Beirut Art Center, l’espace artistique et éducatif libanais

Je patiente quelques instants dans l’enceinte blanche et épurée du Beirut Art Center avant d’être accueillie par Marie Muracciole, nouvelle directrice de l’espace culturel pionnier de l’art contemporain Beyrouthin. Attirée par les photographies qui se détachent sur les murs blancs, et intriguée par le rideau suspendu au milieu de la salle d’exposition ; je me laisse flâner un peu au rez de chaussée avant d’être conduite au premier étage, dans un grand bureau inondé de soleil. Je poursuivrai ma visite de« On Water, Rosmary and Mercury » tout à l’heure.

Une partie de l'exposition "On Water, Rosmary and Mercury" © Mehdi Drissi

Une partie de l’exposition "On Water, Rosmary and Mercury" © Mehdi Drissi

La naissance du BAC

Le Beirut Art Center voit le jour en 2008 à l’initiative de Sandra Dagher et Lamia Joreige, tout d’abord soutenues par un premier donateur Marwan T. Assaf, puis de nombreux autres dont la fondation Philippe Jabre. À l’époque, Beyrouth manque encore d’espace dédié à exposer et accompagner la scène contemporaine de l’art devenue internationalement reconnue depuis les années 90.

L’objectif du BAC est de servir de catalyseur des projets d’arts contemporains dans la région, mais également d’intermédiaire avec les institutions culturelles internationales. À cet effet, les 1500 mètres carrés de l’espace incluent une salle d’exposition, un auditorium, une médiathèque et une librairie dans lesquels ont lieu des activités culturelles variées selon le principe de la qualité. Des conférences aux concerts en passant par les performances, projections et workshops, la programmation du BAC est construite par sa directrice actuelle Marie Muracciole.

Celle qui a repris l’espace depuis un an et demi, nous raconte comment son expérience libanaise s’est articulée à celle du lieu, lui faisant découvrir les problématiques d’un pays complexe, où l’art joue un rôle d’autant plus important.

Marie Muracciole du Beyrouth Art Center Mehdi Drissi

Marie Muracciole – Directrice du Beyrouth Art Center © Mehdi Drissi

Nous échangeons avec Marie Muracciole sur sa pratique de la critique d’art et son attachement à la littérature. C’est un texte de Virginia Woolf, traitant de la rencontre avec la notion de présent, qui donne la direction principale de sa programmation, dans laquelle sont invitées différentes disciplines liées au temps.

« Chaque forme apporte des choses différentes », nous confie Marie. Et d’ajouter que « les arts visuels n’existent qu’à partir d’une rencontre et d’un échange, tout comme le spectacle nous met en relation avec les autres », conclut-elle.

Le BAC est un espace non lucratif, où sont exposés des artistes internationaux, ceux de la région et dont l’espace s’adapte aux différentes expositions. En parallèle, le BAC accueille des événements hebdomadaires qui vont de la projection, à la table ronde en passant par les concerts.

Le Beirut Art Center (BAC) et l’éducation

Qui plus est, Marie tient beaucoup à la conjugaison de que fait le BAC entre art et éducation. Elle nous explique qu’en parallèle des activités artistiques ayant physiquement lieu dans l’espace et des workshops éducatifs qui s’y tiennent, le BAC organise des visites pour les enseignants des écoles et des universités, qui reviennent ensuite avec élèves et étudiants pour discuter devant les œuvres. Une approche qui n’est absolument pas incompatible avec l’exigence de qualité que s’impose Marie dans ses choix curatoriaux.

« Le BAC fait une programmation qui intègre largement les questions du monde où nous vivons : on a parlé ici de Stuart Hall et de sa manière de définir l’identité, de la place des figurants au cinéma et du caractère politique de la notion d’arrière plan et de premier plan. Tout cela résonne avec la situation politique de la région, tellement grave. Mais aussi on a invité la Retrospective de Xavier le Roy, un chorégraphe qui a travaillé avec des danseurs libanais qui ont performé dans l’espace trois semaines durant en parlant et en dansant sur la manière dont ils conçoivent leur pratique. Parler du corps ici est important. Et il faut accepter d’être surpris lorsqu’on aborde l’art contemporain ». 

La directrice insiste d’ailleurs sur les langues parlées et écrites dans l’espace. L’arabe est très important et l’anglais est devenu incontournable au Liban.

Jusqu’au 29 janvier, vous pourrez y découvrir l’exposition « Mobility », où les travaux de Yasmin Hage-Meany, Sandra Iché, Eshan Rafi, Mahmoud Safadi et Merve Ünsal explorent les transformations de cet état de déplacement évanescent caractéristique de notre époque. Encore une preuve, s’il en faut, que le BAC remplit pleinement sa démarche à la fois éducative et artistique en accueillant des expositions qui reflètent les préoccupations des personnes vivant au Liban aujourd’hui.

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