Chyno, au confluent d’influences

11h. Je pénètre dans l’enceinte de Radio Beirut en balayant la pièce du regard. Sans surprise, l’espace est vide et calme à cette heure de la journée, le temps que Beyrouth se remette d’aplomb pour la soirée qui suit. Quelques minutes plus tard, Chyno m’y rejoint suivi de Mehdi. Il propose de boire un café face au jardin situé à l’arrière de l’espace. Installé dans cet univers apaisant, nous y partageons une conversation riche en aller-retours, entre les rives et les cultures.

La hip hop identity

Chyno est en effet un Syro philippin installé au Liban. Déjà, l’équation n’est pas anodine. Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos surprises. Le jeune homme nous explique en effet qu’il est né en Syrie mais a grandi en Arabie Saoudite puis étudié au Liban et travaillé quelques années en Europe.

Au fil des années, Chyno n’a donc pas eu d’autre choix que de confronter le regard de ceux qui l’ont ramené à sa différence dans tous ces pays où il a vécu. Cette caractéristique a également forgé son caractère et insufflé à son rap une ferveur atypique et un cynisme décapant. Après des études de commerce et quelques années dans le milieu de la banque, Chyno décide de se dédier pleinement à sa passion de toujours : le rap.

Chyno Rappeur liban syrie philippine mehdi drissi

Chyno © Mehdi Drissi

Il se souvient encore comment son intérêt pour le hip hop lui permettait de combler le fossé culturel qui l’éloignait des autres lorsqu’il était plus jeune. Sa culture à lui n’avait pas de nation, c’était la musique. De retour au Liban, Chyno rejoint alors Fareeq Al Atrash.
Constitué autour des rappeurs Edd et Chyno, le beatboxer FZ, Fouad Afra à la batterie, Tarek Khuluki à la guitare, Jeremy Chapman qui joue de la flûte et du saxophone, Nidal Abou Samra au saxophone et à la trompette et John Imad Nasr à la guitare basse. Le groupe est à lui seul une métaphore de la diversité du Moyen-Orient aussi bien dans les paroles qui mêlent anglais et arabe, que dans les nationalités des membres de Fareeq Al Atrash aux origines biélorusses, syriennes, philippines et ivoiriennes.

Encore une preuve, s’il en faut, que le mélange crée de belles choses. Leur première représentation ensemble se fait en 2009, attire un public très éclectique et s’exporte ensuite dans d’autres pays de la région, comme au DUM TAK, festival de Amman en 2013.

La genèse de CHYNO

Au fur et à mesure que son projet mûrit, Chyno décide d’accorder davantage de temps à sa musique. Installé à Barcelone depuis 2011, ce besoin se fait de plus en plus pressant et il se met à composer « pour avoir l’impression d’être chez lui ».

Cela donne dix titres dans un album qui s’intitule « Making Music To Feel At Home ». De retour au Liban depuis 2013, il travaille d’arrache-pied sur son nouvel album dont il nous promet la sortie à venir. Il se produit d’ailleurs à Radio Beirut tous les lundis soirs et travaille également sur des clips et de la production de musique. À ce sujet, Chyno nous confie trouver au Liban de vraies opportunités artistiques car il y a un « bon réseau de musiciens ». L’objectif pour lui est donc d’y développer son projet et le mûrir avant de faire une tournée en Europe.

« J’aimerai vraiment être en Europe avec tout ce qui se passe en ce moment. Je pense que les gens ont beaucoup d’interrogations qui flottent là-bas et on est en mesure de leur apporter des réponses».

Interrogé sur sa langue d’expression musicale, Chyno nous confie parler arabe mais nous explique que son vécu personnel a fait de l’anglais sa première langue. À cheval entre toutes ses cultures et ayant réussi à puiser dans leur richesse, Chyno est le porte-parole d’une génération ouverte et créative. Lui qui écrit ses ressentis et ses obsessions en musique s’étonne aujourd’hui de la trivialité mortifiante de certains des sujets dont il parlait il y a quelques années.

Chyno Rappeur liban syrie philippine mehdi drissi

Chyno © Mehdi Drissi

« À chaque fois que je veux partager la vidéo d’OPP, je ne le fais pas par peur de raviver la douleur de gens qui ont perdu quelqu’un dans un attentat », nous dit-il gêné.

L’attentat de Beyrouth coïncidait d’ailleurs avec jour de son anniversaire. Comme quoi, il ne faut pas attendre de bonne occasion pour partager l’art qui dissipe les ténèbres de l’ignorance. Car il n’y en n’aura pas.

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