Aziz Sahmaoui et Niño Josele. Marrakech via Alméria

Aziz Sahmaoui & University of Gnawa en concert sur la scène Kermarrec lors du Festival du Bout du Monde à Crozon dans le Finistère (France). Crédit : Wikipédia

Que donnerait la rencontre du Maghreb et de l’Espagne si une Andalousie du XXIe siècle devait être recréée ? Le concert de Niño Josele et Aziz Sahmaoui à l’IMA nous a donné le sentiment d’incarner la culture de ce monde imaginaire.

C’était une rencontre entre deux cultures bien différentes mais assez similaires pour que leur réunion semble naturelle. Il y avait Aziz Sahmaoui, avec ses chansons en berbère et en arabe, son gembri et sa mendole. Puis Niño Josele, ses doigts virtuoses et sa guitare flamenca. Le concert était un festival de mélodies venues des rives nord et sud de la Méditerranée. Plutôt qu’une fusion, nous l’avons entendu comme un dialogue où Niño Josele gardait son jeu flamenco et Sahmaoui son gembri, ils s’accordaient tout en conservant leur style. Les langues se mélangeaient parfois. Aziz Sahmaoui, jonglant habilement avec l’arabe classique, la darija, le berbère, et l’espagnol se plaisait à les marier à chaque chanson. C’est ainsi que le leimotiv Quiero ser libre rencontrait la poésie de فاطمة فوق الحجرة ، جالسة تبكي تبكي  et leurs épousailles trouvaient aussi bien écho dans les « Olé » du public que dans les youyous des spectatrices.

Parfois, les doigts du guitariste débutaient une taranta, avec les notes envoûtantes caractérisant ce style. Alors le chanteur entamait un couplet en espagnol, à la manière d’un cantaor flamenco, mais poursuivait avec un couplet en arabe, et alternait les deux, si bien que la langue ne comptait plus vraiment. On a aussi bien apprécié le rythme effrené des bulerías du flamenco que les rythmes et mélodies gnawa qui sonnaient naturellement dans cette musique maroco-andalouse.

Il y avait cinq musiciens. Les deux percussionnistes se faisaient face, d’un bout à l’autre de la scène, l’un avec sa darbouka et l’autre avec son cajón, un peu comme, de part et d’autre de la mer Méditerranée, la côte d’Almería, ville natale de Niño Josele, fait face aux côtes maghrébines. Instrument d’origine péruvienne, le cajón est devenu l’une des percussions principales du flamenco. Le cinquième musicien était Alioune Wade. Il est sénégalais et, avec sa basse, apportait une dimension supplémentaire au tableau. La basse électrique soutenait parfaitement le petit orchestre qui musiquait face à nous et faisait rugir les rythmes gnawa de certains morceaux

Les spectateurs enflammés ne pouvaient contenir leur désir d’accompagner les musiciens par des déhanchements exaltés. Tout cela avait du sens du point de vue de la musique flamenca : Niño Josele est un grand musicien qui pointe le manche de sa guitare vers le sud à une époque où d’autres grandes voies ou guitares du flamenco, comme Diego El Cigala avec l’Argentine ou Vicente Amigo avec la Galice, perpétuent le métissage qui a construit ce style musical.

Chacun de leur côté, ils poursuivent leurs recherches vers d’autres horizons musicaux, puisque Niño Josele se produit actuellement avec le pianiste jazz Chano Domínguez alors que Aziz Sahmaoui présente au Café de la Danse, avec son groupe University of Gnawa, son nouvel album Mazal, mêlant rock maghrébin, jazz et musique gnawa.

Avec Hajar Chokairi

 

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