Art moderne à l’Institut du Monde Arabe : la collection Barjeel

Kadhim Hayder, Fatigued Ten Horses Converse with Nothing (The Martyr's Epic), 1965. Huile sur toile, 91 cm x 127, 1965 © Barjeel Art Foundation

Venez découvrir jusqu’au 02 juillet un aperçu de l’impressionnante collection de la Fondation Barjeel à Paris. Accueillie par l’Institut du Monde Arabe, une sélection de quatre-vingt-dix œuvres présentent un éventail de l’art moderne et contemporain arabe.

Des invités d’exception

En plus de présenter un corpus d’artistes des plus intéressants, l’exposition « 100 chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain arabe » a été pensée par Philippe van Cauteren. Directeur artistique du S.M.A.K. (Musée municipal pour l’art actuel à Gand en Belgique), il est  également connu pour s’être occupé du pavillon irakien à l’occasion de la Biennale de Venise en 2015 et pour avoir cette année fait partie  du commissariat de la Triennale de Katmandou.

Ce dernier a été en étroite collaboration avec le collectionneur (et écrivain) Sultan Sooud al-Qassemi, connu pour avoir développé la Barjeel Art Foundation depuis 2010. Cette fondation de 475 m², à but non lucratif, établie à Sharjah aux Emirats arabes unis, peut se targuer d’avoir pleinement rempli  son principal objectif qui est d’exposer, de conserver et surtout, de diffuser mondialement l’art moderne et contemporain arabe. En plus de favoriser la mise en place de partenariats et d’actions culturelles, la fondation a développé une importante base de données autour de sa collection qui recense un millier d’œuvres.

EXPOSER / CONSERVER

Philippe van Cauteren a joué avec les deux niveaux de l’espace d’exposition de l’IMA pour penser son exposition.

L’exposition en vrai, c’est un diptyque. D’un côté on a comme un espace musée, un espace où les œuvres sont présentées comme on l’imagine dans un musée classique. Et de l’autre, on a fait comme une présentation dans la réserve d’un musée, là où les spectateurs n’arrivent jamais à rentrer. Et donc ces deux éléments clés de l’exposition font que, dans leur communication, dans leur juxtaposition, ils amènent de plus en plus à lire les œuvres d’art qui sont représentées dans l’exposition. D’un côté la consécration et de l’autre la proximité, l’intimité, le rapprochement du spectateur vis à vis de l’œuvre d’art qui va presque les toucher avec son regard.*

 

Les œuvres, principalement des peintures, courent le long des cimaises dans cette première étape du diptyque commissarial qui est un white cube traditionnel. Dans cette grande galerie nous voyons converser les chevaux du peintre irakien Kadhim Hayder avec la femme à la robe bleue de Baya, une artiste algérienne proche d’André Breton et découverte en France grâce à la galerie Maeght. S’il n’était pas possible d’exposer toute la collection, le petit espace de l’Institut du Monde Arabe a su jongler avec pléthore d’artistes pour montrer la variété des espaces géo-culturels arabes.

Les études sur la lettre arabe (hurufiyya) à l’encre de chine de Rachid Koraïchi font face à la Boîte à Images de Chafic Abboud. Les pupitres d’Adel Abdessemed rythment la rencontre de L’Époux de Marwan avec Le Joueur de Flûte de Seif Wanly, le Khosrow de Hayv Kahraman et le Teddy Lane de Van Leo, tous, épiés par le gros œil de Nadia Ayari. Aucune hiérarchisation, pas de chronologie précise, la scénographie joue en faveur de la diversité de la collection, des goûts du collectionneur, chaque représentation est un témoignage créatif qu’il fait bon de réunir pour le décliner une fois de plus.

Nous avons ensuite la possibilité de descendre les escaliers pour aller dans la deuxième partie de l’exposition. Plus intime, les murs sont noirs, éclairés par des lumières froides et les œuvres sont dans des espaces vitrés. L’action de descendre nous a fait quitter une scénographie de grande galerie pour rejoindre un espace pensé pour être une réserve. Les artistes sont accrochés ensemble sur des cimaises, mélangés ou rangés sans que nous n’en comprenions la couleur. L’importance est de prendre conscience de cet autre aspect de la collection qui ne peut se concevoir sans prendre en considération sa conservation.

Nous voyons au loin l’installation aux néons de Kader Attia mais ce sont les Champs de Pétrol d’Etel Adnan qui nous accueillent et nous invitent à poursuivre vers le fameux Coup de Tête d’Adel Abdessemed. Ensuite, nous avons le choix entre plusieurs vitrines présentant des œuvres toutes différentes les unes des autres : du Tube FedEx de Walead Beshty en passant par les abstractions géométriques de Saliba Douaihy au Déjeuner d’Abdul Hay Mosallam Zarara.

Un lieu de passages

Cette exposition est une promenade dans la collection Barjeel. Le spectateur ne doit pas s’attendre à un sens, encore moins à une logique d’exposition. 100 (90 pour être exact) chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain arabe, voilà comment nous devons l’envisager. Nous lui reprochons alors de réduire cette exposition à une « présentation du monde arabe » et de ne pas avoir assez expliqué les démarches de la collection, l’histoire de sa constitution sans oublier le rôle de la Fondation Barjeel. Heureusement, du côté des œuvres, des notes accompagnent les cartels pour ne pas laisser le visiteur tout seul dans sa découverte.  Nous l’encourageons à y aller plusieurs fois, à se laisser aller à la contemplation pour ensuite se perdre dans la base de donnée en ligne de la Barjeel Art Foundation. Nous l’invitons à s’émanciper de toute idée prémâchée de(s) monde(s) arabe(s) pour aller voir des objets artistiques que la France n’a pas l’habitude d’accueillir. Pour finir, nous implorons l’Institut du Monde Arabe de continuer à exposer et promouvoir les différents aspects de la modernité dans ses espaces d’exposition.

 

L’exposition « 100 chefs-d’œuvre de l’art moderne et contemporain arabe. La Collection Barjeel » est ouverte au public jusqu’au 02 juillet 2017 à l’Institut du Monde Arabe.

 

* Propos écoutable dans la vidéo de présentation de l’exposition.

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