C’est eux les chiens. C’est nous les déçus !

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C’est eux les chiens sort mercredi 19 février au Maroc. On l’a vu hier et, qu’on se le dise, on n’a pas beaucoup aimé. On vous explique pourquoi.

Majhoul, alias 404, a passé 30 ans dans les geôles marocaines pour avoir participé aux émeutes du pain en 1981, manifestations largement réprimées et qui avaient pour but de dénoncer les réductions des subventions de l’Etat, le gel des salaires, et l’augmentation brutale des denrées alimentaires. Une révolte populaire qui a marqué l’histoire contemporaine du Maroc. Majhoul fait partie des milliers de protestataires arrêtés. Ce prisonnier politique retrouve la liberté en plein Printemps arabe.

Casablanca, une place Mohammed V bouillonnante, des slogans M20Fistes. Et, Majhoul, qui erre dans la foule, indifférent. Sur les lieux, une équipe de journalistes venue réaliser un reportage sur les mouvements sociaux, repère le vieillard. Lassés d’être les bons exécutants de la télé publique, ces journalistes blasés décident de suivre Majhoul à la recherche de sa famille, de son passé, de ses souvenirs. Durant sa quête, cet OVNI propulsé dans le futur, découvre un Maroc tiraillé entre un conservatisme de plus en plus puissant, et une soif de liberté et de justice. Un constat actuel illustré par un couple aux aspirations totalement contradictoires. Lorsque la femme clame : « Dans ce pays, 50% sont des policiers et les 50 autres sont des barbus ! », l’homme s’empresse de scander « Tu veux nous causer des problèmes ? Non non non, vive le roi, vive le roi ! ».

Un regard intéressant

Ne soyons pas manichéens, il y a du positif dans ce film, fort heureusement.

Pour son second long métrage, Hicham Lasri opte pour une démarche intéressante, au premier abord : mettre en parallèle les événements de 1981 et ceux de 2011. Un prisme qui nous montre que, finalement, rien n’a vraiment changé en 30 ans. Mêmes problématiques, mêmes aspirations, même lassitude.  Comme Majhoul, nous tournons en rond. Détail cinématographique à l’appui, puisque la figure du cercle est très présente : roue de vélo, mégaphone, et toutes sortes de cadrages intégrant des objets ronds ou sphériques aux côtés de l’acteur principal.

D’ailleurs, Hassan Badida joue son rôle à la perfection, et mérite amplement son prix de meilleure interprétation masculine, reçu au Festival international du cinéma d’auteur de Rabat. Majhoul est un personnage qui sait être touchant, sans tomber dans la sensiblerie. Un casting restreint (Hicham Lasri a pris le parti de rester libre dans la réalisation de son film et de ne pas bénéficier de financement) mais réussi.

Jusque-là, ça a l’air d’aller. Le problème, c’est que le positif s’arrête là.

Que de maladresses…

La liste des ratages est bien longue.

Pour commencer, le titre. C’est eux les chiens. Dénonciateur, on s’attend à un film engagé, qui pointe du doigt, au lieu d’indiquer vaguement une direction. C’est tout l’inverse. Les messages sont nombreux. Un peu trop. Éparpillés par-ci par-là comme des premières idées brainstormées sur un tableau blanc. Rarement exprimées, les critiques sociales sont à deviner, à choper à la volée. Débrouillez-vous !

Remarque à laquelle, Hicham Lasri pourrait répondre « je ne suis pas journaliste », et se dédouaner de tout devoir de restitution historique ou d’apport factuel. Il a d’ailleurs affirmé ne pas avoir voulu faire de recherches, afin de livrer ses souvenirs d’enfant de 4 ans et ce qu’on a pu lui en raconter. Le réalisateur a préféré livrer de l’humain et résumer les événements passés à un générique de fin de quelques secondes. Le problème ? C’est long, parfois même ennuyeux. 1h30 de film avec un personnage qui cherche sa famille, ça fait un bon nombre de redondances. Finalement, il n’y a pas que Majhoul qui tourne en rond, le scénario aussi.

Autre foirage, et un des plus importants, puisqu’il rend le film quasi insupportable : les effets techniques déployés par le réalisateur. À vouloir faire de sa fiction un reportage filmé de façon réaliste, Hicham Lasri y va beaucoup trop fort, compilant machinalement tous les éléments se rapportant à un documentaire improvisé. Les plans de caméra sur l’épaule, les mauvais cadrages, les problèmes de sons, ça va deux minutes, mais pas 90. Une bonne dose de préfabriqué que l’on croirait sortie d’un premier long métrage d’étudiants en cinéma.

En somme, une idée de base des plus smart, gâchée par un paquet de lourdeurs.

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Un commentaire

  • Asmaa S. dit :

    J’ai eu l’occasion de le voir à Montpellier il y a deux semaines avec présence du réalisateur ! La salle n’était pas pleine, une vingtaine de personnes seulement, pour la plupart extrêmement enthousiasmés par le film. J’y suis allée seule et je suis restée écouter un peu la discussion, mais j’avoue ne pas avoir osé dire que … bah je n’ai pas aimé !
    [Attention peut contenir des spoilers]
    Je suis plutôt d’accord avec la critique que tu en fait. Le film veut bien faire mais ne vas pas assez loin. Comme tu le signales, il est éparpillé entre plusieurs thématique, se contente de montrer une succession de « situations typiquement marocaines » qui, c’est vrai, m’ont amusé à certains moments (la secrétaire) mais m’ont exaspéré le plus souvent (le vol de caméra, la violence des 3ssassa, l’eau de vie et le coran dans la voiture, etc)
    En ce qui concerne le titre, il se serait apparemment inspiré d’un poème (dont le nom m’échappe) où l’auteur compare les hommes aux chiens, puis revient dessus en précisant que les chiens au moins, sont fidèles ou quelque chose comme ça. Bref, rien à voir avec le film.
    Après, la caméra porté épaule pendant 90 minutes m’a plus donné la nausée qu’autre chose. En plus, je ne pense pas qu’il ait joué le jeu à fond. Il y avait des plans que j’ai trouvé contradictoires avec le concept : les insert sur les tasses qui se remplissent de thé dans le café, ou encore le plan sur Majhoul en boîte avec la lumière qui change de couleur sur son visage. J’aurais presque préféré quelque chose d’un peu plus « brouillon » tout le long du film.
    L’histoire au coeur du film, celle de Majhoul est belle mais trop superficiellement racontée pour toucher. Puis, la prolifération de personnages et d’anecdotes le long du film n’a pas aidé.
    Somme toute, « Nous les chiens » est un film très bavard, il parle beaucoup, mais ne dit pas grand chose.

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