Rencontre. Le coup de foudre de Marcus Miller pour la musique Gnaoua

 

Tout juste sorti des balances, Marcus Miller s’est dirigé vers la salle Caravelle de l’Atlas Hotel où de nombreux journalistes l’attendaient.

D’humeur joviale en son jour d’anniversaire, ce bassiste d’exception se livra à des sessions de beatbox pour expliquer la rythmique du jazz et ses liens avec les temps de la musique Gnaoua et répondit avec beaucoup de répartie à la curiosité du public.

C’est assez récemment que Marcus Miller a découvert la musique et la tradition Gnaoua. Il se souvient de sa surprise, lorsqu’il y a de cela deux ans, il écoutait pour la première fois le son de l’ancêtre de son instrument fétiche qu’est la basse : le Guembri. Ce qui l’avait à l’époque frappé c’était le caractère exceptionnel de son slap, une technique  maîtrisée des années auparavant par les mâalems gnaoui dont les mains taquinent les cordes du Guembri avec un naturel désarmant.

Nommé « Artiste pour la paix » par l’UNESCO , Marcus Miller respecte la philosophie pacifique et l’appel à l’union qu’invoque la musique africaine et Gnaoua en particulier, car celle-ci exprime pour lui des idées de l’ordre de l’ineffable. Il s’agit aussi pour lui d’une manière d’être connecté avec une terre qui pourrait être la sienne.
Miller voit ainsi, l’avenir de la musique, et de sa musique, dans la poursuite des métissages et la découverte de nouvelles influences. A ce titre, le Jazz-man nous a confié qu’il a déjà travaillé sur trois titres directement inspirés par la musique Gnaoui et espère que l’expérience de fusion qu’il a eu hier  soir avec le Maâlem Mustapha Bakbou se réitérera dans un futur proche pour d’autres collaborations.
Que les puristes qui ont peur de voir la musique Gnaoui dénaturée par l’intrusion d’éléments nouveaux soient rassurés, les artistes étrangers qui se livrent, comme Marcus Miller, à ce mariage singulier suivent le maitre Gnaoui et l’accompagnent spontanément d’instruments nouveaux (basse, saxophone, clarinette…). Et ce, dans le respect total de la structure spécifique de cette tradition africaine.
Cette immense admiration pour la musique Gnaoua est en fait partagée par plusieurs artistes internationaux qui, une fois qu’ils en ont entendu les notes harmonieuses, n’ont pu que l’adopter et la chérir . Neila Tazi, présente pour l’occasion, partagea d’ailleurs avec nous une anecdote prouvant la forte capacité de séduction de cette musique envoûtante. Cela remonte à l’été 1994 à Casablanca où Carlos Santana venait se produire pour la première fois au Maroc. La veille du concert, l’invité avait eu le droit, le temps d’un dîner intimiste, à une session de tagnaouite avec le Mâalem Mahmoud Guinea et ne put que rejoindre ce dernier pour une jam session mémorable. Il demanda alors à être accompagné par le Maalem sur scène le lendemain. Une poignée d’années plus tard, en 2010 pour être précise, Santana eut l’occasion de revenir au Maroc pour le festival Mawazine et n’ayant pas oublié cette forte expérience, invita le Maalem Bakbou à jouer avec lui à nouveau.
Cette conférence de presse était aussi l’occasion pour Miller de revenir sur la relation spéciale qu’il entretient avec son mentor, Miles Davis. Voulant lui rendre hommage, il pensa à composer des chansons qui soient fidèles à l’esprit du défunt et après de longues discussions, il arriva à la conclusion que ces mélodies devaient chanter les plaisirs culinaires, les voitures et les femmes, trois sujets très chers à Miles Davis.
Enfin, l’artiste rappela la connotation négative du terme « Jazz » qui, d’après lui, a d’abord été utilisé par les journalistes comme une critique du jeu non réussi de ces américains qui veulent s’essayer à une musique européenne. « Jazzer » revenait donc à rater sa performance mais ce style a rapidement fini par s’imposer et devenant, par la suite, une notion adulée. Marcus démontra de cette manière l’intérêt de ce genre en insistant sur l’importance de la conversion des revendications sociales en créations originales. Le Hip Hop, le Blues, le Reggae ont tous été enfantés par une révolte soucieuse de prendre corps dans la musique et l’art et c’est cela même qui fait toute leur beauté.
Notre rencontre avec Marcus Miller nous a ainsi transportés vers un horizon où fusion, africanité, Gnaoua, Jazz et révolte se conjuguent tous au même temps, celui de la musique et de la paix.

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