ONORIENTUNES #11 : Hey Raï

Musique dénigrée, rabaissée et sous estimée, le raï a souffert tout au long de son histoire, souffert de l’incompréhension, de son état de musique populaire, libératrice, révolutionnaire et jeune. Pourtant le raï fait lui aussi partie de notre culture, il est une part de nous, de n’importe quel maghrébin. Les origines stylistiques du genre sont aussi différentes que le malhoun, le chaabi, les musiques arabo-andalouses ou le folklore local.

C’est en cela que le raï est intéressant, c’est une réappropriation par la jeunesse de la culture populaire, de sa culture. La vraie naissance du genre, ou du moins sa sortie de l’anonymat se fait vers les années 80, principalement à Oran en Algérie et dans les alentours (Oujda, Sidi Bel Abbès…) il est à l’époque complètement à la marge, ignoré par le régime, il souffrira tout au long des années 90 de la guerre civile algérienne, dont les conséquences sont toujours perceptibles aujourd’hui. Cheb Hasni, une de ses plus grandes figures sera tué en 94 par balles dans son quartier à Oran, tout près de sa maison. Un an plus tard, Rachid Baba Ahmed, premier à avoir introduit des synthétiseurs au raï, connait lui aussi le même sort.

C’est lors de ces mêmes années 90 que le raï s’exporte en France et connait une vraie explosion de sa popularité : Cheb khaled multiplie les succès, Didi en 1992, Aicha 4 ans plus tard. Khaled gagne son titre du roi du raï, et on voit naitre un raï de l’immigration avec Faudel, le petit prince du raï, et d’autres artistes qui ont préféré l’exil à la guerre civile. Pendant ce temps, la guerre civile en Algérie fait toujours rage, le raï qui chante l’amour, le plaisir de la chair, la révolution des mœurs est une cible parfaite pour le FIS (Front Islamique du Salut qui gagne haut la main les élections législative en 91 mais est interdit en 92), le GIA (groupe islamique armé) et des autres milices islamistes.

Dans un article publié sur Slate Afrique, Kamel Daoud, journaliste, chroniqueur et écrivain du titre Le conservatisme a tué le raï, dit :  » Non, le terrorisme n’a pas tué le Raï. Le conservatisme si. Durant les années 90, un tube avait fait l’effet d’une bombe : Derna l’amour fi berraka m’rinaka (On a fait l’amour dans une baraque en ruine). Aujourd’hui, on ne doit même pas penser à fredonner la rime : une époque est morte. » Et il est vrai qu’il y a cette impression là, que quelque chose a été tué dans l’œuf, peut-être pas par les islamistes, mais du moins par le conservatisme ambiant de nos sociétés, ce même conservatisme aux interprétations variables qui pousse certains à vivre encore dans la schizophrénie maladive qui ronge notre jeunesse.

A part les quelques stars du genre qui font toujours les affiches des grands festivals (Mami, Khaled, Bilal et les autres). Le raï continue à subsister, dans les mariages, dans les bars et dans les cabarets, il est retourné de là où il était venu, mais jusqu’à quand ?

Texte : Ali Zarki 
Playlist : Walid Berrazeg

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