[Long format] : A la découverte de Nuits Sonores Tanger

Tanger, c’est un peu notre Istanbul à nous, cette porte, ce pont entre deux mondes, cette ville-monde tant de fois écrite, chantée, filmée, photographiée. Romantique, rebelle, cosmopolite, pouvait-on rêver d’un meilleur cadre pour un festival tel que Nuits Sonores Tanger ?

Coup d’envoi au mythique Cinéma Rif, où les festivaliers, dans cette ambiance intimiste que seule peut provoquer une salle de projection, viennent à la rencontre d’Izza Genini, réalisatrice et productrice marocaine, qui s’est livrée au cours de sa carrière à une véritable anthropologie des musiques traditionnelles du Maroc.

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Silence religieux alors qu’elle échange avec Bouchra Salih autour de son œuvre, monumentale, avant la projection de son film Gnaouas et qui, près de 20 ans après sa sortie, témoigne de la complexité d’une culture Gnaoua qui continue de fasciner. Une piqure de rappel bienvenue, à l’heure où la folklorisation et la marchandisation des musiques traditionnelles ne semble plus connaître de limites, au Maroc ou ailleurs.

21h, fin de la projection, la place du Grand Socco se remplit petit à petit pour accueillir Waxist, tout droit venu de Lyon pour un DJ set disco qui va enflammer le public, avant que le tangérois Amine Boucetta et Alban ne prennent le relai pour un live aux petits oignons, qui va ravir un public en transe.

Et, comme il n’y a pas de repos pour les braves, on file directement au Tangerinn où les maîtres de cérémonie du soir sont les Sheitan Brothers. Le duo lyonnais (forcément !) a ramené dans ses valises de véritables pépites musicales, des chefs d’œuvres perdus de la musique maghrébine (mais pas que), qui feront vite d’unir l’assistance en un corps collectif, dansant, suant et exultant. Clap de fin, les organismes sont épuisés, mais le bonheur est palpable : le festival s’annonce superbe.

Un festival de découvertes et d’explorations sonores

Pendant deux nuits, le Palais Moulay Hafid a vibré au son des expérimentations musicales les plus folles, avec une programmation riche, fouillée, originale, avec, parfois, de véritables claques musicales.

Tout d’abord, et sans doute la plus attendue de la semaine par le public marocain, le dialogue musical entre Para One, monstre de la musique électronique, plus de 20 ans de carrière derrière lui, et Mehdi Nassouli et ses musiciens, guembris et crotales parés. La musique électronique a souvent rencontré la musique la musique Gnaoua, pour des résultats, convenons-en, pas toujours à la hauteur.

Mais ici, à Tanger, Mehdi et Para One vont porter l’exercice – et le public – aux nues, pendant une heure d’un live d’une autre planète, où le guembri, les crotales, les longues nappes éthérées, les build-up travaillés au corps, vont créer dans la salle une ambiance transcendantale, la même qu’on retrouve lors des veillées des maîtres Gnaoui. Car au fond, on retrouve dans la musique électronique et le Gnaoua cette même envie de s’élever, cette même répétition inlassable, incontrôlable des rythmes et des percussions, où l’on voit les corps partir en transe, que l’on soit en rave ou en train d’exorciser ses démons au fin fond des ruelles d’Essaouira.

Pour marquer son engagement, le festival a confié au jeune tangérois Mino-S et sa house orientale, lascive, aussi grandiloquente qu’un concert d’Oum Khaltoum, la lourde tâche de clôturer cette première nuit en live. Pour une première fois, sous les conseils bienveillants et avisés des Sheitan Brothers, le jeune DJ offre une jolie performance, et surtout, s’offre une vraie belle expérience artistique.

Islam Chipsy Eek, la claque sonore

Que dire d’Islam Chipsy Eek, si ce n’est qu’il s’agit sans doute de la meilleure expérience live qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps ? L’énergie, la force, la vitalité qui se dégagent d’Islam, sa sympathie, tout était réuni pour donner une heure d’amour musical, où le son se transforme en onde de choc qui bous percutent de plein fouet.

Un cocktail de percussions et de sonorités orientales qui vous transporte au Caire, dans un orchestre populaire, et vous donne envie de danser, danser jusqu’à l’épuisement. Coup de cœur définitif.

Réfléchir ensemble aux enjeux culturels méditerranéens

Nuits Sonores Tanger, ce n’est pas simplement de la musique, c’est aussi un laboratoire de réflexion autour des enjeux liés à la culture, la place qu’elle occupe dans notre société marocaine, mais bien au-delà, en méditerranée.

En réunissant pour ses 4 conférences des acteurs et activistes culturels majeurs, European Lab contribue à mettre en place les éléments de ce débat. La première conférence, Recommandations sur la politique culturelle au Maroc, fut l’occasion d’un excellent débat autour de cette question insoluble, en présence notamment de Mehdi Azdem de l’association Racine (dont on ne peut que vivement soutenir le travail qu’elle entreprend depuis quelques années).

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Pendant ces 5 jours de festival, il est impressionnant de noter à quel point l’ensemble du tissu culturel tangérois se mobilise, loin de la culture des festivals hors-sol, loin de l’évènementiel culturel qui se développe.

Avec 7000 visiteurs, le modèle entièrement gratuit du festival annonce son ambition démocratique, celle d’ouvrir la culture au plus grand nombre, loin des représentations élitistes qu’on s’en fait au Maroc.

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