Mahmoud Radaideh, pionnier du rock arabe

Mahmoud Radaideh n’est plus un inconnu pour nous à présent. Au cours de notre périple jordanien, nous avons eu plusieurs fois l’occasion de le rencontrer et de découvrir la ville par la fenêtre de sa voiture, tout en riant de bon cœur au rythme des secousses et des demi-tours répétitifs. Nous reviendrons ici sur le début de cette première rencontre dont nous avons eu l’occasion de compléter les détails au fil des conversations. Après avoir rencontré Mahmoud au pied du restaurant Jafra, nous nous faisons conduire à son studio personnel et y échangeons une conversation qui se prolongera jusque tard le soir.

Un rockeur dans l’âme

Ayant baigné dans l’univers artistique de ses grands frères dès son plus jeune âge, Mahmoud se met très tôt à la musique. Le jeune homme grandit en vibrant aux rythmes retentissants du Rock’n’roll et découvre très vite Scorpions, Metallica, Nirvana, Guns and roses, Pearl Jam, Korn… et la liste est encore longue.

Rien n’échappe aux oreilles de Mahmoud Radaideh, avides de rythmes saccadés et de paroles audacieuses. C’est à 14 ans que Mahmoud monte pour la première fois sur scène. Coup de foudre. À partir de ce moment, cette passion ne le quittera pas et ne cessera de grandir au fil des années. Lancé sur une carrière en informatique, le jeune homme se consacre de plus en plus à la musique, jusqu’à ce que cela devienne son unique occupation.

Mahmoud Radaideh du groupe Jadal band à Amman

Mahmoud Radaideh du groupe Jadal dans son appart-studio © Mehdi Drissi

Arabic Rocks

C’est en 2003 que Mahmoud a une idée qui propulsera sa carrière et donnera une véritable impulsion à toute la scène musicale jordanienne. Lui qui est épris d’une véritable fougue rock and roll regrette en effet l’absence d’un tel genre musical qui soit d’inspiration arabe. Mahmoud reprend alors la célèbre chanson «Tobah» de Abdelhalim Hafez à la sauce rock and roll et compose aussi ses premières chansons. Le charme opère, le texte de Abdelhalim qui retentit sur fond d’une guitare électrique vrombissante accompagnée d’une batterie affolée conquis un public jeune et friand de nouveautés.

Mais le premier titre de Mahmoud qui jouit d’une vraie reconnaissance régionale est ‘Salma‘, une chanson composée par l’artiste en 2007 pour que sa nièce se fasse appeler ainsi. Mahmoud crée ainsi Jadal à partir de ses expériences musicales entamées en 2003 et compile tous les premiers titres du groupe dans un album qui s’intitulera « Arabic Rocks ». Celui-ci sortira en 2009.

Parallèlement au développement de JadaL, de nombreux autres groupes de rock arabe verront le jour en Jordanie comme les amis de Mahmoud ‘Akheer Zapheer’, dont il nous parlera souvent, mais aussi El Morabaa’, Autostrad ou Za’ed Na’es. C’est aussi dans ces années-là que les Libanais Soap Kills, Mashrou’ Leila et les Égyptiens Massar Egbari, Cairokee percent au grand jour. Mais Mahmoud tient à le rappeler : il dit avoir été le pionnier du mouvement en Jordanie.

Rocker, Multitasker

À la fois compositeur, guitariste et chanteur, Mahmoud Radaideh n’est pas uniquement le fondateur de JadaL, il est celui qui donne le « LA » à l’intérieur du groupe et dessine les orientations à suivre. Composé puis recomposé à plusieurs reprises, Jadal est un groupe où les musiciens viennent et s’en vont et dont le véritable socle fixe du groupe est Mahmoud.

En 2012, l’artiste collabore avec des musiciens pour enregistrer ses compositions dans un second album intitulé El Makina. Ce dernier contient des chansons qui deviendront de véritables tubes comme « Ana Bakhaf min el commitment » ou encore « El Makina ». JadaL entame alors une série de concerts en Jordanie et ailleurs dans la région comme au Golfe, en Egypte, au Liban, en Tunisie et au Maroc. Ce qui plait au chanteur lorsqu’il se déplace dans les pays du monde arabe, c’est qu’il sent cette ferveur commune qui émane du public, même lorsque le dialecte jordanien n’est pas totalement compris par la foule.

« On sentait que les gens reconnaissaient les chansons dès les premières notes et chantaient les paroles avec nous », nous confie Mahmoud en se remémorant encore son concert au festival L’boulvard de Casablanca en septembre dernier.

Mahmoud Radaideh du groupe Jadal band à Amman

Mahmoud Radaideh du groupe Jadal dans son appart-studio © Mehdi Drissi

Derniers projets et 3ème Album

Nous l’avons bien remarqué, Mahmoud ne tient pas en place. Nous ne sommes donc pas étonnés de savoir qu’il a développé d’autres projets en parallèle de JadaL.

Le jeune homme a en effet co-fondé un projet d’electro pop arabe intitulé KazaMakada en 2011 au sein duquel il a travaillé et tourné avec Tamer Abu Ghazaleh, Zeid Hamdan et Donia Massoud.

En 2014, Mahmoud a également collaboré avec Ahmad Farah sur la production d’un « projet folktronique » intitulé Badal Faqed et a participé au documentaire Yallah Undergound qui dévoile les acteurs de la scène artistique alternative du monde arabe entre Beyrouth, Amman et Le Caire.

Le jour où nous nous entretenons avec Mahmoud, il est en plein travail sur son dernier projet, le troisième album de JadaL. Après avoir habitué les oreilles de son public au rock arabe avec son premier album, l’avoir orienté vers un pop rock facile d’accès avec le deuxième ; pour Mahmoud, il est temps de passer au niveau supérieur en poussant le souffle rock and roll jusqu’au bout.

« Maintenant que la scène est là, je veux partager quelque chose qui me ressemble davantage », nous lance-t-il. Résolument rock et impétueux, les titres du dernier album que nous fait écouter Mahmoud continuent de résonner dans nos têtes une fois que nous le quittons. Pendant notre dernière soirée à Amman, nous lui chanterons même l’une d’entre elle en guise d’adieu (dans un accent approximatif).

En nous présentant l’album, Mahmoud aime expliquer les phrases qu’il compose une par une. Ce qu’il écrit s’inspire de ses propres expériences et c’est d’autant plus vrai de son troisième album, où l’artiste a vraiment le sentiment de s’être livré.

 

Une vidéo publiée par JadaL (@jadalband) le

 

« Avant, m’arrivait parfois de réfléchir au son avant les paroles. Avec cet album, c’est le processus inverse».

Fruit de la personnalité détonnante de son leader, le troisième album de JadaL est puissant et s’écoute fort. Préparez vous à des rythmes décoiffants pour bien commencer 2016.

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