Toukadime : « Un vinyle, ça nous parle beaucoup plus qu’un fichier mp3 »

Crédit : Toukadime

« Le but c’est de faire monter le public dans notre Peugeot et de le faire voyager de Oran à New York en passant par Paris et Dakar. » Rencontre avec le duo Toukadime.

Pour la troisième édition d’Arabic Sound System, l’Institut du monde arabe a invité de grands noms de la scène électronique actuelle. Des artistes comme Acid Arab, Clap!Clap!, Pouvoir Magique, Toukadime ou encore Rose et Rosée ont ainsi fait trembler le sous-sol et les hauteurs de l’IMA jusqu’au petit matin, la fête ayant en partie lieu au neuvième étage de l’édifice. 

Pour Oriane, étudiante de 25 ans en MAO (Musique assistée par ordinateur), la soirée a été « excellente » et la salle en haut était « traversée d’une vague peace and love ». « Une soirée à faire au moins une fois si on apprécie la culture orientale », selon Marie, 24 ans. Toutes les deux, ainsi que d’autres spectateurs rencontrés sur places, déplorent cependant la logistique de l’événement. Sur plus de 1000 personnes étant au rendez-vous,  un grand nombre n’ont pas pu assister aux sets qu’ils désirait voir, la capacité du lieu n’étant pas suffisamment adaptée au succès de l’événement.

Le set de Toukadime, deux DJs passionnés par la musique traditionnelle du Maghreb pressée sur vinyles, a été un véritable coup de coeur. Dj Krimau et Bachir nous en disent plus sur leur travail.

On vous a vus à l’Arabic Sound System, un mot pour décrire ce moment ? 

Bachir – C’est la première fois que l’on jouait à l’IMA, et ca a été un vrai kiff. Le public de l’Arabic Sound System est vraiment curieux et réceptif. Nous avions des sonorités assez différentes du reste de la programmation mais pour autant, les gens étaient présents et ont dansé, ce qui est le principal.

D’où vient Toukadime, votre nom de scène ? 

Krimau – Toukadime c’est un mot qui signifie « présenter » en arabe, c’était une façon pour nous de faire un clin d’œil aux introductions qui existaient sur les disques du Maghreb qui présentaient le label et l’artiste. « Ousstouanate Koutoubiaphone Toukadime Hamid Zahir. » C’est comme ca qu’on a décidé de nommer le projet et par extension notre émission radio diffusée tous les mois sur la radio HDR.

Quand et comment vous est venue l’idée de ce projet musical ? 

Bachir – Si on devait donner une date ça serait juin 2011, date à laquelle nous avons créé notre chaîne Youtube où l’on numérise une partie de nos 45 tours. Après, l’idée est partie de mix live que l’on faisait ensemble à la médiathèque St Sever à Rouen. Krimau a toujours joué des disques du Maghreb dans ses sets. Moi, de mon coté, j’en avais un peu mais vraiment pour une écoute personnelle. Après ces mix à la médiathèque, j’ai proposé à Krimau de mettre en commun nos disques nord-africains et de pousser un peu plus la chasse au trésor dans ce style.

Quels sont vos intérêts musicaux communs ? Y-a-t-il des influences qui vous distinguent ? 

Bachir – Dans la musique en général, on a à la base chacun nos sons de prédilection, Krimau est axé sur la black music des années 70 et moi je suis Dj hip-hop. Ça reste des styles assez proches au final avec une certaine continuité dans les sonorités. Krimau a également une collection assez large de ce qu’on appelle musiques du monde notamment reggae et musiques d’Afrique de l’ouest.

Pourquoi le vinyle ? 

Bachir – C’est notre support fétiche et ce bien avant la naissance de Toukadime. Pour ma part, étant dans le hip-hop la question ne se posait pas, si je voulais scratcher, mixer des disques ça passait par le vinyle.

Krimau – Pour ce qui est des disques du Maghreb, on est face à un patrimoine silencieux qui est en voie de disparition, faute d’être répertorié et diffusé par des structures culturelles (salles de concerts, bars, cafés concerts…). Du coup, c’est aussi notre modeste contribution dans la préservation de musiques qui parfois n’ont jamais été rééditées. De plus, que ce soit le rendu sonore ou les visuels (dont une partie est visible sur notre Instagram), ça nous parle beaucoup plus qu’un fichier mp3.

Qu’est-ce qui fait un bon set ? Comment le construisez-vous ? 

Bachir – Pour les lives, on a un concept qui est la 504 breaks party, le but c’est de faire monter le public dans notre Peugeot et de le faire voyager d’Oran à New York en passant par Paris et Dakar. On s’amuse vraiment à créer des passerelles à travers nos sélections, d’avoir quelque chose à la fois de cohérent mais de varié.

Krimau – L’idée étant aussi de faire découvrir des sons aux gens, on ne joue pas que des tubes. Le vrai travail se fait donc sur la sélection et ensuite on avise en fonction du public, de l’ambiance, du moment où on joue…

Vous recevez souvent des invités dans votre émission sur la radio HDR, est-ce que vous collaborez avec d’autres artistes ? 

Bachir – Ça va avec notre démarche de valorisation du patrimoine. Quand tu donnes la paroles à des acteurs de l’époque qui, la plupart du temps, sont complètement ignorés par la politique culturelle actuelle, c’est une façon de leur dire merci. Sans parler véritablement de collaboration, il y a des artistes et notamment des djs avec qui on a des atomes crochus et dont on respecte la démarche, je pense notamment à Damien de Phocéephone sur Marseille, où encore Acid Arab.

Krimau – Et au-delà de la musique, la collaboration avec des associations comme Pangée Network, Tactikollectif ou Génériques nous motive énormément. Le travail qu’ils font, le recul qu’ils apportent au sujet de l’histoire culturelle de l’immigration et la prise de conscience qu’ils génèrent nous paraissent très importants.

Remettre la culture musicale du Maghreb au goût du jour, et faire découvrir ce patrimoine dans toute sa diversité, c’est aussi quelque chose de politique ?

Krimau – Vaste débat, mais je te rejoins dans le sens où la culture transcende plus facilement les clivages. La musique a cette force de rassembler des personnes qui en temps normal ne pourrait pas se parler. De là à dire que notre démarche est politique… En tous les cas ce n’est pas notre but premier qui est celui de découvrir et passer de la musique qu’on aime. La notion de plaisir à partager reste centrale dans notre démarche.

Des projets à venir, des concerts pour vous revoir ?

Krimau – Concernant les dates à venir on joue en juin au 106 à Rouen en compagnie notamment de l’équipe de l’Afrique enchantée. En juillet, on devrait se produire au festival Emmaüs à Pau.

Bachir – On joue aussi régulièrement pour les usagers du café social de Belleville qui fait un travail remarquable dans l’accompagnement des vieux migrants. C’est pour nous un moment privilégié où l’on passe des musiques à des personnes qui les ont vécues au moment où elles ont été produites.

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