La discrète conquête des princesses qataries

Cheffes de file de l’émancipation de la femme politique au Qatar, certaines figurent prennent peu à peu place au sein du paysage national. Portraits.

« Comment peut-on sincèrement parler de la participation politique des femmes au Moyen-Orient où elles sont devenues un produit cyniquement utilisé pour servir de caution à des régimes dans lesquels elles n’ont aucun pouvoir réel ? », tels sont les propos de la Sheikha Mozah Bint Nasser. A l’image de la mère de l’actuel émir du Qatar, les princesses arabes semblent mener depuis peu une discrète conquête de la chose politique à travers l’engagement pour des causes – souvent via des institutions philanthropiques. Ainsi l’on assiste à une sorte de diplomatie parallèle apportant un rayonnement culturel à ces monarchies conservatrices arabes et un brin de fraîcheur, de glamour et de modernité. Portraits d’une mère et de sa fille, femmes qataries modernes, engagées et surtout, influentes, qui, de génération en génération n’arborent pas seulement le titre de princesses, mais également celui d’ambassadrices engagées politiquement.

De mère en fille au Qatar

Sheikha Mozah Bint Nasser Al-Misnad, deuxième des trois épouses de l’ancien émir du Qatar Cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani est la seule à être médiatisée. Elle est le fruit d’un mariage politique amorçant la réconciliation entre sa famille les Al- Misnad, réformistes qui étaient les plus fervents opposants au régime et la famille royale Al-Thani. Bercée depuis sa plus tendre enfance dans cet affrontement entre deux clans rivaux, la Sheikha Mozah pouvait difficilement ne pas s’inscrire comme une femme engagée et de poigne. Si elle force le respect des diplomates étrangers occidentaux qui ont eu l’occasion de la rencontrer, force est de constater qu’elle est beaucoup moins respectée du côté des diplomates arabes qui la considèrent – à juste titre – comme l’exacerbation de la conception non conformiste du pouvoir au Qatar.

Sur le fil du féminisme islamique

Prônant un féminisme islamique, elle se réclame en opposition avec le féminisme classique qu’elle qualifie de « laïc » qui contribue selon elle à la diffusion de valeurs occidentales. Elle milite pour « l’égalitarisme de l’Islam ». Selon elle, « Il n’y a rien dans notre religion – l’Islam – qui interdise la participation des femmes à la vie publique. Elles sont exclues pour les mêmes raisons que les hommes : le manque de démocratie. ». Son féminisme danse toutefois sur le fil de l’ « islamiquement correct » perçu par le Qatar comme le souligne ma consœur du Monde Afrique Claire Talon. En effet, loin des carcans traditionalistes, elle n’hésite pas à s’afficher avec un voile toujours moins formel et laissant de plus en plus apparaître sa chevelure. Une affirmation de sa féminité et de son statut de femme musulmane de son époque dans un Qatar entre tradition et modernité. La Sheikha Mozah le justifie ainsi : « Il nous faut offrir aux femmes des choix qui s’accommodent avec leurs vies et croyances. Des choix qui les encouragent à célébrer la féminité plutôt qu’à la brimer. ».

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Un soft power culturel

Au-delà de son engagement en ferveur du féminisme islamique, elle se trouve l’instigatrice de Qatar Foundation, une véritable cité de l’éducation en périphérie de Doha, la capitale du Qatar, qui est riche de partenariats avec des universités et des entreprises au renom international telles qu’entre autres Georgetown, HEC Paris, Weil Cornell Medical College et Al Jazzera. Ces partenariats sont subventionnés grâce à un budget de 15 millions de dollars par an attribué à la fondation. Un budget qui est colossal pour une petite pétromonarchie du Golfe qui ne dépasse pas la taille d’un département français…

Sheikha al-Mayassa, sœur de l’émir actuel du Qatar et fille de la Sheikha Mozah, est, quant à elle, sans aucun doute, la mécène le plus convoitée au monde. Surnommée The Culture Queen par la presse anglo-saxonne, elle est à la tête de l’Autorité des musées du Qatar avec un budget annuel qui lui est alloué estimé à un milliard de dollars par an selon le magazine britannique Art Review. Autant dire que le marché mondial de l’art est à ses pieds… Pardon, à ses souliers de princesse… ; et que le portefeuille rempli de sa fondation permet au Qatar d’acquérir les œuvres les plus cotées au monde. Ainsi, elle s’impose comme une véritable actrice de diplomatie culturelle Qatari. En effet, elle contribue à la promotion de son pays via un soft power incarné ici au Qatar par une économie de la culture forte qui ambitionne de rayonner à l’international. Notons ceci via ses récentes collaborations avec l’architecte Jean Nouvel pour la construction du Musée National du Qatar mais aussi avec le cinéaste Robert de Niro pour le Tribecca Film Festival Doha qui est l’adaptation du célèbre festival de cinéma new-yorkais de ce dernier à Doha.

Ces princesses qataries ne sont pas bien entendu les seules princesses du monde arabe engagées en faveur d’une cause et œuvrant au rayonnement de leur pays via un soft power résolument féminin. À cet égard, la princesse Rania de Jordanie ou encore Lalla Soukaïna et Lalla Salma au Maroc s’inscrivent dans la même lignée.

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