Birds Requiem. Quand Dhafer Youssef prend son envol

DHAFER YOUSSEF BIRDS REQUIEM

Birds Requiem. C’est le titre du dernier album de Dhafer Youssef. Sorti sous le label Okeh Records, ce dernier opus tire son nom de la vision portée par le oudiste-vocaliste sur ses propres compositions : « J’ai eu cette vision d’oiseaux qui tournoient harmonieusement dans le ciel ». C’est aussi, et surtout, un requiem pour un être cher : sa mère, qui s’est éteinte alors que l’album était en cours de composition.

« J’étais auprès de ma mère lorsqu’elle est morte et le disque est devenu la musique d’une vie qui passe : de la naissance à tout ce qu’on vit, avec ce que ça comporte de bonheur et de malheur. L’album a été inspiré par le fait d’envisager ma vie après elle, comme si elle m’avait transmis quelque chose pour aller plus haut. Je pense à elle dans chaque moment de bonheur… »

De là à en faire un album larmoyant, il n’y a qu’un pas… que l’artiste ne franchira pas. En témoigne le morceau Hymn To The Absent, auquel il renoncera car « trop direct, trop triste, trop intime », pour lui qui « n’aime pas les lamentations ».

Enregistré en Suède, avec quelques morceaux supplémentaires en Turquie, Birds Requiem réunit une nouvelle fois – et dix ans après Digital Prophecy – Dhafer Youssef et le trompettiste Nils Petter Molvaer, pionnier de l’électro-jazz. Pour renouer avec ses amours scandinaves, un autre jazzman norvégien : le guitariste Eivind Aarset. À ces noms prestigieux s’ajoutent ceux du clarinettiste Hüsnü Senlendirici, du qanuniste Aytaç Dogan, du pianiste Kristjan Randalu, du contrebassiste Phil Donkin, et du batteur Chander Sardjoe.

Une introduction qui sonne juste, mais les compositions suivent-elles les beaux discours ? Depuis la sortie de l’album, les chroniques fleurissent et ne tarissent pas d’éloges. Je l’ai écouté, réécouté, décortiqué. Et voici ce que j’en pense…

Birds canticum, une première partie aux sonorités mélancoliques et aux vocalises envoûtantes. Un morceau évocateur de souvenirs. Le début d’un voyage. Des graves aux aigus, la voix de Dhafer Youssef atteint des sommets. La clarinette se fait l’écho de ce timbre quasi surnaturel. Le tout sur une musique d’ambiance entre sérénité et énergie.

Sweet Blasphemy, un morceau mystique, qui remplace Hymn To The Absent et où les douces sonorités du oud et du piano, ainsi que la sublime voix de Dhafer Youssef, appellent à une promenade spirituelle. Une composition aux paroles poignantes, qui résonne comme un adhan.

Blending Souls & Shades. La voix de Dhafer Youssef, complémentaire à la trompette de Molvaer, introduit le reste des intervenants. Le compositeur s’impose, de façon déconcertante, comme un leader accompli.

Ascetic Mood. Hautement mystique, ce morceau aux effets électro-ascétiques porte bien son nom. Cinq minutes d’apesanteur.

Fuga Hirundinum. Dans cette seconde séquence, Dhafer Youssef entonne un ultime message adressé à la parente avec l’ode « Khira, Indicium Divinium », où interviennent piano et clarinette, dans un duo impressionnant.

39th Gulay (to Istanbul). Très noise rock, ce morceau vient briser l’atmosphère paisible, et propice à la méditation, des compositions précédentes. La guitare électrique d’Eivind Aarset rugit, suivie d’une explosion piano et batterie.

Archaic Feathers. Troisième volet du requiem. Avec Sevdah, Dhafer Youssef rend un hommage au maître Jon Hassell, créateur de la Fourth World Music, une combinaison de musiques classiques et d’effets électroniques futuristes. Un morceau exceptionnel, où la voix mutante de Dhafer Youssef se confond aux sons de la trompette de Molvaer.

Ascetic Journey. Retour au spirituel. Une composition très orientale où le oud prédomine.

Whirling Birds Ceremony. La cérémonie finale. Un dernier chapitre, qui sonne comme le générique d’un vieux film. Un envol, impulsé par la liberté vocale et les aigus hallucinants du vocaliste.

Verdict : Je dois admettre que, face aux flots de critiques extrêmement positives, je pensais pouvoir contrebalancer, ou du moins nuancer, ce qui se dit de cet album. Mais, Birds Requiem marque clairement une évolution dans le style de Dhafer Youssef, un tournant dans sa carrière. Finies les excentricités électroniques. Entre profane et sacré, classicisme et modernité, les compositions dépassent la temporalité et l’espace. L’album est pictural, presque cinématographique. Aucune surcharge dans les compositions. Loin de l’esprit big band, les intervenants dialoguent, leadés par un Dhafer Youssef résolument chef d’orchestre. Un sans faute !

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