Les vertiges lucides de Nacera Belaza

Les oiseux de Nacera Belaza. Crédit : Antonin Pons Braley (photo d'archive)

A l’Institut des cultures d’islam, la compagnie de danse Nacera Belaza a présenté une performance étalée sur une multitude d’espaces.

M.L est un spectacle inédit, imaginé et dansé par Dalila Belaza avec Istan A. auquel ont pu assister une trentaine de personnes dans une ambiance intimiste. Le voyage débute dans les locaux de l’Institut rue Stephenson par une première prestation d’une vingtaine de minutes, puis se poursuit, après une courte déambulation des spectateurs, rue Léon. Au-delà de la forme courte, la dimension pluridisciplinaire de la performance marque une volonté de transformer le réel, insistant sur l’ancrage du corps dans son environnement. L’ambition du chorégraphe semble, avant tout, d’avoir été de nous emmener ailleurs, par une appropriation complète de l’espace spatial et sonore, avec une création de Sidney Gerard, de l’ICI.

La première partie est un itinéraire entre rêve et cauchemar dans un monde en noir et blanc. Il débute par une longue transe en danse, enchaînement circulaire traçant des volutes sur le sol blanc. Un cube, placé au milieu de la salle devient, après plusieurs rondes et dans un enchaînement d’étirements, le lieu du réveil. Une sortie lente et tendue du monde des songes.

Pourtant les lumières s’éteignent. L’expérience redémarre à quelques rues de là, la salle plongée dans le noir intégral, la scène plongée dans l’eau. Seule une timide lumière, phare brillant dans cet univers sonore chaotique où les bruits d’océan alternent avec les chants du muezzin et quelques claquements métalliques, semble montrer la direction. Un visage apparaît progressivement et c’est un dialogue qui commence entre ce regard fixe et cette lumière qui chancelle. Au fur à mesure qu’elle envahit l’espace, la lueur de plus en plus intense dévoile un corps statique et une multitude de reflets. C’est dans une tension immense, dans un exercice physique de haute voltige pour la danseuse, qu’une main, puis un bras se lèvent lentement, avant que les ombres, puis l’obscurité n’ordonnent au corps de retourner dans les limbes.

Jeux de lumière et périple sonore accompagnent la réflexion menée sur la rencontre entre l’espace et le corps dans M.L, laissant à chacun toute la liberté d’interprétation et d’imagination d’un moment unique. Une chose est certaine, ce spectacle est une invitation à atteindre, comme l’a décrit Nacera Belaza, la sœur de la chorégraphe, « un endroit de conscience extrême, où l’on devient extra-lucide et capable de synthétiser l’ensemble des éléments« .

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