Cali&Graff 1/2 : The Blind, braille on the wall

Un nouveau lieu dédié aux cultures urbaines vient d’ouvrir à Paris. Ça s’appelle la Manufacture 111, et ONORIENT est partenaire. Pour son ouverture, ce palais du "street" accueille 4 artistes, venus d’univers différents, autour d’un thème commun, la calligraphie, pour l’exposition "Calligraffi", soit un mix de Cali&Graff. Onorient les a rencontré pour toi. Première partie avec The Blind, graffeur au signe bien particulier : l’utilisation du braille dans ses oeuvres.

The Blind, qui es-tu ?

Je m’appelle The Blind, j’ai 32 ans. Ca fait 10 ans que je fais des graffitis pour aveugle, 15 ans que je fais du graffiti, illégal à l’origine. Je travaille essentiellement dans la rue. Je fais très peu de toiles, d’habitude, ce sont plutôt des installations.

C’est une première pour toi de travailler en intérieur ?

Pas une première, mais ce n’est pas mon support-phare. La toile, c’est un travail d’atelier. D’habitude, je travaille plutôt dans la rue : le côté pécunier de la toile est différent de ce que je fais dans la rue. Devant une toile, il y a un travail de texture, de phrase. Je fais du graffiti pour aveugle, alors quand je travaille sur une toile, je mélange mes deux pratiques, pour en arriver à faire du graffiti pour aveugle avec du relief. Ici, j’ai travaillé le thème de l’écriture. Mon premier alphabet, c’est le latin, mais je m’intéresse aujourd’hui au braille. Ce qui est assez drôle, c’est qu’à l’origine, je dyslexique : c’est un exercice pour moi d’écrire. C’est donc un rapport totalement différent que celui que peuvent avoir Nourredine Chater et Larbi Cherkaoui, qui travaillent de manière plus traditionnelle.

Et la calligraphie, tu en avais déjà fait ?

Tout m’intéresse. La première fois qu’on ma proposé ce travail, je ne savais pas trop où était ma place. Quand je vois le titre, « calligraffi », jeu de mot avec «graffiti», je me dis que c’est intéressant. Graphiquement, le braille n’a rien à voir avec la calligraphie, mais ça peut être un motif. J’ai beaucoup aimé le fait d’avoir du temps dans un atelier, pour un but final, l’exposition.

Qu’est ce que t’a apporté le fait d’être avec des artistes aux profils très différents du tien ?

C’est hyper riche. Tu découvres pleins de façons de faire ! Quand je vois Larbi Cherkaoui qui travaille sur ses peaux, quand je vois Noureddine Chater qui fait du marouflage. Ils m’ont appris à tendre des toiles. J’ai jamais eu d’aussi beaux supports qu’aujourd’hui, et c’est grâce à eux. D’habitude, je fais de la récup’ dans la rue. Là, il y a vraiment le côté « travail d’artiste en atelier », même si j’ai du mal avec le mot « artiste ». Je me sens plus « activiste » qu’artiste. Mais,le fait de travailler avec des gars qui ont de la bouteille, ça t’apporte un savoir-faire avec beaucoup d’humilité. On s’est aussi échangé nos jargons, nos cultures, nos langue. Je connaissais pas du tout l’arabe, même si je connais quelques mots.

Tu as fais une toile avec Larbi Cherkaoui, on y voit des demi-lunes en verre posées sur des calligraphies arabes, formant des loupes sur l’écriture. Comment t’es venue cette idée-là?

C’est Larbi qui voulait absolument travailler avec moi. Il a vu les demi-lune en résine, il a sorti de vieilles pages en calligraphie : ça lui a donné des idées.

Est-ce que lorsque tu travailles sur une œuvre, tu as envie de transmettre un message?

Oui, pour moi, c’est primordial. Mon travail est basé sur un lieu et sur un message. Lorsque j’ai graffé le palais de justice de Nantes, j’ai écrit « pas vu, pas pris ». Une autre fois, j’ai inscrit «brailles pas» sur l’Opéra Garnier à Paris. Dans l’exposition, j’ai fait une installation où il y a écrit « allez vous faire voir ». Il y a toujours de l’ironie, de la provocation, et il y a le fait de déstabiliser le public qui normalement n’a pas le droit de toucher les œuvres : avec le braille, j’invite les gens à toucher. Pour moi, les gens touchent l’art, et l’art les touche. C’est un parallèle que j’aime beaucoup faire. Pour te citer une autre toile, j’ai écrit « si un jour vous ouvrez vos yeux, ouvrez votre gueule ». Là, le fait que ce soit sur des support, des gens peuvent l’avoir dans leur salon, je trouve ça drôle.

Des visites sont prévues avec des personnes aveugles?

Oui, j’adore, ça fonctionne. Je l’ai déjà fait, ils sont super ravis que l’on s’intéresse à eux, à leur handicap, à leur univers particulier. Comme lorsque l’on s’intéresse à nous, les gens du graffiti !

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