Kesh Angels ou les rockstars du désert by Hassan Hajjaj

Crédit photo : Haïkel Ben Hamouda

Crédit photo : Haïkel Ben Hamouda

And then there were Kesh Angels. C’est dans le borough de Tribeca à New York à la galerie Taymour Grahne que Hassan Hajjaj exposait son dernier volet artistique nommé Kesh Angels, ou les anges de Marrakech jusqu’au 8 mars dernier.

Au croisement entre Robert Indiana et Andy Warhol, il y a Hassan Hajjaj. Le nommer aux cotés de ces grands noms de l’art contemporain n’a rien d’irréaliste, ni même d’audacieux. Si l’art de Hajjaj devait être une musique, ces couleurs et ces portraits engagés seraient une fusion du rock and roll des Beatles et de la poésie enivrante d’Oum Kalsoum. Sacré défi, n’est-ce pas ? Hajjaj détient le secret, l’art de la combine parfaite entre la photographie, la mode contemporaine et le pop art.

Né au Maroc dans la ville de Larache en 1961, Hassan Hajjaj quitte son pays natal très jeune pour s’installer à Londres.  Fortement influencé par les décors hip-hop, reggae et des boites de nuit, mais aussi par son héritage culturel maghrébin, Hajjaj est un autodidacte et profondément versatile dans l’âme dont la création artistique inclut aussi bien l’art du portrait, de l’installation, des performances, de la mode, et même du design intérieur. Il va même jusqu’à réutiliser des objets divers type emballage de produits alimentaires ou des pots de peinture recyclés pour leur donner une autre vie sous forme de lampes ou tabourets. La réincarnation de l’objet au croisement de l’engagement environnemental, c’est peut être là une façon d’y voir un engagement artistique aux couleurs éclectiques.

C’est à partir de la fin des années 80 que Hajjaj s’attaque à la photographie. Il deviendra maître de l’art du portrait, qu’il savoure et maîtrise à la façon des artisans des tanneries de Fès, le tout en finesse. Qui dit portrait, dit visage. Celui de ses amis, des musiciens, des artistes et des étrangers en visite dans les rues de Marrakech, portant souvent des vêtements créés par Hajjaj lui même. Je vous l’avais dit, cet homme est versatile !

D’abord, au premier étage il y a ces portraits aux mille et une couleurs sur fond blanc et bleu. On se croirait même en balade aux Oudayas de Rabat ou à Sidi Bou Said à Tunis. Elles sont là, ces femmes qu’on appellera communément les Fatmas dans le jargon populaire. Quoiqu’une Schérazade des temps modernes ferait tout aussi bien l’affaire, car elles ont beau porter leurs djellabas et leurs babouches, ces femmes t’en mettent plein la vue ne serait-ce que par leurs postures de rockstars et leurs allures de princesses du désert ! Hajjaj fait de ses créations une réinterprétation de l’originalité sur mesure, et ce jusqu’au moindre détail tel un metteur en scène. De la tenue au style photographique en passant par les cadres composés de divers objets comme des canettes de Coca-cola ou les fameux cubes colorés qui nous servaient jadis à apprendre l’alphabet arabe. Avec Hajjaj, rien n’est laissé au hasard.

Puis au sous-sol, c’est une vraie caserne d’Ali Baba. Un vrai salon marocain n’attend plus que vous vous installiez sur ses tabourets couverts de cuir signé Louis Vuitton ou encore des cagots Coca-cola qui servent à stocker les bouteilles en verre. On se croirait même téléporté au bar Andy Wahloo à Paris. Une fois installé, en levant la tête, on aperçoit des portraits muraux de Lella et Sidi sous toutes leurs formes. Un peu plus loin, une pyramide de Barbies exposées dans des box fera certainement l’objet d’une provocation socio-culturelle car tantôt vêtue d’une burqa afghane ou d’une abaya saoudienne, leur côté aguicheuses et provocatrices reste bien palpable avec leurs bottes de cuir et leurs allures à la Brigitte Bardot pour Harley Davidson. Pour finir, Hajjaj s’est aussi attaqué au digital pour donner une dimension plus interactive à sa nouvelle collection avec une balade intimiste dans les ruelles de Marrakech à bord d’une moto conduite par un ange de la ville.

Kesh Angels by Hassan Hajjaj est une invitation à découvrir le vrai visage de ces femmes, à l’apparence artificiellement angélique mais à l’âme profondément rebelle. Un hymne aux mille et un contrastes moderno-traditionnels de l’identité maghrébine dans un monde où les frontières ne sont plus aussi rigides qu’elles ne l’étaient auparavant.

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