Philippe Aractingi. Un cinéma libanais de la mémoire

Le cinéma libanais connait, depuis quelques années maintenant, une vitalité étonnante. Avec comme plus illustre représentante Nadine Labaki, le pays du cèdre peut se targuer de nous avoir livré de très beaux films. Surtout, dans un pays en proie à une crise identitaire perpétuelle, le terreau est fertile pour les cinéastes.

Philippe Aractingi est, comme beaucoup de Libanais, un enfant de la guerre. Peut-être pas la sienne, mais, comme tous, il l’a vécue, l’a intériorisée, et surtout, l’a filmée et photographiée. Comme beaucoup de Libanais, il a connu l’exil : Parisien, d’abord, puis Londonien, puis de nouveau Parisien. Il a connu les bombes, mais il a aussi découvert, que dans d’autres parties du monde, le chaos n’était pas la normalité. Et ainsi, il a aussi filmé des choses plus belles – plus banales, sans doute – que la guerre, les girafes en Afrique, les Gnawas à Marrakech, mais sans jamais oublier qu’il est libanais, et sans jamais renoncer à y consacrer une partie de son oeuvre.

Avec à son actif 2 films, Bosta en 2005, et surtout le magistral Sous les bombes en 2008, il nous fait découvrir un cinéma assez unique, où il filme la guerre, au milieu de la guerre, avec les acteurs de la guerre. Ce film est un vrai OVNI cinématographique, décidé sur le vif durant la guerre des 33 jours de 2006, avec seulement deux acteurs professionnels, et une volonté de filmer la guerre, de faire vivre la mémoire de la destruction et du chaos.

On pourrait parler de Sous les bombes pendant des heures. Pour voir comment l’objet traverse une mémoire libanaise en crise perpétuelle, comment l’utilisation des décors et de la réalité immédiate de la guerre réels sublime le jeu des acteurs, et comment, au final, tant acteurs que réalisateurs dévoilent une partie de leur vie, au final, une illustration de leur vécu.

Aujourd’hui, avec Héritages, c’est à un genre nouveau qu’il s’essaye, l’autobiographie. La sienne, bien sûr, mais aussi et surtout celle de ses 4 millions de compatriotes, qui, tous, sans exception, ont vécu entre déracinements, exils et bombes. Et l’on comprend dès lors la difficulté que l’on peut avoir à façonner son identité, dans un pays de diaspora, de paradoxes. Un pays ou, périodiquement, l’histoire se répète. Le déracinement, l’exil, les bombes, encore, de génération en génération. Prévu en salles en 2014, Héritages de Philippe Aractingi promet d’être encore une fois une belle histoire, dans un Liban qui, dans tous ses tourments, produit un cinéma d’une facture rare, dans le monde arabe.

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