Kerning cultures: le podcast qui raconte le Moyen-Orient autrement

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Montrer le Moyen-Orient autrement à travers les histoires de ses habitants, c’est la mission que s’est donnée Hebah Fisher il y cinq ans en fondant  Kerning Cultures: une plateforme de podcast et de storytelling basée à Dubaï, qui partage les récits de la région.

Américano-égyptienne, Hebah Fisher passe son enfance entre le Golfe et les Etats unis, puis étudie l’anthropologie à l’université avant de se tourner vers l’entrepreneuriat. Trois entreprises plus tard, elle lance finalement Kerning Cultures en 2014 avec une amie journaliste, afin de conjuguer son amour de la région et des histoires. Depuis, elle partage sur les ondes les récits intimes des habitants de la région, sur des sujets sensibles  comme le divorce au Liban, le mariage inter-religieux ou encore le hijab.

Qu’est-ce que le fait d’avoir grandi dans une double culture t’a apporté?

C’était difficile, nous avons beaucoup bougé et nous changions toujours d’écoles et de pays mais maintenant je suis vraiment contente que nos parents nous aient bougés autant qu’ils l’ont fait car j’ai des amis de tous ces endroits autour du monde. J’ai aussi beaucoup aimé grandir dans le Golfe,  ça a beaucoup influencé qui je suis comme personne et m’a rapprochée de mes racines.

Pourquoi avoir voulu créer un podcast sur les histoires au Moyen-Orient?

A cette époque je dirigeais un incubateur pour start-up et je rencontrais des centaines de personnes chaque jour qui avaient toutes des incroyables histoires à raconter et bâtissaient des entreprises folles. Mais je ne voyais jamais une réflexion de ces types de rencontres et ces type d’histoires dans les médias grand public qui m’entouraient. Le Moyen-Orient est en général  très politisé et il y a un angle très particulier sur les gros titres et le type de contenu qui est produit. Je voulais créer un média qui racontait les histoires qui m’intéressent.

Producteur Alex Atack

Pourquoi avoir nommé cette plateforme de podcast Kerning cultures?

Le nom m’a été suggéré par un ami alors que j’essayais de trouver un nom pour le podcast. Quand il m’a expliqué la signification, j’ai beaucoup aimé la métaphore. Le mot kerning désigne un procédé de typographie qui travaille l’espace entre les lettres afin de rendre le texte plus lisible et agréable au regard. J’y ai vu une métaphore avec notre podcast qui mettrait en valeur les cultures à travers les histoires que nous racontons.

Est-ce que Dubaï est une place privilégiée pour récolter les histoires de la région?

Je pense que Dubaï est une bonne place pour l’aspect commercial de l’entreprise, quand il s’agit de la monétisation de Kerning Cultures et de rentabiliser les histoires que nous produisons en les vendant à d’autres marques dans la région. En ce qui concerne les histoires, c’est également un bon spot car c’est une plateforme assez centrale proche de beaucoup de pays, ce qui permet d’y aller pas très cher. Mais il y a des histoires partout. Nous avons déjà envoyé des producteurs à Khartoum au Soudan, en Palestine.

Comment as tu créé ce réseau de producteurs à travers la région?

Notre équipe entière s’est constituée en premier lieu de nos auditeurs qui nous ont contacté et nous ont dit « j’aime ce que vous faites et je voudrais en faire partie ». Ça a commencé de là. Beaucoup de producteurs nous ont ensuite demandé de participer, puis nous avons posté un certain nombre d’opens calls sur nos propres plateformes et réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter disant que nous recherchions des producteurs dans tel ou tel pays ou que nous avions l’intention de raconter telle histoire en leur demandant s’ils avaient des contacts. Et ça s’est développé comme ça. Nous construisons une base de producteurs à travers la région avec lesquels nous pouvons travailler et notre but est d’avoir une poignée de producteurs dans chaque ville, Inchallah dans le futur.

Pourquoi  le podcast pour raconter ces histoires?

L’audio est tellement magique comme médium. Il possède quelque-chose de nostalgique et ça stimule ton imagination d’une façon que tu ne retrouves pas dans la vidéo. Peut-être que la chose qui s’en rapproche le plus est la littérature. La beauté de l’audio qui nous a attiré, c’est que tu peux créer des expériences qui vont transporter l’auditeur dans un monde différent et nous adorons quand notre public nous dit qu’il est resté dix minutes dans sa voiture pour pouvoir écouter la fin d’une histoire ou d’un épisode avant de sortir parce-que a capturé leur imagination.

Comment vos histoires ont-elles été perçues dans la région?

Les retours ont été incroyablement positifs. Au début, nous invitions les auditeurs de l’émission à nous donner autant de retours possibles. Nous recevions alors de longs emails. Depuis quelques années, les feedbacks concernent plus les histoires en elles-mêmes de type “cette histoire m’a fait pleurer”, “j’ai l’impression que vous racontez mon histoire”. C’est devenu plus émotionnel et les gens veulent que nous en créons plus, ce que nous essayons de faire aussi vite qu’on peut.

Co-fondatrice de Kerning Culture Hebah Fisher et producteur Alex Atack Credit: Darah Ghanem

Quelle histoire aimerais-tu entendre?

Oh… Il y a tellement de bonnes histoires à raconter. Je peux vous parler d’une histoire qu’un auditeur nous a proposé récemment et sur laquelle nous travaillons, car elle m’intrigue beaucoup. C’est sur l’histoire de la première machine à écrire arabe. L’homme qui nous l’a proposé n’est même pas un historien, il est juste parti dans une chasse au trésor afin de retrouver l’inventeur de cette machine à écrire, car il y a une lutte entre deux familles qui en réclament la propriété. L’histoire prend place au Caire au début du 20ème siècle et c’est incroyable car cet homme possède des tonnes d’archives, de lettres et de factures d’objets achetés pour trouver la vérité. Nous allons suivre son odyssée afin de découvrir le vrai inventeur de cette machine à écrire arabe. 

Pourrais-tu partager trois podcasts que tu aimes bien avec les lecteurs d’Onorient?

Un ami en Jordanie a créé une plateforme qui s’appelle Sowt (voix en arabe). J’aime bien l’un des programmes qui s’appellent Shouk al Eib, chaque épisode s’attaque à un problème social différent par exemple une mère célibataire ou les couples inter-religieux. Le storytelling est vraiment bon. Un autre s’appelle Tales of the trade (les contes du commerce). Il est basé à Dubaï, présenté par Amaeya Assam et l’émission interroge différentes personnalités autour de Dubaï qui nous partagent les histoires/secrets derrière leurs entreprises, comme celle d’un restaurant par exemple. Un nouveau qui vient de sortir cet été au Koweit, Abaih. C’est un podcast aussi enregistré en vidéo. Ça se passe dans un van où 5 amis se réunissent pour parler de problèmes de sociétés ou culturels. Ils abordent des sujets variés. Parfois le divorce, ou alors la pop culture. C’est comme être entre amis dans un salon.

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