Dudu Tassa réinvente la musique de son grand-père

Dudu Tassa s’est immergé dans la musique arabe de son illustre grand-père pour offrir sa vision réinterprétée et décoiffante de la musique arabe.

Après six albums de rock en hébreu, Dudu s’ennuyait et a eu l’idée de reprendre les chansons de son grand père lui aussi prénommé Daoud. Ce dernier et son frère Saleh Al-Kuwaiti étaient les Al-Kuwaiti brothers, d’immenses stars de la musique classique arabe en Irak et au Koweït avant d’émigrer en Israël en 1951. Dans l’Etat hébreu en revanche, les frères Al-Kuwaiti tombent dans l’anonymat, passant des plus belles salles de concerts d’Irak, à l’animation de mariages.

Changement de statut et de standing, la famille a dû abandonner ses biens à Bagdad, comme la plupart des juifs irakiens spoilés par les nationalistes irakiens, apeurés par le Fahroud (émeutes anti-juives de 1941) et la loi dénaturalisation en 1950, retirant la nationalité irakienne aux juifs. Petit à petit, les noms des Al-Kuwaiti sont progressivement effacés des programmes des radios irakiennes, leurs musiques reprises par d’autres artistes. En Israël, leurs disques sont joués dans des mariages et sur le canal arabe de Voice of Israel. Des prestigieuses salles de concerts irakiennes à une station folklorique.

« On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes »

Adolescent, Dudu Tassa préfère la guitare électrique au oud et la musique occidentale à la musique arabe. C’est seulement lorsqu’il tombe sur des vieux disques de son grand père, qu’il commence à se passionner pour son héritage. Il entamera alors deux ans de travail pour trier les deux cents chansons du répertoire de son grand-père et apprendre l’ensemble de ses textes en arabe, langue qu’il ne pratique pas. Il réalise alors un disque basé sur ces chansons qui devient rapidement un succès et semble réveiller quelque chose dans l’inconscient du pays, certains titres sont par exemple entrés sur la playlist de Galei Tzahal, la radio de l’armée israélienne. Des titres en arabe sur la radio de Tzahal, un événement assez rare pour être noté et se demander si quelque chose ne commence pas à changer concernant la vision qu’ont les Israéliens de la langue arabe.

Les chansons de l’artiste permettent aux fans d’échanger des commentaires riches en enseignements, ils racontent comment écouter de la musique arabe était mal vu jusqu’à présent, et se souviennent de l’origine de leurs ancêtres, originaires d’Irak, de Libye, du Maroc, du Yémen… Une occasion pour réouvrir la boîte à photos, demander aux grands-parents à quoi ressemblaient leurs vies. L’artiste a ainsi permis à Israël de redécouvrir d’anciennes chansons et de voir la langue arabe d’une manière plus légère, moins politisée. Le début d’un long processus de réappropriation a bel et bien commencé, et vu le succès des chansons de Dudu en arabe, ce chemin n’est pas prêt de s’arrêter.

▲ Wayak

Wayak est le fruit d’une collaboration entre le chanteur israélien Dudu Tassa et le DJ israélo-américain Borgore qui reviennent avec une version totalement retravaillée de la mythique chanson de Farid El Atrache. La rencontre de ces deux artistes donne naissance à un Wayak étonnant, mélange de musique arabe et de dubstep.

dudu tassa

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