Réimaginer la médina, entre fiction et dystopie

A quoi ressemblerait la mythologie de demain ? L’univers de Said Afifi nous emporte dans une sorte de souvenir que nous n’avons pas encore vécu.

Dans A New Mythology, la médina de Tétouan apparaît comme un labyrinthe vertigineux, étrange et sans âme. Un non-lieu sans matérialité aucune, où l’Homme est absent. Sur un fond sonore inquiétant, des séquences de la médina défilent, dans une atmosphère post-apocalyptique. Il n’y a pas âme qui vive. Les ruelles deviennent illusoires, les espaces hors d’usage. L’architecture n’est que volumes flottants : brutale et déshumanisée, elle n’est que matière.

Cette fantasmagorie dans laquelle nous entraîne Said Afifi, jeune artiste diplômé des Beaux arts de Tétouan, appartenant à une génération familiarisée avec les technologies, s’imprègne fortement des environnements synthétiques des jeux vidéos et de l’univers de la science-fiction. Ayant grandi et évolué dans un environnement moderne, Said entretient avec la médina un rapport de fascination et de mystère. C’est un véritable voyage dans le temps que suscite en lui sa scénographie urbaine.

Dans la ville d’aujourd’hui, un ancien contexte comme la médina, territoire résistant encore à la modernité, fonctionne comme une sorte de musée. Anachronique et désuète, la promenade y sollicite une expérience ambiguë du temps et de l’espace.

Quelle relation entretient-on avec ces lieux obsolètes, appartenant à un autre temps, mais néanmoins présents dans le nôtre? Quelle valeur portent-ils et quelle utilité ont-ils aujourd’hui ?

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Transformer la médina en un "urban-fabric" moderne

De sa fascination et son rapport d’étrangeté avec ce lieu, est née une volonté de le déconstruire et de le réimaginer sous un spectre dystopique. Ainsi, Said Afifi base son travail sur le paradoxe qui consiste à transformer la médina en une sorte de urban-fabric ultra moderne.

Dans ses recherches, il explore les champs de l’illusion, de l’absurdité et de l’impalpable nature de la réalité, comme il aime à le décrire. Il réinvente ainsi une nouvelle esthétique architecturale inspirée des univers virtuels hyperréalistes des jeux vidéos et du brutalisme. Son intérêt pour l’architecture est d’ailleurs évident. Il se dit sensible aux changements socio-culturels impliqués par la construction. Dans ses travaux, l’artiste observe l’évolution des lieux et des territoires sous l’emprise de la modernité et s’interroge également sur le futur de l’humanité.

Plus récemment, Said Afifi a travaillé sur le projet cellules dormantes. Celui-ci revisite des territoires militaires en Finlande, où on retrouve ses thèmes de prédilection comme la dystopie et l’absurdité de l’Homme. En avril dernier, lors des ventes aux enchères organisés par la CMOOA (Compagnie Marocaine des Oeuvres et Objets d’Art), à Marrakech, les collectionneurs d’art contemporain se sont arrachés son diptyque intitulé Le naufrage du cube. Une figure de l’art contemporain marocain à suivre donc de très près.

              cellules-dormantes

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