Lmadda Lkham signe le retour de Lmoutchou en fanfare

Lmadda Lkham signe le retour de Lmoutchou
Mobydick Alias Lmoutchou

Attendue depuis des mois, Lmadda Lkham, la mixtape du rappeur marocain Lmoutchou, est arrivée sans prévenir le 9 juin. Tour d’horizon d’une sortie qui risque de laisser quelques bombes derrière elle.

Lmadda Lkham contient 21 titres, dont 14 exclusifs, où Mobydick pose quelques arguments de poids pour revendiquer sa place, tout en haut du game marocain. Le rappeur dévoile même de nouvelles facettes, en composant lui-même une grande partie des instrus des titres, ou encore un flow trap un peu discutable sur certaines tracks. Pas de quoi remettre en question un travail véritablement complet. Les autres artistes d’Adghal Records sont bien là : Medfleed et Spleux aux scratchs, Basic Jam à la musique sur Taqafet l’Hip hop, et bien sûr Lionbad sur le déjà classique 1.3.1.2.

Un égotrip aux stéroïdes…

Sans surprise, il reprend là où on l’avait laissé avec sa précédente mixtape, Fast Food :  dans son égotrip. Parce que Lmoutchou, c’est d’abord ce personnage cynique, sombre, sarcastique, imbu de lui-même, qui évolue dans un univers à sa hauteur où les noctambules jouent à cache-cache avec la police, où le cannabis, l’alcool et l’errance sans fin dans la nuit de Rabat remplacent l’image lisse de la capitale. Lmadda Lkham ne fait pas exception.

Suivre les « exploits » de Lmoutchou avec ses fans, les filles, la police, la scène, c’est voir, en contre-jour, les carences de tant d’autres rappeurs. Et, pour agaçant que puissent être ces coups de projecteurs permanents, c’est dans leurs zones grises que se cache, en clair-obscur, la complexité et la profondeur des textes, jamais frontalement, mais qui font toujours mouche : qu’il attaque d’autres rappeurs, raconte ses pérégrinations dans les bars ou le quotidien d’un immeuble vivant au rythme de la prostitution, Lmoutchou met toujours le doigt là où ça fait mal : sur la réalité.

…au service d’une storytelling percutant

Car derrière la superficialité de façade des textes se découvre une véritable sensibilité à une palette de sujets et de thèmes, et sans s’en donner l’air, Lmadda Lkham, comme une bonne partie des travaux de Lmoutchou, est une oeuvre aux dimensions sociales, politiques, engagées bien présentes. Chez Lmoutchou, ni Porsche Cayenne, ni invitation aux cérémonies officielles, pas de compromission artistique pour mieux vendre ou faire plus de concerts, rien n’est édulcoré, ni les paroles, ni la réalité qu’elles décrivent.

Derrière les références aux mangas, aux comics ou aux jeux vidéo, derrière son apparence de post-adolescent, Lmoutchou est un vrai parolier, un vrai storyteller, dont la profondeur des textes est parfois impressionnante dans les niveaux de lecture par son enchevêtrement de références, son sens aigu de la métaphore, et sa capacité à raconter des situations qui parlent à tous.

Qu’il réclame le trône du rap dans Rap Game Of Thrones, qu’il offre un sequel à Much Loved dans le titre éponyme (sans doute le meilleur de la mixtape) ou un quatrième épisode de Toc Toc, ou qu’il soit simplement dans un tourbillon d’égotrip dans Bounce, Lmoutchou montre qu’il est à l’aise dans ce qu’il fait, et si c’est bien aux auditeurs de décider qui est au sommet du game, le rappeur de Rabat défend sa prétention avec brio et se positionne bien en tête de peloton.

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