Lab619 : laboratoire du 9ème art tunisien

Dans le quartier du centre-ville, plusieurs rues se sont vues affectées des noms de pays pour leur dénomination. À la rue d’Alger, nous retrouvons le collectif Lab619.

Alors en pleine réunion de travail au café Toulouse-Lautrec, nous nous introduisons dans la bulle de l’équipe qui discutait des scénarios à paraître dans le prochain numéro de bande dessinée.

En pleine émergence en Tunisie, la bande dessinée a fait un réel bond depuis la révolution. La dictature a nourri le caractère acerbe de la critique, et le renversement du système a permis de tailler les crayons. En janvier 2011, la protestation en lieux publics se poursuivait sur le net. Plusieurs jeunes actifs sur les réseaux sociaux postaient continuellement leurs illustrations. Les prémices de l’apparition d’une nouvelle sphère de dessinateurs et caricaturistes apparaissaient. Armés de leurs mines, ces jeunes bédéistes sont invités à témoigner de leur expérience lors d’un plateau radio autour de l’animateur Nassim Bouslama. Cet animateur passionné de BD permettra à ces amis de la vie virtuelle de se rencontrer pour la première fois. À la fin de l’émission, ils décideront de collaborer pour la réalisation d’un album collectif. Le livre « Koumik» sort la même année en ayant pour thème les élections organisées après la révolution.

Couverture dernier numéro Lab 619

Couverture dernier numéro Lab 619

De cette association, naitra en 2013 le collectif Lab619. Une nouvelle dynamique prend avec ce laboratoire d’idées qui fait collaborer illustrateurs et scénaristes pour des magazines mensuels accessibles. En proposant chacun de leurs numéros à un prix (très) abordable (3 TND soit l’équivalent d’1,36 €), le Lab619 réussit à fédérer une base importante de lecteurs qui ne rate aucune séance de dédicaces.

Pour leur 6e numéro, l’équipe s’essaye à une nouvelle formule. Aborder une approche thématique par édition. Le sujet qui déferlera la prochaine chronique concerne « les médias » et une quinzaine de participants se pencheront dessus. Outre les fidèles contributeurs tunisiens, le numéro notera la participation d’autres illustrateurs du monde arabe comme l’algérien : Mahmoud ben Ameur, le syrien Salam Alhassan ou encore le soudanais Nair Talal Nair.

Planche © Lab 619

Planche © Lab 619

La dynamique positive que connaît le 9e art concerne aussi d’autres pays voisins. Des foires et des salons permettent à ces jeunes de se rencontrer et imaginer de futures collaborations. Le lab619, dont la donnée numérique de son appellation a été empruntée au code-barre des produits tunisiens, a pu remporter le prix du meilleur magazine à la première édition du CairoComix festival. Le Samandal au Liban, le Tok-Tok en Égypte ou encore le Skefkef au Maroc s’accordent à utiliser leurs dialectes vivants pour mieux reconstituer des situations de leurs vécus. Le lab619 propose en l’occurrence aussi des BD en français et en arabe classique à chacun de ses numéros, en fonction de l’aisance linguistique de ces participants et de son public.

Autofinancé, le collectif survit grâce à la mutualisation des ressources et des efforts de ses membres. À son retour de Belgique après des études en techniques de BD, Noha Habaieb, membre fondateur du Lab619, se souvient: « Quand je suis rentrée en Tunisie, toutes les maisons d’édition disaient ne pas être prêtes à investir dans la BD. Aujourd’hui la situation n’a pas tellement changé. La bande dessinée n’est pas prise au sérieux et est toujours assimilée à de l’illustration pour les enfants ». Nouha a dû rejoindre une boite d’ animation 3D, tandis que les autres contributeurs du LAB619 travaillent pour des boites de communication ou des revues pour jeunes.

Cette situation d’inconfort financier, permet tout de même au collectif de conserver son indépendance. Leur autonomie leur permet d’aborder librement les sujets qu’ils souhaitent.  » La révolution a réellement fait bouger les choses « , assure Abir Gasmi avant de poursuivre « nous nous rendons compte que les lignes rouges que nous nous fixons relèvent de notre autocensure. »  Ainsi, pour un développement sûr et durable, le Lab619 tient à ne pas brusquer violemment son lectorat, mais à l’amener, tout en douceur,  à de nouvelles pistes de réflexion sociétale.

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