Jazz au Chellah : entre grandes émotions et petite déception

Photo Jazz au Chellah

Après l’ouverture en force du festival Jazz au Chellah avec Oum en point d’orgue, c’est avec le plus grand des plaisirs que nous nous sommes rendus à la seconde soirée, pour admirer cette fois-ci le Fugara Quartet, le Trio Grande & Matthew Bourne, ainsi que le virtuose du Oud et son groupe, Driss El Maaloumi Quartet.

Ouverte par les Allemands, Néerlandais et Finlandais du Fugara Quartet, la soirée commençait sous le signe d’un groupe aux influences orientales affirmées. Une musique calme, sans jamais être ennuyeuse, où la créativité est maitre mot. Car malgré la simplicité et l’accessibilité des compositions, on est loin de ce que les détracteurs du jazz appellent de la musique d’ascenseur. Au contraire, on est dans la droite ligne de jazzmen tel que Pharoah Sanders, avec une harmonie entre les cuivres, le piano et les percussions tout bonnement sublime, et tant les parties solo que les passages à quatre musiciens sont un régal pour les oreilles.

Et l’on enchaine sur le trio. Sur un tout autre style, mais avec le même plaisir auditif. Et même visuel ! Car c’est à une véritable débauche d’énergie que nous avons eu droit, entre les danses d’un saxophoniste et d’un tubiste déchaînés, mais qui savaient surtout manier leurs instruments avec art, et le pianiste qui jouait avec ses pieds. On ne saurait nullement classer ce groupe dans un style musical précis, sinon dans le déjanté. La musique est entrainante, seuls l’étroitesse des gradins empêche le public de danser. Et la rencontre avec le oudiste Driss El Maaloumi s’annonce grandiose. Mais s’annonce seulement.

Ce dernier commence par un magnifique morceau solo, très long, intitulé Safar. Un morceau où le luthier marocain et ses deux percussionistes ont montré toute l’étendue de leur talent. La chanson porte bien son nom, tant Driss a voyagé sans couture entre plusieurs gammes, alliant des sonorités de différentes influences. Le public en était époustouflé.

Malheureusement, ce même public a subi un ascenseur émotionnel dès que les musiciens de Matthew Bourne ont rejoint leurs collègues marocains. Car si, pris individuellement, les deux groupes sont des virtuoses de leur domaine, la fusion des deux n’a pas donné l’effet escompté, loin de là.

Les morceaux joués étaient décevants, donnant l’impression d’avoir été bâclés sans que les deux groupes aient vraiment pris le temps de se connaître. Les vents se sont contentés de suivre la mélodie du luth, sans rien apporter de plus. Le batteur était de trop, et le pianiste a tenté quelques solos, qu’il aurait mieux fait de garder pour lui. Le public a vite senti cela et la moitié du public avait déjà quitté la tribune à la fin de la deuxième chanson.

Rendons cependant grâce à la merveilleuse voix de la chanteuse complétant le quatuor de Driss El Maaloumi, qui n’a cependant pas eu la latitude pour totalement s’exprimer. Le public survivant aux trois premières chansons a tout de même eu droit à une belle dernière chanson, qui n’a malheureusement pas réussi à effacer l’amertume laissée par une rencontre musicale qui aurait pu s’exprimer de bien meilleure façon !

Article écrit avec la collaboration de Amine Maissour

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