Mashrou’ Leila, retour sur un phénomène

En évoquant la pop arabe, on penserait quasi-automatiquement au cliché des chansons d’amour, souvent mièvres et aux textes superficiels dont raffolent les programmateurs des grandes radios. En 2008, un groupe sort de nulle part pour équilibrer la donne, et proposer une musique très inspirée de l’énergie du rock et de la pop en puisant son identité dans le lyrisme arabe. C’est donc dans ce sens que les membres de Mashrou’ Leila, jeune groupe beyrouthin produisent des chansons mêlant folk, rock et pop, chantées en arabe, avec un accent prononcé et un timbre de voix fort et mélancolique qui donnent cette touche singulière à leur musique.

Avec à leur tête Hamed Sinno, chanteur du groupe, les Mashrou’ Leila écrivent, composent et chantent sans se poser de contraintes. Ils abordent des thèmes touchant à la société libanaise, ses malaises, son histoire, ses paradoxes. C’est donc dans ce sens que l’on croise des thématiques comme la politique, l’homosexualité ou la guerre dans la discographie du groupe qui comporte déjà un album et un EP en l’espace de 5 ans de carrière.

Mashrou’ Leila, un premier disque éponyme

Mashrou’ Leila est l’album qui a fait découvrir le groupe à un bon nombre de son public, notamment grâce à son partage intensif sur les réseaux sociaux et le téléchargement illégal ; chose qui ne déplaira pas aux artistes qui ont vu leur notoriété monter en flèche en un laps de temps. Ce premier disque éponyme est une critique ouverte de la société libanaise. Un disque identitaire (que Hamed Sinno a écrit quand il avait 20 ans) où les artistes se cherchent, entre leurs croyances politiques, le coming out du chanteur et leur position satirique vis-à-vis de leur société, le tout baignant dans une ambiance de changement, de révolution culturelle. C’est donc dans cet esprit que l’on tombera, durant l’écoute du disque, sur Fasateen, somptueuse ballade folk qui fera office de single extrait de l’album, forte par ses accords mélancoliques et son texte traitant de rupture amoureuse, ou encore Shim el Yasmine où Hamed Sinno s’adresse à un garçon qu’il aimait dans une nostalgie amère.

Im-Bim-Billilah et Latlit sont deux titres où nos artistes critiquent avec sarcasme et agressivité la société dans laquelle ils évoluent, et Raksit Leila est une chanson à laquelle un violon enjoué donnera une touche très légère pour clore l’album.

El Hal Romancy, noir et introspectif

Le deuxième disque, EP de 6 chansons, arrivera en 2011 et nous présentera une autre facette du groupe, toujours en cohérence avec ce que Mashrou’ Leila a présenté auparavant, mais dans un moule plus « posé », plus mature. C’est alors que le groupe fait naître des ambiances plus travaillées dans son disque, parfois opposées mais souvent harmonieuses. On passe par exemple d’un univers fortement triste et agressivement désespéré dans Habibi, titre auquel la première piste de l’album,  fait office d’introduction, à un univers plus calme dans Inni Mneeh (Je vais bien), seule balade de l’album à la quelle succédera Imm El Jacket, chanson parlant d’une fille qui s’habille comme un garçon et vit librement en envoyant balader les clichés des filles utra-féminines du Liban. L’album se termine sur El Hal Romancy, une chanson slow-tempo dont le charme se résume au violon qui y est savamment intégré. Cette chanson fera d’ailleurs office de single et sera même agrémentée d’un clip à l’esthétique simple mais très raffinée.

Live in Baalbeck, consécration

Il y a 3 jours, Mashrou’ Leila dévoile son concert enregistré l’été dernier à Baalbek en DVD. Mis en scène par Amine Dora, ce live comporte l’essentiel des deux disques du jeune groupe et sera disponible dans tous les Virgin Megastore. L’occasion pour nous de découvrir ce groupe très talentueux sur scène et de profiter de la voix puissante et rauque du chanteur qui y interprète des chansons devenues hymnes en si peu de temps.

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