We love Arabs: de la difficulté de vouloir faire la paix et de s’aimer

La pièce dansée « We love arabs », du chorégraphe Hillel Kogan, était présentée lors du Festival OFF d’Avignon l’été dernier, et ses représentations affichaient complet dès la première semaine. Le 18 et 19 novembre prochains, la pièce sera à l’affiche au théâtre Le Monfort (Paris).

We love Arabs est l’histoire d’une création artistique. Deux artistes en scène. Ils sont de Tel Aviv. Le chorégraphe israélien veut travailler sur l’identité et faire tomber les murs entre juifs et arabes, accepter les différences et les spécificités pour danser à deux. Les meilleurs intentions du monde. Sauf que les bonnes intentions ne suffisent pas à gommer, effacer des décennies de stéréotypes. Et, sans même s’en rendre compte, le chorégraphe s’embourbe dans ses propres contradictions.

Il cherche un danseur « arabe » pour entrer dans l’espace avec lui, faire espace avec lui. Il dit voter à gauche, lire les journaux de gauche, mais ne pas savoir où trouver un danseur « arabe », à Tel Aviv. Quand il le trouve enfin, il lui dessine un croissant sur le front. Et le danseur, Adi, de répondre:

Mais pourquoi fais-tu cela ? Je suis chrétien.

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L’équipe de l’ONORIENTOUR s’est interrogée sur ce qu’est l’arabité, pendant l’été 2015. C’est ce que cette pièce propose aussi, en y ajoutant la judéité. Qu’est-ce qu’être un juif israélien de gauche ? Ils dansent à deux mais le chorégraphe cherche quelque chose chez son danseur. Lorsque Adi danse librement, il ne reconnaît pas son arabité. Par contre, lorsqu’il le guide vers une danse chaotique et violente, voilà qu’il reconnaît ce qu’il cherchait. Il veut l’accepter comme il est mais lui demande en même temps de correspondre à l’image qu’il s’est faite de lui, celle qu’il aimerait aimer. Comment regarder lorsque l’on a déjà créé une image ? Comment écouter quand la parole est différente de ce à quoi l’on s’attend ? Ils tentent alors de danser à deux quelques mouvements. Le chorégraphe se bat avec ses contradictions et voudrait contrôler, arrêter le mouvement, arrêter le réel.

C’est aussi une réflexion sur le misérabilisme dans lequel on peut vite tomber lorsque l’on veut défendre certains groupes, aider « les plus faibles ». Le chorégraphe veut faire de la co-création, de la collaboration, se laisser aller à deux pour faire tomber les murs. Or, tous ces mots et concepts, qui sonnent bien, peuvent aussi enfermer et empêcher de voir. On a les meilleures idées du monde, et puis on tombe.

Pour finir sur une touche d’espoir, c’est le houmous qui les réconciliera. Ils se tartinent et dansent une dernière fois. De la fumée emplie la pièce et le rêve commence. Ça y est, ils dansent ensemble, à l’envers, à l’endroit, en avant et en arrière… Leurs visages tartinés, un croissant sur le front de l’un, une étoile sur le torse de l’autre.

De la difficulté et de l’ambiguïté d’être ensemble, de vouloir faire la paix et de s’aimer – une pièce dansée, qui émeut et fait réfléchir.

 

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