Reprendre le principe de la burqa pour en faire une pièce transparente dans laquelle les mannequins défilent quasi-nu.

En juin 2013, avec son idée de la reprise d’une burqa, version transparente, Sasha remporte la 1ère place de l’International Show de la Graduate Fashion Week de Londres. Photo : Patrice Stable

En juin 2013, avec son idée de la reprise d’une burqa, version transparente, Sasha remporte la 1ère place de l’International Show de la Graduate Fashion Week de Londres. Photo : Patrice Stable

De cette démarche contestataire, Sasha tire aussi des robes plus contemporaines aux motifs imprimés en forme de mosaïque. A l’époque, son travail, intitulé «Printemps personnel», séduit le jury de l’International Show, mais aussi  la marque de prêt à porter scandinave Muuse qui lui propose de réaliser toute une collection reprenant ses imprimés orientaux.

En juin 2013, avec son idée de la reprise d’une burqa, version transparente, Sasha remporte la 1ère place de l’International Show de la Graduate Fashion Week de Londres. Photo : Patrice Stable

En juin 2013, avec son idée de la reprise d’une burqa, version transparente, Sasha remporte la 1ère place de l’International Show de la Graduate Fashion Week de Londres. Photo : Patrice Stable

Des tissus d’Israël et de Palestine

Sa dernière collection, réalisée cette année, elle l’a voulu proche de ses racines, Israël et la Palestine. Sous le nom de Siti («six» en arabe), son travail rassemble six robes brodées, soit six évocations de six villes d’Israël et de Palestine : Jaffa, Gaza, Jérusalem, Hébron, Bethlehem et Ramallah. Pour être au plus près de ses villes d’origine, Sasha est-même allé jusqu’à demander à un de ses amis qui habite Jaffa d’aller chercher du filet de pêche sur le port de la ville pour venir agrémenter une des robes. Et une partie de ces robes a été brodée par des femmes Palestiniennes à Hébron et Gaza. «Ma passion pour la mode vient de mon amour pour les gens, pour la diversité, la liberté de s’exprimer librement» dit Sasha, et on veut bien la croire.

Quoi de mieux que l’Art pour sublimer conflits et passions ?

De gauche à droite : Ramallah, Jaffa, Bethléem et Jérusalem. (Crédits image : Anaïs Chatellier)

De gauche à droite : Ramallah, Jaffa, Bethléem et Jérusalem. (Crédits image : Anaïs Chatellier)

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