Panorama des cinémas du MMO 2013 : interview avec la comédienne Adila Bendimerad

Adila Bendimerad est une actrice et comédienne algérienne qui s’est dernièrement démarquée dans dernier film de Merzak Allouach, Le Repenti. Elle a aussi remporté le prix de la meilleure actrice lors de la 65e édition du festival international cinématographique du Caire, longtemps capitale du cinéma arabe. Son dernier film Le Repenti, pour lequel elle a été primée à plusieurs reprises, aborde avec subtilité la décennie 1990 dite « décennie noire » et qui indéniablement ramène à des souvenirs douloureux, récents, et qui peinent encore à cicatriser. L’émotion qui se dégage du film est poignante. Dans le cinéma algérien, assez peu de films ont abordé en profondeur cette thématique.

L’actrice Bendimerad a accepté de répondre à nos quelques questions en revenant sur son dernier film ou encore sur les problèmes du cinéma algérien.

Avez-vous rencontré des difficultés pour interpréter ce rôle en tant que jeune femme algérienne ? Pensez-vous que le cinéma est un moyen efficace pour contribuer à briser la glace sur des sujets aussi lourds en Algérie? 

Adila Bendimerad :  Oui, comme pour tous les rôles que l’on commence à travailler, on voit se dresser de nombreuses difficultés. Pour celui-ci justement, ce qui m’a posé le plus de blocages, c‘est le fait de penser en femme algérienne, consciente de notre histoire et de notre « décennie noire ». Mais en réalité, j’ai décidé à un moment donné de me libérer du fait d’être algérienne. Djamila, tout comme l’Algérie, ne s’attendait pas à ce qu’une telle barbarie lui tombe sur la tête un jour. Et le jour où c’est arrivé, on a été surpris et chacun a fait comme il pouvait. Donc c ‘est en tant qu’humain pris dans une histoire dont il maîtrise plus ou moins les mouvements, que j’ai abordé ce rôle. Et finalement, j’ai approché Djamila comme tous les autres personnages.  Je pense en effet que s’exprimer, se questionner, dans le cinéma ou dans n’importe quel autre art ou domaine, est nécessaire pour briser tout ce qui s’impose à nous comme quelque chose de statique ou de fatal.

Il existe en Algérie une carence en matière de culture et d’arts qui limitent de manière plus générale la valorisation du potentiel et de l’inventivité des artistes algériens, mais réduisent également les activités et loisirs des jeunes souvent rongés par l’ennui. Vous avez organisé des représentations de votre pièce L’Esclave dans les rues d’Alger en septembre 2012. Comment cette expérience s’est-elle déroulée ? Votre objectif était-il de réconcilier les algérois avec le théâtre en invitant l’art dans la rue ?

Adila Bendimerad : Mon objectif était de faire du théâtre. Le théâtre naît dans l’espace dans lequel il se joue. Il prend sens dans cet espace là, car c‘est avec cet espace qu’il dialogue. La rue est le seul lieu, aujourd’hui, où je trouve du sens à jouer mes pièces. On le fait sans autorisation, on choisit les places et les carrefours où les gens peuvent et voudraient entendre une histoire. Et le public algérois, de Messonnier, Bab El Oued, Ryad El Feth nous offre une qualité d’écoute étonnante. Ils sont plus attentifs, et plus curieux que le public du théâtre national ! Je ne jouerai plus dans un « théâtre » d’administration, car j’ai l’impression de jouer pour des administrateurs que tout intéresse sauf le théâtre. Je suis heureuse d’être dans la rue !

Dans le film « Normal », le réalisateur aborde le thème de la censure des arts en Algérie. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les difficultés que rencontrent les artistes à ce sujet ?

Adila Bendimerad : Il n’y aurait en réalité aucune difficulté si les artistes et le public décidaient de ne plus s’autocensurer. L’exercice individuel le plus difficile est de travailler à s’affranchir. Ensuite tout est faisable, vraiment. Mais  bon, tant que la censure nous arrange, elle ne disparaîtra pas.

Pensez-vous que le cinéma algérien connaîtra un nouvel essor avec la montée de jeunes talents qui portent plus un regard amer sur l’Algérie ? Comment expliquez-vous la prégnance de thèmes politiques et sociaux dans plusieurs récents courts et longs métrages algériens ?

Adila Bendimerad :  Je crois que les années à venir nous préparent de belles surprises. Mais la prégnance de ces thèmes politiques est peut-être la preuve d’une prise de conscience politique, mais aussi d’un désir de changement… peut-être.

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