Dharamsala, capitale des exilés tibétains

Crédit photos : Samir Taouaou

Crédit photos : Samir Taouaou

Le courant que le Dalaï-lama représente ne demande pas l’indépendance, mais plus d’autonomie pour le Tibet qui, chaque année, perd de son caractère tibétain au profit d’une industrialisation typiquement chinoise.

Oubliez le confort des grandes villes, les terrasses casablancaises, les ballades sur les quais de Stockholm ou de Paris, les joies d’une randonnée apaisante et calme dans la banlieue de Reykjavik, car ici, le dépaysement est assuré. L’Inde, véritable forêt humaine où tout, religions, cultes, ethnies, classes sociales se bouscule, inspire à la fois crainte et incompréhension chez le touriste ou voyageur qui ne serait ni sadique ni en quête d’une forme d’inspiration artistique ou existentielle macabre.

Mais au-delà de ce « voile de Maya », de cette forme d’illusion anarchique, se dessine une perspective humaine et sociale phénoménale. Loin de la cacophonie et du chaos de New Delhi se trouve un petit village perché dans l’Himalaya. Un havre de paix pour les voyageurs en quête de repos d’esprit, de méditation et… d’engagement politique.

Dharamsala, ce n’est pas vraiment l’Inde. La ville est connue avant tout pour abriter le gouvernement tibétain en exil. On l’appelle également la petite Lhassa car elle accueil le 14ème Dalaï-Lama, Tenzin Gyatso qui est toujours exilé du Tibet. C’est dans la banlieue de Dharamsala que l’on trouve une forte concentration tibétaine. Les exilés ont fait de cette banlieue, Mcleod Ganj, leur nouvelle terre d’accueil en attendant un futur retour, quoique peu probable au vu de la situation actuelle.

Loin de l’image des petits magasins d’écharpes multicolores, de Dreamcatchers, des statuettes bouddhiques et des représentations New Age, l’artère commerciale fleurit d’associations d’anciens détenus et de centres d’information sur la situation économique et politique actuelle du Tibet. Ici on croise journalistes, reporters, volontaires, grands voyageurs et disciples. Des projections de documentaires, manifestations, séances d’information et des soirées de témoignages d’anciens détenus ou d’exilés sont programmés presque quotidiennement.

Dans les temples bouddhistes, après chaque séance de méditation, de prière ou de débat philosophique suit presque naturellement un débat politique engagé. Lors d’une séance de méditation au Tushita meditation center, un temple bouddhiste dans la région de Mcleod Ganj, une moine a pris le temps de répondre à certaines questions. A en croire ce qu’elle dit, les Tibétains et l’actuel Dalaï-Lama n’éprouvent aucune haine envers le gouvernement chinois. L’un des piliers de la pensée et de la philosophie bouddhiste étant la maîtrise de la colère et la transformation de la haine en acceptation, ils voient dans cette situation un fait du Karma, une suite systémique, un cycle de causes et de conséquences qui mènera tôt ou tard à une libération. La souffrance parfois extrême des exilés ne doit pas les détourner, à entendre la moine, du bonheur et de la maîtrise de soi. Car la haine et la revanche ne feraient que déclencher un nouveau cycle négatif de Karma qui se répercutera systématiquement sur son initiateur.

L’on peut croire au premier abord à une forme de propagande politico-mystique, mais plus loin du monastère, dans la rue principale du village, presque personne ne fustige le gouvernement chinois à part quelques occidentaux bien remontés. A part les graffitis et les écritures murales « Free Tibet », on ne remarque aucune image, slogan ou dessin insultant, menaçant ou abattant le gouvernement chinois. Cette philosophie de vie est très ancrée dans la tradition de ce peuple, les Tibétains l’appellent la voie du milieu ou la voie de la non violence. Le courant que le Dalaï-lama représente ne demande pas l’indépendance, mais plus d’autonomie pour le Tibet qui, chaque année, perd de son caractère tibétain au profit d’une industrialisation typiquement chinoise.

Selon le gouvernement tibétain en exil, tous les ans, en raison de la fermeture de la frontière chinoise en 1960, environ 2 500 tibétains transitent par le Népal. Ils sont accueillis dans un centre à Katmandou pour ensuite regagner L’Inde –en particulier Dharamsala, ou d’autres pays. Les Tibétains continuent encore de traverser l’Himalaya souvent dans des conditions précaires et difficiles. En 2009, ce sont 127 935 Tibétains qui ont été recensés à l’extérieur du Tibet dont 94 203 en Inde. Aujourd’hui, à Dharamsala, on pense toujours au Tibet mais il est aisé d’oublier ici l’appel à la révolte, sous ces drapeaux de prière flottant au dessus de chaque toit et surtout, tranquillement attablé dans un de ces multiple cafés zen. Les esprits se sont apaisés laissant place aux joies de la vie, à la gastronomie, la méditation aux débats philosophiques et la nonchalance proactive.

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