La bienheureuse renaissance du Musée Sursock

Après sept ans d’absence, le célèbre Musée Sursock fait un retour attendu sur la scène culturelle libanaise avec notamment une remarquable exposition sur l’histoire de la ville de Beyrouth : Regards sur Beyrouth : 160 ans d’images 1800-1960

Légué à la ville de Beyrouth en 1952 par son ancien propriétaire, Nicolas Ibrahim Sursock, célèbre collectionneur de la bourgeoisie beyrouthine, le musée Sursock a ouvert pour la première fois en 1961. Depuis il n’a cessé de promouvoir l’art moderne local et international, restant même ouvert pendant la majorité de la période de guerre civile qu’a connue le pays. Sa mission a notamment été rendue possible grâce à la création et les éditions successives du Salon d’Automne, un événement incontournable qui met l’art moderne à l’honneur.

Le bâtiment dans lequel est logé le musée est une villa éclectique exceptionnelle, érigée en 1912, qui a été agrandie à deux reprises au cours de son histoire pour offrir des conditions optimales d’accrochage et de conservation et pour diversifier les activités du musée.

Le programme actuel, quelques 8500m² dont 800m² dédiés rien qu’aux expositions temporaires, inclut un auditorium, une bibliothèque spécialisée dans les pratiques artistiques locales du XIX-XXème siècles et un espace réservé aux ateliers. Près de 14 millions de dollar sont été nécessaires aux  travaux de restauration et d’agrandissement réalisés par les architectes Jean-Michel Wilmotte et Jacques Aboukhalled.

Les collections permanentes de ce musée d’art moderne (incluant également une riche section d’art islamique) laissent présager une programmation prometteuse qui devra aller à la conquête de son public si elle veut offrir à la jeune génération l’occasion de se familiariser avec le patrimoine artistique local récent sans se limiter au cercle des initiés.

Le déplacement dans les réserves du musée du fonds Fouad Debbas, une collection privée unique en son genre puisqu’elle rassemble près de 45000 images qui comptent les débuts de la photo dans la région du milieu du XIXème siècle à la mi-XXème, enrichit d’autant le potentiel des manifestations à venir.

La réouverture du musée s’accompagne d’une exposition-évènement qui revient sur la trajectoire urbaine de la capitale -de bourgade provinciale à capitale d’un Etat moderne- à travers six caractéristiques de sa géographie. Renforcée par la présentation de nombreux documents inédits appartenant à des collectionneurs privés (cartes, aquarelles, huiles sur toile) l’exposition donne à voir -et à rêver- un Beyrouth d’une autre dimension sans tomber dans la nostalgie ou le romantisme mondain, traits communs de nombreuses expositions et publications sur le Beyrouth d’avant-guerre. Magnifique cadeau offert aux beyrouthins et aux libanais, cette exposition est accompagnée d’une série d’ateliers, de marches urbaines et de projections de courts-metrages avec Beyrouth comme protagoniste

Exhortation (gratuite) à l’évasion et à la culture, le musée Sursock a réussi son retour sur la scène culturelle beyrouthine. Reste à lui souhaiter d’assurer son appropriation par les libanais de tous horizons pour que rayonne un peu plus le talent des scènes moderne et contemporaine de la région que l’on a hâte de (re)découvrir.

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