Enfants de la honte, les invisibles du Maroc

Crédit photo : Abdellah Igmirien

Cette semaine, la marketeuse curieuse que je suis a décidé d’aller faire un tour du côté des plateformes de crowdfunding. THE place to be quand on veut découvrir des projets créatifs ambitieux et novateurs, et aider leurs créateurs à les réaliser. Et il y en a un qui m’a tapé à l’œil : un web-documentaire autour des enfants « illégitimes » et des mères célibataires au Maroc.

Il s’agit du projet de Zineb Aït-Elmkadem, une journaliste de 24 ans, d’origine marocaine, « admirative du pays et de sa culture » mais « marquée par le contraste entre l’envie d’occidentaliser les modes de vie, et son attachement profond aux bonnes moeurs et aux traditions« .

Son initiative Enfants de la honte, les invisibles du Maroc part d’un constat alarmant : Chaque jour, plus de 150 enfants naissent hors-mariage au Maroc. Des enfants dits illégitimes. Ouled El Hram. Des enfants du péché. Des enfants maudits. Des enfants coupables d’exister.

Ces enfants, issus de relations extra-conjugales, sont condamnés avant même de voir le jour. Par la société, par la justice (art-490 du Code Pénal), par leurs familles. Des familles attachées à l’image qu’elles véhiculent, et peu importe si leurs actions sont intrinsèquement hypocrites, pourvu qu’elles semblent respecter les bonnes mœurs.

Vide ton ventre et reviens

Ces mères célibataires répudiées sont plus de 200 000 et 60% d’entre elles ont moins de 26 ans. Et qu’on ne vienne pas leur parler de Moudawana. Si certaines mettent au monde, par courage ou par contrainte, l’enfant qu’elles portent, d’autres ont recours à l’avortement clandestin, évidemment. Car dans notre Maroc moderne, aux grands chantiers de pays en « bon développement », l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est prohibée. Et, à moins d’avoir des raisons médicales justifiant d’un besoin d’avortement thérapeutique, les femmes n’ont pas le droit de choisir. My body, my choice? Cause toujours…

L’orphelinat, la prostitution, la drogue, la violence, et la rue. Voilà ce qu’ils se voient offrir. Des destins brisés.

Rejetés de tous, ces enfants naissent, grandissent, et vivent dans l’oubli. Invisibles… ou presque. Ils font partie de ceux que l’on croise au détour d’une ruelle, et qu’on regroupera sous la dénomination de chemkara. Mépris ou condescendance, on ne leur propose pas mieux. Zineb Aït-Elmkadem a choisi de se lancer dans un roadtrip de deux mois, de Casablanca, aux vallées de l’Atlas marocain, pour aller à la rencontre de ces mères et de ces enfants. À partir d’avril, elle ira, dans nos villes et dans nos campagnes, « comprendre leurs parcours et leurs choix de vie« . Tout juste sortie d’école, Zineb compte sur Kiss Kiss Bank Bank pour récolter les 6000€ qui lui serviront à concrétiser son projet. Nous lui souhaitons d’y trouver le soutien qu’elle mérite et nous suivrons de près son avancée.

Si vous voulez faire partie des KissBankers, retrouvez-la sur cette page.

Crédit photo : Abdellah Igmirien

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