ONORIENTBOOKS : Ce que lisent nos artistes et intellectuels marocains

Pour savoir quoi lire, quoi de mieux que de demander aux autres ? ONORIENT a choisi de donner la parole à 5 artistes et intellectuels afin qu’ils nous disent ce qu’ils lisent actuellement. Occasion idéale pour avoir des idées de lectures.

L’un est chanteur-chroniqueur, l’une est actrice qui s’essaye par moments au théâtre, un autre est chercheur en sociologie, alors que d’autres sont journalistes ou écrivains. Tous ont en commun d’éprouver un amour inconditionnel pour les lettres et les mots. Pour ONORIENT, ils ont accepté de partager avec vous leurs lectures actuelles.

Fatym Layachi, actrice
Rue des voleurs, de Mathias Enard 

Interrogée par ONORIENT, l’actrice marocaine, Fatym Layachi, nous a confié que sa lecture du moment n’était autre que Rue des voleurs, de Mathias Enard. Classé par le Nouvel Observateur comme étant l’un des six romans préférés des libraires français, ce roman a pour vocation de dresser le portrait d’un garçon visiblement sans histoire et quelconque. Un jeune marocain de Tanger qui, comme ses amis de la ville, est quelque peu avide de liberté et d’épanouissement, dans une société qui n’est pas toujours des plus ouvertes. Le jeune homme, pas encore adulte, est donc juste là, à attendre l’âge où tout lui sera permis. L’âge où il saura passer à l’action, beaucoup mieux que de se contenter de lorgner les seins de sa cousine Meryem. Une cousine avec laquelle il ne tardera pas à braver l’interdit. On les surprendra et on les jettera dehors. Dans le rue. Commence alors son épopée, sa dérive et sa découverte du monde, alors même qu’il n’a toujours pas atteint l’âge adulte. La Rue des voleurs a décroché en 2012 le premier prix de  » la Liste Goncourt, le choix de l’Orient  » organisé à Beyrouth.

Abdellatif Laâbi, écrivain et poète
Mon chemin par Edgar Morin (Entretiens avec Djénane Kareh Tager)

Abdellatif Laâbi nous a confié que c’était plutôt philosophie pour le moment. En effet, sa lecture actuelle n’est autre que le Mon chemin, livre sous forme d’entretiens avec Djénane Kareh Tager. Selon le poète marocain, ce livre lui semble être la meilleure introduction à l’oeuvre monumentale du philosophe Edgar Morin. En effet, grâce à cette lecture, il nous est possible de suivre pas à pas l’élaboration du système de pensée qui a permis au philosophe Edgar Morin de donner sa propre lecture de l’état actuel de la société humaine et de la transition civilisationnelle que nous sommes en train de vivre. Une lecture fondée sur une synthèse des sciences dans tous les domaines de la recherche, de la pensée philosophique, commente le Goncourt 2010 de la poésie. L’écrivain Abdellatif Laâbi, interrogé par ONORIENT, finit par conclure que ce livre contribue à élargir considérablement le champ de nos connaissances.  «  Il est à la fois tonique pour le pensée et l’action. Dans une ère la barbarie fait partout des ravages, il ouvre la voie pour un nouvel humanisme ».

Réda Allali, chanteur et chroniqueur
Feu de Camp de Julia Franck 
Anesthésie générale de Jerry Stahl 

En plus d’être le meneur et la voix du groupe marocain de fusion, Hoba Hoba Spirit, Réda Allali est aussi chroniqueur. Chaque semaine, il donne sa plume au célèbre Zakaria Boualem pour revenir sur les contradictions et la schizophrénie des gens du pays qu’on dit être le plus beau au monde. Interrogé quant à ses lectures estivales, Réda Allali dit en avoir deux, en plus de sa lecture du magazine de foot, So Foot. La première n’est autre qu’une sortie de 2011, Feu de Camp de l’écrivaine allemande Julia Franck. Ledit roman a pour toile de fond un Berlin divisé en deux, du temps encore de la séparation de la ville par le mur de Berlin. On y revient sur l’histoire d’une jeune chimiste qui obtient la fameuse autorisation de quitter Berlin-Est avec ses enfants pour se marier avec un homme se trouvant à l’Ouest. Tout va pour le mieux, jusqu’à ce que la jeune chimiste se heurte à un pays de l’Ouest, bien loin de ce qu’elle croyait être. Réda Allali nous dit aussi qu’il lit Anesthésie générale de Jerry Stahl, une véritable invitation à la folie dans une prison californienne, où un ex-flic junkie, du nom de Manny Ripet doit accepter d’y jouer les conseillers en addiction.

Youssef Belal, chercheur et chroniqueur
Acts of religion de Jacques Derrida
Le rêve du Celte de Mario Vargas LLosa

Connu pour son livre sur l’islam politique, Cheikh et le Calife, sociologie religieuse de l’Islam Politique au MarocYoussef Belal, en plus d’être chroniqueur, reste un véritable amoureux des lettres. Preuve en est son choix de lectures qui s’est porté sur deux genres : le premier est la philosophie avec Acts of religion, ouvrage du philosophe français Jacques Derrida. Mais aussi la littérature, avec Le rêve du Celte de Mario Vargas LLosa, un roman où l’écrivain péruvien, lauréat du prix Nobel de littérature en 2010, reconstitue avec brio et précision les péripéties de l’aventurier irlandais Roger Casement. Un aventurier dit aussi révolutionnaire qui avait découvert au travers de ses voyages africains et en Amazonie, l’injustice sociale mais aussi les méfaits et les cicatrices du colonialisme.

Karim Boukhari, journaliste et ancien directeur de publication du magazine TelQuel
Poésie de Michel Houellebecq
Just Kids de Patti Smiths
Paradoxia de Lydia Lynch 

Comme pour beaucoup d’autres personnes, pour le journaliste Karim Boukhari, l’été est une séance de rattrapage.  « livres entamés mais jamais finis, et vieux classiques à revisiter, je suis à cheval sur plusieurs livres, de divers horizons » nous confie-t-il. Son coup de coeur va donc aux poèmes de Michel Houellebecq à travers un recueil de ses vers et proses du nom de Poésie. En effet, l’ancien directeur de publication du magazine TelQuel juge qu’il est intéressant pour un écrivain que de revenir à ses premiers amours, comme il est le cas ici avec Houellebecq. Cependant, Boukhari n’a pas qu’une seule lecture pour cet été. Il serait aussi entrain d’achever la lecture de deux livres très rock : Just Kids de Patti Smith et les mémoires de Neil Young. « Deux artistes des 70’s à la démarche toujours novatrice et très personnelle » commente-t-il. Sans oublier Paradoxia de Lydia Lynch que notre interlocuteur lit aussi et qu’il définit comme une « plongée incroyable dans le monde underground américain.» Dans ces lectures estivales, l’histoire n’y échappe aussi pas. En effet, c’est Juifs en pays arabes, de George Bensooussan dont il est question. Une enquête fouillée sur la cohabitation tumultueuse entre juifs et musulmans à travers plusieurs pays arabes, dont le Maroc. « Dérangeant, sans doute, mais instructif et passionnant » ajoute Karim Boukhari.

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