Maya-Ines Touam dévoile l’étoffe des femmes arabes

Passionnée et passionnante, la photographe franco-algérienne, Maya-Ines Touam, vous présente son exposition, qui questionne le voile et les femmes arabes. Vous avez jusqu’au 14 mai pour découvrir Révéler l’étoffe #1 :

Galerie Myriam Bouagal

20 Rue du Pont aux Choux, 75003 Paris
Du mardi au samedi, 12h - 18h

© Maya-Ines Touam

© Maya-Ines Touam & Thomas Echegut

 

 

© Maya-Ines Touam

© Maya-Ines Touam & Thomas Echegut

 

 

© Maya-Ines Touam

© Maya-Ines Touam & Thomas Echegut

 

 

© Maya Ines Touam

© Maya Ines Touam & Thomas Echegut

 

 

© Maya Ines Touam

© Maya Ines Touam & Thomas Echegut

 

 

Malika

© Maya Ines Touam & Thomas Echegut

 

 

© Maya Ines Touam

© Maya Ines Touam & Thomas Echegut

Dans le contexte d’un débat identitaire, et, par ricochet, communautaire, qui se développe depuis de nombreuses années en France, la question du voile s’inscrit dans une actualité permanente, source d’une inspiration artistique. Ce débat sclérosé nourrit une stigmatisation à la portée islamique quand cette étoffe représente également un habit de minorités religieuses diverses.

Dans cet environnement, et suite à sa rencontre aux Beaux Arts avec Thomas Echegut, devenu son binôme, Maya-Ines part en Algérie et investit la capitale. Elle décide d’y monter un studio pour réaliser une série photographique, Révéler l’étoffe #1. La photographe explique que « la définition de ce voile est encore mouvant parce qu’il diffère selon les frontières mentales individuelles. » Et, c’est en instaurant une atmosphère intimiste que les femmes se livrent et se dévoilent.

L’étoffe révèle la question du voile

Maya-Ines a lancé des appels sur les réseaux sociaux, magazines, journaux, sollicitant des modèles qui accepteraient de poser devant son objectif dans une société où la place de l’art est encore hésitante. Ces algéroises, convaincues par l’initiative, avaient le choix de venir voilées, dévoilées ou de choisir parmi différentes étoffes étalées. La série présente des photos simples qui mettent véritablement en valeur ces femmes dans leurs étoffes, accompagnées de leurs témoignages.

La première exposition algérienne de ce projet s’est déroulée à Dar Abdellatif. « J’avais envie, comme on m’a laissé la possibilité en France et en Occident d’avoir accès à l’art, de faire la même chose en Algérie. Donc j’ai exposé dans les jardins de cette villa, accessibles à tous. » Dans cette logique, Maya-Ines veut rendre curieux les passants et les éveiller à l’art, tout en montrant à ces sujets ce qu’elle a fait de leur image – sans détour. « J’ai vraiment besoin que la réalité leur colle à la peau. Je suis dans un discours où selon moi on a biaisé la vérité » sur les femmes arabes.

Son approche du voile se déconnecte des deux extrêmes entre sacralisation et diabolisation. Elle souhaite révéler toutes les étoffes, des jupes aux voiles, en s’intéressant à leur esthétisme et non à leur représentation religieuse. Dans ses drapées, le voile affiche un terrain plus que riche pour l’artiste. Et ce dernier y est consacré tel qu’il est, soit en tant qu’étoffe traditionnelle.

Le voile, peu importe sa déclinaison, reste un objet traditionnel. Pour moi, c’est un patrimoine immatériel, quelque chose d’ancré dans les sociétés du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient.

La photographe travaille avec les mêmes médiums, en jouant entre la transparence, l’opacité et le rôle de l’observateur qui peut entrer dans l’univers de ces femmes ou garder un œil extérieur. Néanmoins, durant la réalisation de cette exposition, Maya-Ines relève qu’Alger n’est pas représentative du reste du pays et décide de conduire cette réflexion dans 5 villes algériennes.

Les prémices d’un art au féminin

Les premières interrogations de Maya-Ines Touam sur le voile remontent à ses années au collège, dans un contexte où émergent les premières problématiques du voile au sein du service public. Lorsque des camarades, « des gamines, à la sortie de l’école, mettaient le voile, je me demandais à quel moment elles n’avaient pas la possibilité de montrer leur appartenance ? ». Se pose également la question du besoin de marquer une appartenance communautaire, peu important sa forme. A cette époque, ces dynamiques font émerger une réflexion qui se prolongera jusqu’à présent.

© Maya Ines Touam

© Maya Ines Touam

Au-delà de ce questionnement, le voile constituant un projet parmi d’autres, le thème de prédilection de la photographe demeure la femme arabo-musulmane. En intégrant les Beaux Arts de Paris, et pour valider sa troisième année, Maya-Ines Touam commence à travailler sur sa grand-mère et la filiation féminine dans le monde arabo-musulman. Dans une tentative introspective, ce projet raconte l’histoire de la vie d’une chibania qui se délite peu à peu. Si elle ne parlait plus, sa petite-fille lui rend hommage dans une construction de souvenirs en travaillant sur ses gestes répétitifs, notamment les prières.

De la contemplation à la mise en scène

En 2012, Maya-Ines se rend aux portes de l’Orient dans le cadre d’un échange aux Beaux Arts de Beyrouth. Cette destination lui assure un atterrissage en douceur au Proche-Orient. Elle fait le choix d’être entourée d’un univers plus pieux et religieux de l’ambiance beyrouthine, et décide d’aller dans la vallée de la Bekaa, près de la frontière syrienne. Là, elle travaille avec des femmes voilées dans une démarche photographique de contemplation.

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© Maya Ines Touam

Toutefois, elle ressent le besoin de création d’images qui représentent ses propos. En dernière année, Maya-Ines constitue une mise en scène qui marque une rupture avec cette démarche contemplative. Femme au moucharabieh est la photographie d’une femme qui se dévoile après sa prière. Devant celle-ci, l’artiste pose un moucharabieh qui entoure de mystère et porte une ombre sur l’image. Cette symbolique des harems orientaux vient jouer avec la défaillance de l’orientalisme qui érotisait ces lieux de vie de familles. Cette installation est une invitation à entrer dans l’intimité de la femme en se baladant entre la photographie et le moucharabieh. Elle est le déclencheur du travail actuel de la photographe, qui a fait le choix d’une démarche plus dirigée.

Vers une mosaïque d’étoffes du monde arabe

Aujourd’hui, Maya-Ines est basée à Paris, une passerelle entre monde arabe et Occident, un pont qui nourrit ses connaissances et sa démarche artistique. En portant cet amour de l’Orient, sa volonté est de révéler et mettre en valeur ce qui doit l’être par le biais d’un regard dénué de tout préjugés. Car, si elle souhaite faire état d’une actualité, elle pose surtout des questions pour inciter à la réflexion – tout en se nourrissant elle-même d’influences multiples.

Une seconde série Révéler l’étoffe #2, réalisée à Oran, devrait suivre dès le 19 mai, dans le cadre d’une exposition à New York. L’objectif final de Maya-Ines et Thomas est de créer un livre d’art démontrant que la façon de penser le voile des femmes algériennes diffère en fonction de la situation géographique, des influences culturelles, la démarche, des frontières.

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