Faissal El Malak veut étoffer l’Orient

Jeune créateur installé à Dubaï, Faissal El Malak s’attache à proposer une couture de l’Orient pour l’Orient, défendant l’arabité d’une région aux facettes ethniques multiples. Assoiffé de culture, il utilise l’étoffe pour exprimer sa dévotion à préserver un patrimoine local.

Malgré un passeport canadien et une enfance passée au Qatar, Faissal ne s’est jamais revendiqué d’une autre nationalité que celle de ses parents, palestinienne. Son orientalité est génétique, si bien que présentant son projet de fin d’études, à Paris, à l’Atelier Chardon Savard, à savoir une collection de collants et leggings à l’allure très occidentale, une professeur ne peut s’empêcher de souligner les accents orientaux évidents. Chassez le naturel, il revient vite au galop.

Son parcours suit une histoire que le hasard a rendu profondément cohérente. Elle s’inscrit dans une narration ancrée dans l’identité du Moyen-Orient devant s’accommoder des aléas diplomatiques et des surprises que réservent les voyages.

Faissal El Malak / Crédits : Faissal El Malak

Faissal El Malak / Crédits : Faissal El Malak

Une fois ses études finies, Faissal entreprend un premier voyage de trois mois en Palestine afin de se connecter avec son histoire familiale. Il a pour projet de visiter les ateliers de broderie traditionnelle, matériau qu’il souhaite utiliser pour des créations. Il est bouleversé par l’implication des femmes dans leur ouvrage et le symbole que ces tissus incarnent. Il ne se sent pas prêt à s’investir dans ce travail qui devient alors un objectif à la fois affectif et professionnel.

De retour au Qatar, Faissal  El Malak découvre, dans un magasin de souvenirs, des tissus du Yémen, masculins, traditionnels et colorés. Il commence à les utiliser pour de nouvelles expérimentations. En contact direct sur Whatsapp avec son revendeur qui lui envoie des photos des marchés locaux, il organise une chaine d’approvisionnement pour répondre aux demandes de clientes de Dubaï. Le bouche-à-oreille aidant, il réalise la première année une quarantaine de pièces qui composent sa première collection « Ya » pour le printemps-été 2015.

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SS15. Collection Ya / Crédits : Faissal El Malak

Il se confronte rapidement aux contraintes de la production en série. Puis, la guerre éclatant au Yémen, Faissal doit trouver une alternative pour poursuivre ses créations malgré l’arrêt des lignes aériennes entre Sanaa et Dubaï, le conflit international venant contrarier sa destinée personnelle. Il se rend alors en Tunisie et rencontre, de nouveau, des artisans locaux qui lui présentent leurs travaux. Il s’intéresse à la soie tissée et aux bijoux en argent. Sa route croise également celle de la société Blue Fish qui oeuvre à Tunis pour mettre en contact les acteurs, artisans ou acheteurs, investis dans la conservation du patrimoine local.  Plus tard, ses pérégrinations l’emmènent en Egypte où il organise le même travail.

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Tourath 16 / Crédits : Faissal El Malak

Chaque pays découvert l’a jusqu’à présent mené à lui dédier une collection particulière, pour le Yémen, la Tunisie avec la collection « Nahj 56 », actuellement commercialisée et prochainement l’Egypte avec la collection « Tourath 16 », mettant en lumière des traditions différentes. Si son but premier n’était pas de scinder de cette manière ses collections, c’est la conséquence d’une logistique compliquée mais dont le résultat s’impose en réalité didactique.

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SS 16. Collection Nahj 56 / Crédits : Faissal El Malak

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SS 16. Collection Nahj 56 / Crédits : Faissal El Malak

L’objectif de Faissal est de parvenir à défendre le patrimoine textile arabe, en construisant une identité de marque moyen-orientale au service du Moyen-Orient. Il fait revivre, par des pièces modernes et sophistiquées, un patrimoine ancestral qui se transmet de génération en génération. Selon lui, les créateurs internationaux, a fortiori, dans le monde arabe, ont tendance à développer un complexe d’infériorité par rapport à Paris, qui n’a pas lieu d’être.

Il est émerveillé par la richesse de la région de ses origines, unie par une même langue mais multiples dans ses possibilités culturelles. Il nourrit son inspiration par un important travail de documentation qui l’amène à parcourir les bibliothèques, à l’instar de celle du Musée des Arts Islamiques de Doha où il passe des heures – mais surtout les musées et les galeries du monde entier. Même s’il regrette que Dubaï ne propose qu’une offre artistique limitée, essentiellement consacrée au Moyen-Orient et à l’Iran. Son compte Instagram reflète un univers culturel riche, nourri de multiples références et traduisant une sincère érudition où se rencontrent photos d’archives et art contemporain.

Cette quête identitaire fonctionne et il est toujours surpris de l’intérêt d’une clientèle internationale qui n’est pas forcément sensible à l’Orient qui s’éprend de ses caftans, pièces maîtresses de ses collections. Touché par l’esthétisme des habits traditionnels portés avec ferveur dans la Péninsule Arabique, sa mode propose un vocabulaire qui n’a pas fait de choix entre prêt-à-porter et couture, Orient et Occident, modernité et authenticité.

A terme, Faissal El Malak souhaite développer l’identité de sa marque et ouvrir une boutique permanente qui pourrait être un lieu de relai pour d’autres marques et de créateurs moyen-orientaux de divers horizons. Aussi, il souhaite s’atteler à des créations pour hommes afin de porter ce qu’il crée. Mais le plus grand défi qu’il s’apprête à relever est de finalement de parvenir à créer des pièces mettant à l’honneur la broderie palestinienne – point d’orgue de sa quête identitaire.

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SS 16. Collection Nahj 56 / Crédits : Faissal El Malak

Site internet : www.faissalelmalak.com

Instagram : @faissalelmalak / @faissalelmalakshop

 

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