Oum Kalsoum : portrait d’une icône du chant arabe

Chignon haut et boucles brillantes, elle se tient sur les scènes égyptiennes, un mouchoir dans la main, entamant un récital à plusieurs heures, et engageant son audience dans une extase où tous se fondent dans la sincérité du chant de cette immense icône.

Egalement surnommée la quatrième pyramide ou encore la Voix des Arabes, Oum Kalsoum était et demeure la plus grande chanteuse du monde arabe.

Les débuts

Oum Kalsoum naît en 1904 au sein d’une famille modeste dans un petit village sur les rives du Delta. Son père, cheikh Ibrahim al-Sayyid al-Baltâji, étant l’imam de la mosquée du village, en profite pour y faire entrer sa fille à l’école coranique et lui inculquer une instruction religieuse y compris l’art de récitation du Coran, ce qui aura une influence décisive sur son mode d’interprétation.

Un jour, son père lui propose de l’accompagner dans des cérémonies. Là, elle éblouit tout le monde sans exception. Dans The Voice of Egypt écrit à l’hommage de la chanteuse, Virginia Danielson écrit : « Au début les invités se détournaient d’elle pour poursuivre leurs conversations  avec leurs voisins. Mais sa voix n’avait pas quitté sa gorge que les conversations se sont arrêtées ; un profond silence est tombé sur la pièce pendant quelques secondes. Oum Kalsoum avait interprété des chants religieux. Le public a tourné son attention vers elle et réclamé des bis. »

Petit à petit, son audience s’élargit, et, gagnant de plus en plus de cachets, elle améliore le quotidien ordinaire de la famille.

C’est ainsi qu’aux environs des années 20, elle aura déjà taillé sa place dans les music-halls du quartier et, plus tard, quand elle s’installera au Caire, six ans lui suffiront pour se hisser d’une petite paysanne à une grande vedette.

La nature de son chant

Peut-être agaçait-elle ses auditeurs, frustrés par la répétition du même thème de chant, mais ils demeuraient charmés, voire ensorcelés par cette icône vivante. Elle s’amusait à les faire languir sur un même couplet, mais toute la force de son chant se manifestait dans les variations au niveau ornemental qu’elle introduisait à chaque instant. En effet, il n’y avait rien de spectaculaire sur scène, mais les regards étaient tous rivés vers ce monument qui plaçait magnifiquement la respiration et faisait un pont entre deux couplets. Elle chargeait la salle de tension, construisant une sorte d’attente, une espèce de soif quelques minutes durant, puis elle surprenait en improvisant en dehors des sentiers connus, glosant ses phrases composées préalablement. L’Orchestre ne savait parfois plus comment l’accompagner, uniquement le premier violon, le joueur de Qanun, ainsi que les percussions tentaient d’assister l’improvisation… Oum Kalsoum revenait ensuite, l’air normale pour  pouvoir enfin achever le couplet.

L’Âge d’Or 

C’est durant la période 1935-1969 que la diva arabe connaît un plus  grand succès populaire et commercial. L’un des faits peu connus des mélomanes est qu’Oum Kalsoum a aussi bien partagé les plateaux cinématographiques de l’époque, jouant ainsi dans six films musicaux entre 1935 et 1947 (avec, notamment,  les réalisateurs Kritz Kramp, Ahmed Badrakan, ou encore Togo Mizrahi). Mais elle se trouvera obligée de renoncer à cette ambition un peu plus tard, souffrant des yeux sur les plateaux de tournage.

Ses chansons, par contre, changent peu à peu à partir des années 40. Elle adopte un répertoire de musique qui vise à parler  davantage aux Égyptiens que les poèmes d’amour opérés avant. Oum Kalsoum est désormais « Égyptienne du peuple » qui se charge de crier les préoccupations de l’Egypte de l’après-guerre sur des notes robustes et pleines de tonalités mélodieuses.

C’est également durant cette période qu’Oum Kalsoum multiplie les concerts sur les scènes égyptiennes et arabes. Ses concerts deviennent des événements attendus pendant des mois voire plus. Elle aura affaire à de plus en plus de médias. Dès 1934, elle commence ses concerts à la Radio Nationale. En 1960, elle participe au lancement de la télévision égyptienne. Elle prend conscience de l’importance de ces atouts médiatiques pour sa propre promotion et, en contrepartie, apprend gérer son image. Elle ne cache rien de ses origines paysannes ni de ses ferventes opinions religieuses ; et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle décoche le titre d’idole égyptienne puis arabe : pour son caractère vraie et sans fanfares.

Les dernières années

Oum Kalsoum connaît des problèmes de santé dès les années trente après lesquelles elle allait souvent se faire soigner aux Etats-Unis, mais la sienne ne commencera à se dégrader irrémédiablement qu’à partir des années 70.

Après la défaite de 1967, l’Egypte et les Arabes sont frappés au cœur et à leur sens d’amour propre. Et, après la mort du leader unique Gamal Abdel Nasser, l’Egypte ne sera plus la même, ni la diva d’ailleurs. Et pourtant, même écrasée sous le poids symbolique de la défaite, elle garde espoir en la musique… en sa musique qui, au delà des atrocités qui parcourent la scène politique internationale aussi bien que nationale, faisait oublier aux Égyptiens leurs peines, les blessures dans le cœur, l’inégalité sociale, le fossé entre pauvres et riches, ainsi que leur chancelante présence dans la marche de l’histoire.

Elle continue donc de chanter, encore plus faible que jamais. Mais c’était à son tour maintenant de quitter le monde en 1975, laissant derrière elle un cortège funèbre exprimant la gratitude de son peuple, mais aussi les cris et pleurs de ceux qui pensaient trouver en les mélopées de la diva, une escapade et un refuge pour l’âme.

 

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