Passer une frontière avec un passeport marocain

Il existe un train reliant Bangkok à la capitale lao Vientiane ; un trajet de douze heures  qui vous dépose juste avant la frontière nord. Là encore, comme à l’accoutumée, on regarde bien mon passeport. On peine d’abord à le feuilleter car s’ouvrant à l’envers puis, avec un air presque moqueur et intrigué par ma nationalité, on me lance le fameux : « Ah Murokko », avec un accent tout à fait exotique : « Il est où ton visa pour le Laos ? ».  J’ai dû conclure de l’ignorance du garde frontière que très peu de Marocains passent par ce passage car ils ont le droit d’entrer au Laos en faisant un visa à l’arrivée. Mais vous savez, à six heures du matin, accumulant la fatigue du trajet, dans le brouillard et le froid du nord, l’ambiguïté s’installe car les réglementations changent assez régulièrement. Dans l’incertitude, je doute. Que se passera-t-il si on me laisse sortir du pays sans pouvoir rentrer au Laos et que je reste coincé dans le No Man’s Land ? Car entre les deux pays, il n y a que le grand Mékong, fleuve mythique, qui sépare les deux pays. Donc, devant le guichet, je réponds : « Oui j’en suis sûr, j’ai le droit de rentrer sans faire de visa au préalable ». Je traverse en minibus le pont qui surplombe le fleuve, décors digne d’un film de Coppola, quand enfin j’aperçois le drapeau soviétique flottant au dessus du poste frontière — le Laos est l’un des derniers pays encore communiste. Je donne mon passeport, et encore une fois, sourire : « Makao, ah no, marakko, ok, ok…wait », moment d’hésitation avant de constater qu’il faut montrer une adresse d’hébergement. Je ne vais pas raconter ici toutes les anecdotes que j’ai eu avec les visas à l’arrivée car il y en a beaucoup… enfin bon, je cours voir un couple d’italiens que j’ai aidé quelques minutes auparavant (ayant oublié leurs sacs dans le minibus que j’empruntais). J’avais eu le réflexe de le garder le temps qu’ils reprennent une voiture pour traverser le fleuve et nous avions un peu sympathisé.  Je note donc la même adresse que la leur sur mon formulaire de demande de visa et je continue mes démarches. Quelques instants plus tard, on me rend mon passeport avec le visa dessus, donc pas de problèmes !

Je passe au guichet automatique pour retirer de la monnaie locale, et là encore, petit moment d’hésitation : j’ai oublié le taux de change. Je retire maladroitement 200.000 Kip ! « Qu’est ce que je vais faire avec tous ces billets sur moi ! » pensant que j’ai fait une erreur, je me dirige alors vers le premier Lao pour demander le taux de change. Je me rends compte un peu plus tard qu’il ne s’agissait véritablement que de 20 euros ! La monnaie locale est tellement dépréciée, comme à l’époque de l’Irak sous embargo américain, que l’on doit donner parfois 20 billets de 500 kip pour payer un sandwich, qui lui ne coûte qu’un euro ! Autant vous dire qu’il faut avoir un sacré portefeuille.

Laos - Crédit photo : Samir Taouaou

Laos – Crédit photo : Samir Taouaou

Me voilà donc à Vientiane après une heure de Tuk-tuk, mais je ne vais pas m’éterniser dans la ville car je prévois de remonter encore vers le nord. Après avoir pris un petit déjeuner dans un marché local, je prends un minibus. Ancienne colonie française, on s’aperçoit immédiatement de l’héritage de la France à Vientiane : baguette, vins et autres spécialités françaises. Après des mois à ne manger que du riz et des nouilles, je ne peux vous dire à quel point cela fait du bien de revenir à ses vieilles habitudes culinaires. Nous sommes loin de la vraie baguette tradi, mais ça fait l’affaire ! Je prends alors cette voiture, on me met dans la rangée du milieu à côté d’une vieille dame lao. L’ambiance est très différente de la Thaïlande ou du Cambodge car le Laos reste très rural. Avec un anglais presque compréhensible, la vielle dame me demande d’où je viens : je réponds « Morocco » par politesse sachant qu’elle ne va surement pas connaître, loin de tout préjugé. Mauvaise réponse, car elle s’est tout de suite renfermée. Elle avait semble-t-il confondu avec « America » car le Laos avait subi, entre 1954 et 1975, plus de bombes que le Vietnam et le Cambodge réunis à l’époque des guerres d’Indochine. Le pays garde toujours des séquelles, des millions de mines et de bombes américains enfouies dans le sol Laos (au nord du pays). Je corrige tout de suite cet amalgame, n’ayant aucun rapport avec tout cela. Ensuite, comme pour un remerciement, on me tend un sac en plastique. Pourquoi faire, demandais-je ? Tout le monde commence à rire avec sarcasme en tenant son sac en plastique : « C’est pour les vomissements » disent-ils ! Et de surenchérir : « la route est très dangereuse ! ».

La nouvelle n’est pas tout à fait réjouissante mais il faut jouer le jeu, je prends le sac en plastique. On prend ensuite la route, et pendant les trois heures qui suivent, j’attends avec appréhension ces fameuses routes courbées. Tout le monde a le cœur serré, ma seule préoccupation à ce moment-là est d’éviter d’avoir le petit déjeuner de la vieille dame lao sur moi. Enfin, j’ai le droit à un petit sarcasme après plus 20 heures de trajet !

Laos - Crédit photo : Samir Taouaou

Laos – Crédit photo : Samir Taouaou

Terminus, me voilà soulagé ! Manifestement je suis immunisé à ma plus grande surprise. Les frayeurs récurrentes des bus prenants des virages à 80 à l’heure en plein Himalaya m’ont apparemment « vaccinées » dans le temps, je m’étais même bandé les yeux pour ne pas voir ce spectacle cauchemardesque ! Et la musique Goa traditionnelle du chauffeur de bus n’arrangeait pas les choses, bien au contraire, elle poussait même à la psychose !

Donc, après quelques heures de route, entre jungle exotique et montagnes rocheuses, j’arrive finalement à Vang Vieng, ancien spot de « raves parties » devenu à présent point de rencontre des amateurs d’escalade, du trecking et du kayaking. Le paysage est à couper le souffle, il était temps.

 

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