Much loved, Marrakech derrière les paillettes

Noha, Soukaïna, Randa et Noha, les actrices principales du film

Depuis une semaine, et la fuite des extraits de Much loved , le film de Nabil Ayouch est au centre d’une polémique comme seul le Maroc sait en produire.

À une réaction indignée et totalement aveugle des réseaux sociaux sur la réalité sociale marocaine a succédé une interdiction à la fois populiste et illégale du ministère de la communication marocain, qui réendosse son habit de censeur et de gardien d’une moralité dont il s’imagine avoir le monopole. Un film, qui, à en croire le communiqué du ministère, « comporte un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du royaume ». La censure, quant à elle, fait sans doute rayonner l’image du pays et celle de la femme marocaine.

Une monographie fidèle

Pourtant, Much loved n’est rien d’autre qu’une monographie fidèle, sans concession, d’un Maroc qui existe et vit sous nos yeux, avec le consentement des fameuses « autorités compétentes » : le Maroc de la prostitution, de la pédophilie, du tourisme sexuel et de la misère sociale. Diffusé au Forum des images à Paris, le film a fait salle comble, au point de faire s’asseoir des spectateurs sur les marches de la salle de cinéma.

À Marrakech, Noha, Soukaïna et Randa vivent ensemble, et surtout vivent du commerce de leur corps. Elles voguent de soirée en soirée, de client en client et de lieu en lieu avec Saïd, leur chauffeur de taxi attitré, dans une ville dont elles connaissent les bas-fonds et la misère dont elles sont issues. Bientôt, elles seront rejointes par Hlima, renommée Ahlam pour les besoins du métier, qui a quitté Tlat Sidi Bennour chercher fortune à Marrakech après que son compagnon l’a abandonnée, enceinte.

Le film nous prouve, si besoin en est, que la prostitution, loin d’être représentée par Pretty Woman, est un monde violent, physiquement et moralement, dur, fait de solitude et de mépris. Rejetées par leurs familles, maltraitées par la police, méprisées par la société, leur condition est loin d’être enviable, et elles en sont conscientes.

Car Much loved est en fait autant un film sur la prostitution, que sur la pauvreté et la misère régnant dans une bonne partie du pays et qui pousse, justement, tant de jeunes femmes à se prostituer. Les balades dans le taxi de Saïd sont d’ailleurs le prétexte à filmer un Marrakech qui n’apparait pas dans les spots publicitaires, pauvre, sans strass, sans paillettes. Celui où des enfants de 8 ans suivent des touristes européens pour 100 dirhams.
Quand un jeune vendeur de bonbons avoue cela à Noha, c’est sans doute la scène la plus forte du film, celle qui résume le mieux ce qu’il dénonce, une tirade enflammée de la jeune femme, sur ces pédo-touristes que l’on fait mine de ne pas voir. La salle ne s’y est d’ailleurs pas trompée, et la scène a déclenché une vague d’applaudissements nourris.

Jeter un regard humain sur la prostitution

Les dialogues, on a pu s’en rendre compte dans les extraits fuités, sont crus, vulgaires. Ils n’en reflètent pas moins la réalité de ce monde, et surtout, sont extrêmement bien écrits, prenants, subtiles. Les images, elles, sont dures, mais travaillées, intimistes, faites de plans serrés qui soutiennent une ambiance parfois sordide, mais servent un regard profondément humain sur les souffrances et les difficultés des jeunes femmes.

Il faut noter la performance du quatuor d’actrice dont trois ne sont pas professionnelles, mais connaissent le milieu de la prostitution et ses codes, sans en faire partie. Loubna Abidar, seule actrice professionnelle des quatre, produit une superbe performance, celle d’une femme qui porte sur ses épaules la responsabilité de ses trois amies, de sa famille miséreuse, taillée par la dureté de la vie qu’elle mène. On trouve entre ces quatre travailleuses du sexe une solidarité sans faille, une solidarité sans laquelle il leur serait bien difficile de survivre dans une ville qui les hait, mais qui en vit.

Much loved est un film à voir, un film à montrer à tous ceux qui ne connaissent pas la réalité du Maroc, une réalité passée sous silence, qui devrait susciter des débats sur la multitude de problèmes sociétaux qu’il dénonce : prostitution, pédophilie, misère, violences policières, et tant d’autres choses. Au lieu de cela, il a plutôt servi à démontrer la propension des autorités marocaines à s’attaquer à ceux qui dénoncent des situations inacceptables qu’à la situation elle-même. C’est peut être là, la vraie « atteinte aux valeurs sacrées du Royaume ».

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2 commentaires

  • Kamilia dit :

    Critique molle et sans profondeur d’un activiste LGBTiste.
    BOF !
    Onorient = cage à folles.

  • Sherifian dit :

    Je ne comprends pas cette volonté de tous occidentaliser, même dans la manière de réaliser un film et de traiter d’un sujet. Bien évidemment, que je ne suis pas contre le fait qu’on puisse révéler à une partie de la population ignorante le fléau que subissent ces femmes utilisées comme de vulgaires chiffons. Il faut s’indigner et condamner !

    En revanche, en tant que Marocain, il y a des limites à respecter. Le Maroc est un pays musulman et ces citoyens doivent préserver son identité culturelle et ses mœurs à tout prix car tous ce qui vient de l’Occident n’est pas gage de progrès comme certains nous veulent nous faire croire. Il ne faut pas oublier que nous sommes un pays où la nudité est proscrite et où la pudeur est signe de bonne éducation. On ne peut pas reprocher au Marocain de ne pas accepter que ce genre de film soit diffusé au risque que ça devienne banal, ce n’est pas moi qui le dis même un journal marocain,Tel Quel (« Progressiste »), qui a réalisé une enquête d’opinion dans la rue a constaté l’opposition farouche des Marocains à l’idée de voir ce film dans les salles de cinéma. La censure est une pratique intolérable et inacceptable. Cependant, le Maroc doit absolument se protéger de ces mauvaises influences et c’est pour cette raison que cette censure me gêne pas dans que ça. En effet, le Maroc n’a pas ces réalisateurs de grands films n’ayant pas baigné dans la culture occidentale. Les réalisateurs comme Nabil Ayouch sont trop imprégnés les codes de cette culture qu’ils s’en oublient que nous marocains en avons déjà une que nous chérissons et que nous en vivons tous les jours. Le plus malheureux pour le Maroc, c’est le manque cruel d’artiste maroco-marocain qui réalise des œuvres en tenant compte de la réalité du monde musulman et qui réussisse à s’affranchir de la tentation quasi perpétuelle de répéter au Maroc ce que font les Occidentaux en Occident puisqu’il est évident que nous pouvons réaliser un très bon film dégageant des émotions sans avoir le droit à des scènes inacceptables. Il suffit de regarder au Maroc, la différence entre une série américaine coupée tous les 5 min et les bonnes séries turques tel qu Samhini où il y a des scènes de tendresses entre les différents couples qui composent la série sans tomber dans l’obscène. Conseil: Les réalisateurs devraient plutôt regarder plus à l’Est qu’au Nord.

    Moi citoyens marocain, je veux un Maroc authentique, le Maroc de mes ancêtres acceptant la modernité tous en n’oubliant pas d’où il vient et de ce qu’il fait de lui, le Maroc musulman, arabo-berbère nourrit de ses influences multiples et diverses qui ont montré que le Maroc est capable de réussir le pari de l’ouverture, de se nourrir du meilleur que peut lui offrir l’autre tout en laissant à la frontière ce qui nous ne convient pas.

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