Islam et féminisme. L’art engagé de Sarah Maple

Surprise et confusion. Ce sont les deux émotions qui nous étreignent lorsque nous plongeons notre regard dans le monde de Sarah Maple. À première vue, nous risquerions de nous méprendre. Maple trouble avec ses poses suggestives, ses messages subversifs, ses objets incongrus. Son travail semble verser dans la vindicte, dans la provocation outrageuse. Or, une telle analyse s’arrêtant en si bon chemin serait simpliste.

Un art engagé

Mais comment agit la magie Maple ? Elle joue sur les marges, sur les limites. Elle induit le trouble par le détournement des objets, par la fabrication de situations à la fois humoristique et dérangeantes. L’artiste va même jusqu’à utiliser son propre corps, prenant place elle-même dans une réalité qu’elle cherche à déstabiliser par ses postures provocantes.

Prendre un passeport britannique comme cache-sexe pour voiler l’Origine du monde est à la fois amusant et troublant. Maple veut un art qui dérange, en le parant d’une touche burlesque. En même temps, en se prenant au jeu, l’on prend aussi conscience que son art est des plus sérieux. Derrière le rire se cache un désir de susciter la réflexion sur plusieurs sujets. La provocation doit nous pousser à la remise en question, signe d’un art engagé.

Dérider l’Islam

Ainsi, en portant des oreilles de Bunny lors de sa salat (prière), Maple essaie de nous faire sourire, de dérider l’islam par rapport à une certaine pratique dogmatique de la religion. Sous son art se dessine une vision fluide, mouvante de l’islam. Sarah Maple sort du rapport contraignant du religieux pour le vivre de manière beaucoup plus personnelle. Le rapport au divin se devrait d’être plus individuel. Ce sujet sensible lui ayant causé des tracas, elle finira par porter son drôle de pinceau sur un autre sujet qui la touche particulièrement : la question féminine.

Les femmes qui s’affirment

À côté de L’islam se trouve aussi la question de la femme qui n’est autre que le second thème au cœur même du Maple Art. Quelle est et que devrait être la place de la femme dans la société ? Qu’est-ce qu’une femme ? C’est ainsi que nous retrouvons une référence féministe dans les travaux de Maple. Sa démarche proactive tient à souligner cette nécessité pour la femme de s’affirmer, de sortir des carcans.  Ses portraits de princesses Disney cristallisent d’ailleurs cette idée avec acuité. L’on voit donc une princesse travailler comme chercheuse dans un laboratoire, voire participer à une opération chirurgicale comme clinicienne. Maple s’attaque ici à une institution, celle du mythe de la princesse. Cette idole de notre enfance représente pour elle l’un des symptômes du patriarcat. Pourquoi toujours montrer aux jeunes enfants des femmes en position de détresse, de soumission, d’attente ?

En articulant son œuvre artistique sur l’islam et la situation de la femme, il semble évident que Maple expose son propre état d’être. Nous retrouvons les questionnements identitaires d’une jeune femme moderne qui se trouve elle-même prise au confluent de deux cultures : une culture britannique chrétienne et une culture iranienne chiite. Elle est la représentante de toute une génération de jeunes ayant grandi en Occident, mais étant issus de l’immigration. Génération qui, même en s’étant acculturée, reste prise dans une quête identitaire.

D’où vient Maple ?

Mais dans le fond, qui est Sara Maple ? Née en 1985 à Sussex (Grande-Bretagne) où elle vit actuellement et travaille. Elle obtient un bachelor en art à l’université de Kingston en 2007 et décroche la même année le prix 4 New Sensations, lancé par Channel 4 et la Saatchi Gallery. Ce prix se donne pour ambition de soutenir les nouveaux diplômés les plus  talentueux. Ce début de parcours prometteur se confirmera par l’organisation de tout un ensemble d’expositions en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, en Turquie et en Israël. Sa prochaine exposition aura d’ailleurs lieu en cette nouvelle année sous l’intitulé God is feminist, à Belfast (Irlande du Nord). A côté, son militantisme féministe ne demeurera pas cloîtrer dans la seule sphère esthétique, ayant pris le parti de passer à l’action. Elle posera une affiche féministe sur la troisième page du tabloid Sun, où est traditionnellement représentée une femme en tenue d’Ève. Maple n’indique pas seulement la direction à suivre, elle prend elle-même les armes pour donner corps à l’univers qui coule de son art.

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