Jihad Eliassa et Nader Dagher. Le quotidien, cette épopée moderne

Arrêtez  vos pendules et oubliez vos tracas, je vous emmène voir Jihad Eliassa au Maroc et Nader Dagher au Liban. Un seul regard jeté sur les œuvres de chacun suffit à ressusciter la caressante chaleur du bercail. Ces deux artistes à l’univers différent, font de la routine un terreau fertile pour leur imagination débordante en s’appropriant artistiquement  expressions populaires,  proverbes et  jeux de mots.
Avec eux, nous franchissons  le seuil de la familiarité et  nous nous laissons inviter au coin du feu accueillant du quotidien. Ne sentez vous pas resurgir la douce nostalgie de l’enfance ? N’entendez-vous les éclats de rire qui rythment les retrouvailles familiales ?

Chez Nader Dagher, les lignes sinueuses de la typographie arabe se superposent à des photographies qui renvoient subtilement à l’idée exprimée par celles-ci.  En utilisant tantôt des expressions anglaises transcrites en arabe, tantôt des proverbes en dialecte libanais, le photographe joue sur les genres et les registres en promouvant le mélange des cultures et des influences. Le nom de son projet, Art7aké أرت حكي (conter l’art) est d’ailleurs à lui seul évocateur de cette volonté de célébrer la langue arabe de manière artistique. Un réveil ailé avec l’inscription Time flies écrite en arabe, une femme dénudée, cigarette à la main avec les mots  brood 3a srood برود ع  سرود  au premier plan, l’expression homesick  هوم سيك  qui flotte au dessus d’une splendide photographie de Beyrouth. Les œuvres de Nader Dagher sont d’une légèreté délicieuse et d’une fraîcheur déroutante.

C’est sur le culte d’un esprit décalé et rêveur que se retrouvent le photographe libanais et l’illustrateur marocain. Un beau jour,  Jihad se rendant compte du potentiel humoristique de l’expression  favorite de sa mère gless tsenet l3damek chouia, décide de la traduire sous forme de BD. C’est aussi fortuitement que naît le projet qu’il nommera  Dictons Marocains. S’ensuivront  des centaines d’autres images, sur le même format mais avec des thématiques variées comme Ramadan ou l’aïd. Drôles et colorées, les bandes-dessinées de l’artiste marocain vous font immédiatement replonger dans l’univers de l’enfance.

Mais le véritable trait d’union entre nos deux artistes, c’est l’hommage qu’ils rendent à la culture populaire. Jihad Eliassa et Nader Dagher ont tous deux choisi de faire la part belle au dialecte de leur  pays en illustrant des expressions et des dictons profondément ancrés dans la culture quotidienne. Leur travail consacre les épousailles de l’art et de la culture urbaine,  scellées par l’intarissable flot du quotidien . Cela en fait un pur plaisir pour les yeux qui élève  la vie de tous les jours au rang d’épopée moderne.

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