Naseer Shamma, l’autre artiste

L’art comme échappatoire à la volonté, pour avoir raison de la sensualité ? L’art comme valet de chambre des idéologies, des idéaux ? – ou bien encore, l’art utile en soi, voire, engagé ?

Pourquoi pas l’art, tout court, l’art, qui n’est pas là pour servir, mais pour vous asservir, vous décontextualiser et annihiler le temps et tout simulacre de repère pour ne prendre que ce que l’artiste est prêt à donner ? Ce n’est pas un hasard, si les mots font défaut à la musique de Naseer Shamma. S’ils sont absents, c’est qu’ils traduisent mal ce qu’ils ont à traduire, qu’ils font mal leur travail et qu’ils sont caducs, par tous les critères, tout traîtres qu’ils sont.

Le morceau ci-dessus a tout l’air d’une musique engagée – qu’elle fait référence au raid aérien américain sur Al Amiriyah en 91 en Irak, pays natal de Naseer Shamma. Mais si le morceau n’exprimait que des émotions, des sentiments – si émotions ou sentiments il y a, n’est ce pas des sentiments et les émotions à exprimer à l’égard de ce fait, abstraction faite du temps. Car ce n’est que ça, l’engagement, jouer le jeu de l’actualité.

Le ton, la mélodie, les arpèges. Cela vous transporte et vous transforme, en l’Ixion dont la roue cesse de tourner. Le morceau n’est plus conscience, n’est plus engagement. Il en libère et en dispense, il est inconscience. Il n’est pas lieu ici de vous dire ce que vous savez déjà. Prouesse technique, érudition théorique, professorat à Bayt Al Oud, vécu en Tunisie ou histoires d’oud à 8 cordes, ça c’est le connu et du voué à l’oubli. Seul compte ce que ne dit pas l’artiste, et c’est, pour moi, le monde à découvrir.

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